@Jean Dugenêt
================== deuxième partie ===================
A
cette heure, il s’agit de rendre la diplomatie plus profitable que la guerre.
Il s’agit de contraindre à la négociation et, si l’offre en était faite, la
contrepartie pourrait être le cessez-le-feu immédiat pour que cesse le martyr
des ukrainiens. Disons encore qu’une telle négociation est de notre intérêt le
plus direct comme français car, nous aussi, nous avons des revendications de
sécurité et la première est de voir interdit l’installation de missiles de
moyenne portée capables d’atteindre la France depuis le sol de la Russie ou de
ses alliés. En toute hypothèse, nous venons de toucher du doigt les limites de
la doctrine de dissuasion nucléaire terrestre – je dis bien terrestre – face à
un adversaire résolu car le tout ou rien enferme clairement dans le rien si on
n’est pas prêt à se faire sauter soi-même. La guerre d’Ukraine nous oblige donc
à repenser beaucoup sur nous-même. La dénucléarisation du monde doit redevenir
un objectif concret de notre diplomatie puisque la surenchère nucléaire ne peut
pas avoir de sens concret. La guerre d’Ukraine vient de le prouver et souvenons-nous
à cet instant, nonobstant les cris que vous poussez, du nombre de conflits de frontières
qui s’expriment encore d’une façon ou d’une autre sur le sol du vieux
continent. Aujourd’hui, treize pays sont concernés soit le quart des nations du
vieux continent. Cela prouve combien il vaudrait mieux convoquer à temps une
conférence européenne des frontières qui permette de définir les modalités de
règlement des conflits dans chaque cas et d’établir ainsi une doctrine partagée
par tous. La crise que nous venons de vivre interroge toutes les certitudes et
les doctrines passées. A l’ONU, dans le vote sur la résolution à propos de l’Ukraine,
notons l’abstention de l’Inde et de la Chine, c’est-à-dire de 50% de l’humanité :
c’est un signal d’une extrême importance. Un autre ordre géopolitique du monde
s’installe déjà à partir de l’Asie. Il est temps alors d’actualiser nos
conceptions. Le régime nationaliste russe actuel agit comme un capitalisme
oligarchique autoritaire. L’invasion de l’Ukraine signe une nouvelle carte d’identité
après trente ans de mutation continue. De même, s’en est terminé du nouvel
ordre mondial annoncé par Georges Bush en 1991. Le moment est entré d’une
réorganisation générale. Poussées dans les bras l’une de l’autre par la
stratégie des USA, Russie et Chine font émerger un nouveau bloc. Hélas, nous
avons été incapables de promouvoir l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Est-il
trop tard ? Dans ce contexte, les automatismes et les allégeances du passé
ont-ils un intérêt pour nous français. Je ne le crois pas. Le non-alignement
est notre intérêt. Dans la situation mouvante de notre temps, nous ne devons
être les obligés de personne. La sortie de l’OTAN, organisation inefficace,
participe par sa volonté d’expansion aux tensions guerrières sur notre
continent. Non-alignement ne signifie pas neutralité. Le choix de la France la
met du côté du droit international et ce droit est du côté de l’Ukraine.
Non-alignés, nous serons libre pour mener une diplomatie vraiment altermondialiste.
D’une faiblesse, faisons une force. La crise en cours comporte tous les risques
mais tous les moyens d’un rebond positif. Attention ! Les postures de
va-t-en-guerre pullulent toujours autour des conflits mais l’action politique
démocratique à toutes les échelles n’est rien d’autre qu’un effort toujours
recommencé pour régler par la discussion et la décision collective la violence
des conflits qui divisent la société. La démocratie reste un choix d’optimisme
politique. A cette heure c’est la démonstration que nous devons en faire à
propos de la crise de l’Ukraine.