@microf
Chère @Rosemar vous prie de lire ici quelques extraits de la suite de la guerre cachée de la France au Cameroun.
" Le Cameroun accède finalement à l’indépendance en 1960. Mais il reste sous
l’étroit contrôle politique et économique de la France et du M. Afrique de De
Gaulle, Jacques Foccart, qui impose à sa tête le président Ahmadou Ahidjo. Ceux
qui dirigent ainsi l’Etat camerounais« n’ont
jamais combattu pour l’indépendance mais ont été contraints de l’accepter »souligne l’historien Emmanuel
Tchumtchoua, qui note que« l’indépendance
n’a pas mis fin à l’injustice et à la discrimination du régime colonial ».L’UPC poursuit la lutte de libération
dans l’Ouest, en plein pays bamiléké, via sa branche armée, l’Armée de
libération nationale du Kamerun (ALNK). Ahidjo la combat sur le mode de la
politique de la terre brûlée et avec l’aide active de l’armée française, qui est
restée sur place jusqu’en 1964 pour former son homologue camerounaise. Les deux
Maurice, Delaunay et Robert - des proches de Foccart -, supervisent la
liquidation des maquis « upécistes » avec le chef des services camerounais, Jean
Fochivé.« Dans chaque village, il
y a eu de nombreux morts »,raconte
un journaliste originaire de l’Ouest, Denis Nkwebo, du quotidien privéle Jour.
« Seize membres de ma famille ont
été exécutés le même jour. On n’a jamais su ce qu’on leur reprochait. »Des bandes de pillards se mêlent aux
rebelles et sèment la confusion. Le village de Badenkop, siège de l’état-major
de l’ALNK, a été« complètement
vidé » de sa populationet
incendié. Comme plusieurs centaines de milliers d’autres, ses habitants ont été
parqués dans un camp pendant quatre ans.« Seules deux ou trois personnes
étaient autorisées à sortir chaque jour du camp »raconte un habitant.
Ce n’est
probablement pas non plus le pouvoir actuel qui demandera à la France de« reconnaître les massacres qu’elle
a commis au Cameroun », déplore le président de l’Asvecam, Mathieu Njassep,
ancien secrétaire d’Ernest Ouandié. Pourtant,« les responsabilités doivent être
établies »,plaide-t-il. Nous reconnaissons, nous, que
certains de nos camarades ont fait des choses qui n’étaient pas correctes.
Chaque partie doit assumer sa part de responsabilité. » Mais en France le black-out est
total. « C’est incalculable le
nombre de fois où nous nous sommes vus répondre, que ce soit par des personnes
qui ont travaillé du côté de l’armée française, des services de renseignements
ou des responsables politiques : « Mais il ne s’est rien passé au Cameroun ! »
Comme s’il y avait un pacte qui dit qu’il ne faut rien raconter. C’est assez
troublant »,témoigne Gaëlle
Le Roy, auteure, avec Valérie Osouf, du documentaire
Autopsie d’une indépendance
(2008). Aucun militaire français
présent dans le pays entre 1955 et 1964 n’a accepté de témoigner.
« Le fait qu’on ait utilisé des armes interdites comme le napalm explique aussi
ce grand silence »renchérit Gabriel Périès. François
Gèze, le directeur des éditions de la Découverte, prépare avec trois
jeunes historiens, français et camerounais, un ouvrage sur la question qui
complétera les rares écrits des historiens Richard Joseph et Achille Mbembe ou
de l’écrivain Mongo Beti :« C’est
une guerre secrète à tous les égards : elle n’est absolument pas documentée sur
le plan historique. »Pourtant,« cette
guerre « qui n’a jamais eu lieu » est dans les archives,
souligne Périès.Mais si on ouvre
réellement celles-ci, il y aura un problème : la destruction totale ou partielle
d’un groupe social, d’une race ou d’un groupe ethnique[les
Bassas et les Bamilékés, ndlr]est
considérée comme un génocide et c’est un crime imprescriptible… » Peu de chance,
donc, qu’elles soient rendues accessibles tant que certains acteurs impliqués
sont en vie.