Je ne connais pas la teneur des propos de cette dame, mais l’âge d’Aïcha au jour de son mariage est une information publique publiée dans la Sirâh. Alors d’où vient cette colère ?
La réaction des pays musulmans nous montre un coup de canif dans le principe d’unicité si chèrement défendu dans l’islam. Soit Muḥammad est un homme, soit il est un Dieu et ces réactions tendent à montrer une divinisation du personnage. Il n’y a d’ailleurs pas que Muḥammad qui est ainsi élevé. Nous voyons également ce phénomène pour le calife. Regardez les 99 noms d’Allah dont la récitation semble être un sommet de la spiritualité islamique. Ces adjectifs là conviennent bien mieux à un calife qu’à Dieu, surtout les 25 derniers. Mais si le calife à les même « qualités » que Dieu, il en devient l’équivalent.
Nous voyons une subtile action psychologique dans le Coran pour associer le Coran et le Messager à Allāh, voire même le Calife : « Obéissez à Allāh et au Messager et à ceux qui détiennent le commandement. » s4, 59 devient par la suite « Allāh et l’Envoyé » puis l’Envoyé seul au verset 64 montrant un passage de relai d’Allāh à l’envoyé. Cependant, le caractère mortel du Messager n’aide pas ce transfert. Aussi, ce sont bien les Califes qui sont les dépositaires réguliers de cet ordre, Allāh puis l’Envoyé sont évacué. L’absence de contacts entre les hommes et Allāh ou Muḥammad ne contrebalance pas cet ordre (Voir le livre « L’action psychologique dans le Coran » de Marie-Thérèse et Dominique Urvoy- Cerf 2007 p. 73)
Nous voyons le même mécanisme dans la sourate 8 (le butin). Est-ce que le calife reçoit les 20% du butin qui reviennent à Allah de la main d’Allah ou de son Messager ? Non, il les prends directement. Est-il Dieu pour pouvoir faire ainsi ?
L’islam est, comme toutes les religions autres que le Judaïsme et le christianisme, un moyen qui donne à l’homme l’impression de pouvoir s’élever au niveau de Dieu. C’est une des bases de son succès. Ce faisant, cela développe notre orgueil et peut par là être à l’origine des guerres. Pour le judaïsme et le christianisme, c’est Dieu qui se fait tout petit et s’abaisse à notre niveau pour venir nous chercher. Ce n’est donc pas ce que nous faisons qui nous apporte le salut, mais ce que nous sommes. J’ai souvent rencontré des musulmans qui pensaient que Allah validait systématiquement leurs paroles et n’avaient donc pas besoin de demander son avis. Quel orgueil de se faire ainsi l’égal de Dieu !
Pour moi, l’âge d’Aïcha à son mariage est un mensonge de la Sirâh. Pour fiabiliser la tradition, postérieure de plus de deux siècles à Muḥammad, il fallait pouvoir traverser cette période de 60 ans qui a suivi la mort de Muḥammad pendant laquelle absolument rien n’a été écrit sur Muḥammad. Pas la moindre épitaphe ou épigraphie. Or Aïcha a vécu suffisamment longtemps pour traverser cette période. Il fallait juste en faire un témoin de premier rang. Le titre d’épouse est idéal pour cela. Elle n’a sans doute jamais été épouse de Muḥammad mais désignée dans ce rôle bien plus tard pour fiabiliser la Sirâh et les Hadîths. Son âge n’est qu’un détail ; il suffit de se fâcher tout rouge pour que tout le monde se taise.