@Jean Dugenêt
Je vois que pour l’essentiel, vous vous
répétez simplement. Alors que je viens précisément de donner la réponse, et
avec les sources historiques évidentes, à votre question :
« La question de fond est de savoir si Lénine a
imposé une Ukraine qui serait une réalisation artificielle ne correspondant à
aucune aspiration populaire. »
L’aspiration populaire de la République
Soviétique de Donetsk-Krivoy Rog, avec à sa tête le camarade Artyom, était donc
clairement de ne pas être intégrée dans une artificielle « Grande Ukraine »,
mais de conserver son autonomie en tant que telle, comme République Soviétique
alliée de la Russie soviétique.
A cette époque le concept d’URSS n’était encore
qu’à l’état de projet, mais l’aspiration populaire, pour reprendre votre
expression, appropriée sur ce point, allait donc dans ce sens.
Quant aux motivations précise de Lénine
pour avoir contrarié cette aspiration populaire, il semble qu’elle soit assez
logiquement de compenser l’arriération de l’Ukraine en matière d’industrialisation
par cet apport autoritaire d’une fraction importante et politisée de la classe
ouvrière russe, faisant en quelque sorte contrepoids à la masse paysanne aux
tendances traditionnellement plutôt réactionnaires de ce pays.
C’est une hypothèse avancée par certains,
et qui a le mérite de la cohérence, même si elle nécessiterait évidemment une
recherche historique plus approfondie.
Lorsque vous dites : « Le but de Lénine
aurait été de nuire à l’édification d’une Grande Russie. C’est le point de vue
de Poutine et c’est celui que vous défendez. »
…vous faites
donc un amalgame tout à fait simpliste et inapproprié.
Selon cette
hypothèse, le but de Lénine était donc au contraire d’avancer vers une « Grande
Union Soviétique », même si pas encore formellement URSS, et en s’assurant
donc d’y arrimer politiquement sa partie la plus occidentale d’alors, à savoir
ce qui est encore aujourd’hui considéré comme « Ukraine occidentale »
et toujours traditionnellement le berceau de la pire réaction de ce pays.
C’était donc
très possiblement une conception géopolitique de la part de Lénine. Cela reste
également une piste historique à creuser.
Quoi qu’il
en soit, cela a relativement bien fonctionné pendant toute la durée de vie de l’URSS,
et de ce point de vue, on ne saurait donc lui reprocher !
Autres
contributions à la « Grande Ukraine » soviétique à ne pas oublier,
celle de Staline, en 1939 et 1945, avec le rattachement de la Galicie orientale.
[ https://fr.wikipedia.org/wiki/Galicie
], et celle de Khrouchtchev, avec la Crimée, en 1954.
Le fait de
dire que l’Ukraine telle que jusqu’en 2014 est essentiellement une création
soviétique, c’est donc énoncer simplement une évidence, encore une fois, quoi
que l’on puisse subjectivement en penser.
L’essentiel
de ce qui a été fait et construit en « Ukraine » actuelle l’a donc
été grâce à l’Union Soviétique, et ce qui avait été fait et construit
auparavant l’avait été essentiellement grâce à l’Empire Russe.
Jusqu’en
Février 2022, et encore à quelques jours du déclenchement de l’Opération
Spéciale, ce que proposait Poutine, c’était le respect des accords de Minsk,
prévoyant la fédéralisation de l’Ukraine, avec le respect des droits des
régions russophones, ce qui conservait donc, pour le pouvoir de Kiev, l’intégrité
territoriale de la « Grande Ukraine », moins évidemment la Crimée,
qui, du reste, était déjà intégrée à la Russie en 1918, et non pas à la République
Soviétique de Donetsk-Krivoy Rog. La condition logiquement complémentaire étant
donc la démilitarisation-neutralisation de l’Ukraine, rapport à l’OTAN, et la reconnaissance
internationale de la Crimée comme partie de la Fédération de Russie.
Un ensemble
de conditions plus que raisonnables, dans le contexte international actuel, et
qui seront vraisemblablement remplacées, après le refus de Kiev, par d’autres très probablement plus réductrices pour cet Etat !
Luniterre