@John
« Je serais curieux de savoir ce que Trotski pourrait penser de votre article en tant qu’ex chef de l’armée rouge. »
J’aimerais aussi le savoir mais, malheureusement, il ne nous le dira pas. Je pense être sur la question des bandes de Machno, du gouvernement de Samara ou de la révolte de Cronstadt pleinement d’accord avec ce que disaient Lénine et Trotsky. J’ai abordé cette question dans un autre article en citant amplement Lénine. Je vous en donne un extrait.
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« Je voudrais maintenant dire quelques mots des événements de
Cronstadt. Je n’ai pas encore les dernières nouvelles mais je ne doute
pas que cette insurrection où l’on a vu rapidement se profiler les
généraux blancs que nous connaissons si bien, soit écrasée dans les
jours qui viennent, voire même dans les heures qui viennent. Il ne peut y
avoir de doute à ce sujet. Mais nous devons étudier de près les leçons
politiques et économiques qui se dégagent de cet événement. »
Pour avoir plus de précisions sur ce sujet, il faut se reporter au
livre de Jean-Jacques Marie intitulé tout simplement « Cronstadt ».
Cette émeute contre-révolutionnaire s’inscrit dans le cadre plus général
dont nous avons déjà parlé du mécontentement de la paysannerie qui se
manifeste aussi avec les bandes de Machno et les armées vertes. Les
soldats qui sont stationnés à Cronstadt sont en effet pour la plupart
des fils et frères de paysans. Comme de nombreux paysans, ils ne
supportent plus les réquisitions de vivres destinées à nourrir les
villes et l’armée quand elle était engagée dans cette guerre civile qui a
ruiné le pays. Ils dénoncent, la politique du parti communiste au
pouvoir et stigmatisent sa mainmise sur les soviets dont ils exigent le
renouvellement immédiat avec une élection à bulletins secrets. Cette
insurrection a rassemblé 27 000 marins et soldats. Au moment où Lénine
présente son rapport du Comité Central, cela fait déjà une dizaine de
jours que l’insurrection a commencé et la décision a été prise par les
bolchéviks d’en venir à bout. Comme Lénine le déclare, il ne faut pas
douter qu’elle sera écrasée dans les prochains jours. Ce sera fait le 18
mars. La forteresse de Cronstadt protège en effet l’accès à la mer
Baltique de Pétrograd et il est hors de question pour les bolcheviks de
prendre le risque de laisser cette position stratégique dans des mains
étrangères. Voyons plus précisément ce que dit Lénine à propos de cette
insurrection.
« Cet événement, rapproché de toutes les crises, doit être très
attentivement pris en considération, très minutieusement analysé, du
point de vue politique. Des éléments petits-bourgeois anarchistes,
toujours orientés contre la dictature du prolétariat, ont revendiqué la
liberté du commerce. Cet état d’esprit s’est largement répercuté sur le
prolétariat. Il s’est reflété dans les entreprises de Moscou et dans de
nombreuses localités. Cette contre-révolution petite-bourgeoise est sans
nul doute plus dangereuse que Dénikine, Ioudénitch et Koltchak réunis
(Il s’agit des trois principaux généraux des armées blanches), parce que
nous avons affaire à un pays où le prolétariat est en minorité, nous
avons affaire à un pays où la ruine a atteint la propriété paysanne, et
où, par surcroît, nous avons une chose comme la démobilisation de
l’armée qui fournit une quantité invraisemblable d’éléments
insurrectionnels. Si petit ou peu notable que fût au début, comment
dirais-je, ce décalage du pouvoir que les marins et ouvriers de
Cronstadt proposaient, ils voulaient corriger les bolcheviks sous le
rapport de la liberté du commerce, il semblait bien que ce transport fût
peu notable, que les mots d’ordre du « Pouvoir des Soviets » fussent
identiques à quelques changements près, à quelques amendements près,
mais en réalité les éléments sans-parti ont fait office de marchepied,
de gradin, de passerelle pour les gardes blancs. Du point de vue
politique, c’est inévitable. Nous avons vu les éléments
petits-bourgeois, les éléments anarchistes dans la révolution russe,
nous les avons combattus pendant des dizaines d’années. Depuis février
1917, nous avons vu ces éléments petits-bourgeois à l’œuvre pendant la
grande révolution, et nous avons vu comment les partis petits-bourgeois
tentaient de déclarer que leur programme est fort peu différent de celui
des bolcheviks, mais qu’ils le réalisent par d’autres méthodes. Nous le
savons, non seulement grâce à l’expérience de la Révolution d’Octobre,
nous le savons aussi par l’expérience de la périphérie, des différentes
parties de l’ex-Empire russe, et où les représentants d’un autre pouvoir
se sont substitués au régime soviétique. Rappelons-nous le comité
démocratique de Samara ! Ils se présentaient tous avec les mots d’ordre
de liberté, d’égalité, d’Assemblée constituante, et non pas une fois,
mais plusieurs fois on s’est aperçu qu’ils n’étaient qu’un gradin,
qu’une passerelle pour l’instauration du pouvoir des gardes blancs. »
Le comité de Samara
se présentait comme un gouvernement russe opposé aux bolchéviques. Il a
été fondé le 8 juin 1918 à Samara. Il s’est finalement rallié aux
armées blanches de Sibérie. Lénine reprend cet exemple pour montrer où
mènent les oppositions aux bolchéviques. La guerre civile n’avait en
effet que deux issues possibles : la victoire de l’un des deux camps :
les rouges ou les blancs. Jamais un gouvernement émanant de Samara, de
Makhno, des armées vertes ou de Cronstadt n’aurait pu prendre et
conserver le pouvoir. La paysannerie comme la petite bourgeoisie oscille
entre les deux classes antagonistes que sont le prolétariat et la
bourgeoisie. Pour vaincre la bourgeoisie dans un pays dont la population
est majoritairement paysanne le prolétariat doit avoir les paysans avec
lui mais bien évidemment la bourgeoisie essaie de dresser les paysans
contre les ouvriers.