Merci pour ce très bel article :
un beau texte. A près de 81 ans, je me suis posé les questions : « où
étais-je ? » ; « qu’ai-je dit ? » ; « qu’ai-je
fait ? » depuis près de 50 ans ? Je me suis rendu compte, subitement,
lors de l’effroyable et pervers confinement, qu’en fait je ne m’étais jamais
rendu compte que je m’étais cru, la plupart du temps, naturellement et
inévitablement du « côté d’un mur » .... Je pensais, sans plus, être indubitablement
du « bon côté », celui des justes, celui des faibles et des opprimés,
celui de la légitimité .... Je ne pouvais pas penser que c’était, en fait, le
mauvais côté .... comme celui où se trouvent les Indiens et tous les autres
exclus ..... Je ne pouvais pas imaginer que c’était un mur de la honte ... et
que la honte n’a pas deux faces ..... La honte est appliquée, imposée honteusement
d’un côté ; elle est subie, vécue honteusement de l’autre côté. J’ai été et je
suis encore sans doute des deux côtés à la fois : impuissant, paralysé,
sidéré, hypnotisé, tétanisé.
Vous invoquez à très juste titre et
à bon escient : Cicéron ; la « Déclaration des droits de l’homme
et du citoyen de 1793 » et Gandhi. Et, il me semble, dans la situation
actuelle, que le suicide reste l’ultime attitude respectable. Seule la forme
reste à trouver. L’anorexie mentale serait-elle appropriée ?
Vous dites : « Mais un
peu de dépopulation ça ne peut pas faire de mal quand c’est pour le bien de la
planète, n’est-ce pas ? » A ce propos, je fais l’expérience quasiment journalière
de dire à mes interlocuteurs : « Il est évident que nous sommes trop
nombreux sur cette planète ». Inévitablement « on » opine de la tête,
les sourcils en accents circonflexes, pour abonder dans mon sens. J’ajoute alors :
« Surtout les autres ! ». Les réactions sont intéressantes. Ce qui me
fait comprendre que l’expérience de Milgram n’a pour objet l’étude de la
soumission du « tortionnaire-cobaye » ... mais nous tous, qui jurons « pas
moi ! », « pas moi ! ».
Bien à vous.