La vision dichotomique de l’être
humain a encore de beaux jours devant elle.
Avant le XVIIIe siècle, l’âme
habitait le corps de l’homme sain et le fou était possédé par
démon. Au siècle des lumières, l’esprit, au sens de la raison, a
remplacé l’âme et le fou a accédé au statut de malade et s’il
possède toujours un corps, de toute évidence, il a perdu la
raison... et l’esprit.
Les tenants du tout psychologique
s’opposent à ceux du tout physique. La maladie pouvant toucher le
corps aussi bien que l’esprit, l’affection dont souffre un sujet
aura deux origines possibles. La psychologie devient le domaine des
maladies invisibles de l’esprit (ou du mental) qet la biologie
traite du corps. Mais l’homme est doté d’un corps et d’une
pensée et il est difficile d’imaginer une pensée sans corps, à
moins d’entrer dans le domaine du surnaturel, alors qu’on peut
rencontrer un corps sans esprit dans les cas de coma.
Cela a-t-il un sens de séparer le
corps de l’esprit ?
Certaines pathologies apportent un
éclairage intéressant.
Tout se passe comme si les anorexiques
avaient du mal à percevoir la frontière entre les deux et entre eux
et les autres. Pour se rendre inaccessible, ils rétrécissent les
limites de leur corps. En tuant leur corps, ils luttent pour exister
en se libérant de leur corps et aspirent à l’angélisme. Ils
s’absentent, s’abstraient, jusqu’à se retrouver face au vide et
à l’illusion.
Si le corps est trop léger, une
personnalité n’a pas de socle pour se construire. Le corps est
l’origine et l’aboutissement du processus de mise en relation
avec l’environnement dont font partie « les autres ».