La pensée libérale ne se limite pas au champ économique, elle englobe l’ensemble de la société qui a subi un renversement d’ordre métaphysique à partir du tournant des années 1700. Le point de bascule est lié à l’avènement de l’égoïsme ou du self-love que Blaise Pascal s’approprie à travers la notion d’« amor sui ».
L’ouvrage retrace la genèse de l’individualisme. « Il n’y a pas de limite à ce à quoi j’ai droit ; (…) je dois absolument prouver que je suis essentiellement différent de l’autre et que celui-ci ne peut rien m’apporter ; (…) je suis toujours, réellement ou potentiellement, victime de l’autre. » (p. 49) L’Autre est perçu comme l’objet de ma propre jouissance potentielle : « L’alter ego n’est donc plus compris comme la condition de sa propre réalisation, mais comme une cause permanente d’entrave, d’insatisfaction, de complication, voire de dépossession » (pp. 48-49).
L’auteur développe l’hypothèse d’un monde sadien, c’est-à-dire un monde qui obéit à l’injonction sans cesse renouvelée de jouir. On parle alors d’une jouissance qui dépasse la dimension sexuelle pour innerver l’ensemble de la sphère sociale. « Nous sommes entrés dans un monde sans vergogne, un monde obscène » (Id.). Est obscène « ce qui ne doit pas être montré sur scène » et qui, pourtant, se retrouve exposé. L’étymologie nous donne à voir, c’est le cas de le dire, la portée pornographique de notre société puisque, dans l’ancien temps, l’exhibition de la jouissance était prohibée.
« La porno-graphie, c’est donc écrire, ou mettre en avant, ou mettre en scène, ce qui, généralement, ne s’expose pas en public. » (p. 27) La naissance du libéralisme équivaut donc à la libération des passions et des pulsions.