loi de 1905 suite
Lorsqu’en
1902, les radicaux soutenus par les socialistes menés par Jean Jaurès
obtiennent la majorité à l’Assemblée nationale, le concordat est toujours en vigueur. Emile Combes qui a formé le
nouveau gouvernement ne fait pas avancer la séparation des églises et de l’Etat, il garde le concordat, pour
conserver son pouvoir sur les évêques. Ainsi, il veut bien que l’Etat soit chez
lui, mais il ne veut pas que l’Eglise soit chez elle, pour reprendre la formule
de Victor Hugo
Revenons
aux évolutions passées en matière d’Etat laïque.
La
première constitution de la
France du 3 septembre 1791 expose dans son préambule :
«
Il n’y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni
distinctions d’ordres, (j’en passe), ni aucune autre supériorité que celle des
fonctionnaires publics dans l’exercice de leurs fonctions ».
La
déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui suit le préambule donne les
mêmes droits à chacun. C’est l’égalité qui fait partie de la laïcité, celle-ci
ne reconnaissant aucune supériorité d’un prétendu noble ou d’un chef religieux.
Peu
après Olympe de Gouges proclame la
« Déclaration des droits de la Femme » considérée inférieure à l’homme dans
les trois religions du Livre. Sa destinée était
de faire des enfants et de rester à la maison. Cela va changer.
La
séparation du droit civil, la loi des hommes, de la loi des religions
entraînera le droit encadré à l’avortement, la gratuité de la contraception
En
1792, les registres des mariages et des naissances sont remis aux communes et ne dépendent donc
plus des curés. C’est la création de l’tat civil. On introduit le divorce, que
l’Eglise catholique interdisait.
La
République est
proclamée le 22 septembre 1792.
C’est
la première séparation déclarée de
l’Eglise et de l’Etat.
Et
un grand pas vers l’égalité constitutionnelle, laïcité et égalité sont
inséparables, et ensemble permettent la fraternité entre individus égaux.
L’égalité est individuelle, seuls les
individus sont titulaires de droits, pas les groupes quels qu’ils soient.
Personne n’est ainsi laissé au bord du chemin.
Accorder
des droits particuliers à des groupes comme au Royaume Uni, romprait l’égalité entre les citoyens, qui, en
France ne sont nullement obligés de
s’inscrire dans des groupes. Pas de communautarisme en France.
La République laïque et sociale chère à Jean Jaurès fait du social un droit. Ce n’est pas la charité religieuse, rarement
désintéressée. L’Etat, les départements, les communes, les services publics, assurent le « social »
On
en arrive en 1795 à un texte qui sera
repris dans la loi de 1905. La constitution de l’an III dit en effet que « Nul
ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d’un culte. La République n’en salarie
aucun.
C’était
trop beau, la loi Guizot de 1833 qui
institue les écoles publiques, y maintient
l’instruction religieuse obligatoire.
Les
Français vont vivre une marche à
reculons, avec des lois réactionnaires
Il
y a bien eu la Révolution
de 1848 et la proclamation de la seconde République., Mais l’assemblée
nationale élue, donne finalement une majorité pro cléricale avec Thiers.
La loi Falloux de 1850 organise le monopole
des congrégations religieuses sur l’enseignement
primaire, malgré la forte intervention de Victor Hugo à l’Assemblée nationale
contre le parti clérical. Je cite Victor Hugo qui demande
« l’Eglise
chez elle, l’Etat chez lui »
La
loi de 1905 si longuement élaborée peut être abimée, trahie par d’autres
messieurs Thiers, d’où notre vigilance.
Qu’expose
cette loi ?
La loi de 1905 proclame en premier lieu la liberté de conscience : "La République assure la
liberté de conscience". Elle a pour corollaire la liberté religieuse, la liberté d’exercice
du culte et la non-discrimination entre les religions.
Elle pose en second lieu le principe de la
séparation des Églises et de l’État : "La République ne
reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". Il est mis
fin au Concordat instauré en 1801 qui régissait les relations entre l’État
et les cultes. Jusqu’alors, l’État reconnaissait quatre cultes (catholique,
réformé, luthérien, israélite) qui étaient organisés en service public du culte.
L’État payait les ministres de ces cultes et participait à leur désignation
ainsi qu’à la détermination des circonscriptions religieuses. Les autres cultes
n’étaient pas reconnus.
L’État se veut désormais neutre. Il n’y a
plus du tout de religion légalement consacrée. Tous les cultes sont traités de
manière égale.
Le régime de séparation a plusieurs
conséquences, prévues par la loi :
- le budget des cultes est supprimé, à l’exception du budget relatif aux aumôneries
des lycées, des hospices, des prisons, etc.
- Les aumôneries sont ainsi autorisées pour permettre le libre
exercice des cultes dans les lieux publics fermés.
Les établissements publics
du culte, jusque-là chargés de la gestion des cultes, sont remplacés par des
associations cultuelles.
Ces associations doivent avoir pour unique
objet l’exercice d’un culte. Elles ne peuvent pas recevoir de subventions
publiques. Leurs ressources doivent provenir de l’argent des cotisations
d’adhésion, des quêtes et des collectes pour l’exercice du culte.
L’Église catholique refuse de
constituer ces associations, qui ne reconnaissent pas l’autorité de l’évêque.
Devant le refus de l’Église
catholique de créer de telles associations, une loi de 1907 prévoit que tous
les édifices catholiques deviennent propriété publique. Ils sont mis à la
disposition des fidèles et des ministres du culte. Quant aux édifices
postérieurs à la loi de 1905, ils sont la propriété des associations cultuelles
ou diocésaines qui les ont construits.
En 1923 un compromis est
trouvé et des associations diocésaines, placées sous la présidence des évêques,
sont constituées ;
- les règles concernant le régime de propriété des édifices cultuels
sont redéfinies. Restent propriétés de l’État, des départements ou des
communes, les édifices religieux qu’ils possédaient avant la loi
(notamment ceux nationalisés en 1789).
-
- Les édifices religieux qui appartiennent aux établissements
publics du culte sont, pour leur part, attribués aux associations
cultuelles.
-
- Ainsi, l’église est chez
elle, elle a dans son sein tous les pouvoirs, et n’est plus assujettie au
pouvoir politique, contrairement à ce qui se passait sous le Concordat qui
n’en finissait plus. L’Etat est aussi chez lui, l’Eglise ne peut lui
dicter ses lois. Victor Hugo est exhaussé.
Claude Barratier
P.S La loi de 1905 n’est pas
appliquée partout. Sept territoires d’outre-mer : Guyane, Mayote,
Saint-Pierre-et-Miquelon, Polynésie française, Wallis-et-Futuma,
Nouvelle-Calédonie et Terres australes ne sont pas soumis à la loi du 9
décembre 1905 comme les départements du grand Est de la France ont encore leurs prêtres, évêques, pasteurs,
rabbins, imams payés par l’Etat français.