@titi
Bonsoir, Titi
Je ne suis pas certain qu’il y ait un intérêt
quelconque à débattre à partir d’un certain écart
dans le regard qu’on porte sur le monde.
L’exemple des
discussion qui suivent ici chaque
article est assez parlant : chacun
s’enferme définitivement dans ses préjugés, et sans même parler
des insultes qui volent bas,
on observe assez
souvent des
dialogues de
sourds, ou chacun
se met en valeur en oubliant totalement le sujet de départ.
Essayons
tout de même.
Quelque chose semble vous avoir échappé :
le texte que j’ai écrit présente peu
d’intérêt pour des gens comme vous,
pour qui la notion de gauche et de progrès humain est – je vous
cite : un ramassis
de conneries. Il s’adresse de manière un peu plus critique au cercle
des gens croyant à la possibilité d’un
progrès humain, et singulièrement de ce
qu’il est convenu d’appeler le mouvement social (il
s’agit sans doute là d’une autre
connerie).
Il caresse encore l’espoir que quelque chose
advienne, qui fasse que « le Monde
de 2025 »
ne soit
pas simplement une fatalité qui nous menace, venue
d’on ne sait où,
mais quelque chose sur quoi on puisse
agir. Voilà comment on raisonne quand on n‘a
pas totalement désespéré d’une évolution humainement favorable,
quand on n’est pas
encore résigné à ce que ce ne soit qu’une mécanique
implacable.
Faire des bonds furieux en
entendant les mots « gauche de rupture » ou « gauche
de progrès », suppose que l’on se demande – à un
moment ou à un autre – de quels cerveaux
« romantiques », et de quels amateurs de ruptures et
conteurs de « balivernes » est
issue la République où nous vivons.
Mais
peut-être peut-on penser, à la suite de notre cher président, que
la France est orpheline d’un roi et de son aristocratie ?…
Plus
avant, on peut même s’interroger sur la rupture romantique que
représente la survenue du christianisme pour la civilisation. Il est
permis de se demander si le Christ prônant amour inconditionnel du
prochain, pardon, et compassion devant s’étendre au-delà de
l’entourage immédiat à tous les individus, quelles que soient
leurs origines ou leurs croyances, il est permis de se demander si
Jésus pêchait par romantisme et tendance à la
baliverne...
Ceci-dit,
vous avez en partie raison : il s’agit dans
mon texte en quelque sorte d’un acte de foi
prolongé éventuellement par des actes militants auxquels
certains ne peuvent souscrire.
Il est d’ailleurs
possible que l’évolution néfaste du monde soit en partie la
conséquence du type de
nihilisme que vous prônez,
imprégné de l’idée que toute tentative de
réfléchir est
un ensemble de conneries, puisque
la solution à tous les maux est si simple.
Les
termes qui ont
retenu votre attention, ces « conneries » immémoriales,
sont des mots probablement inadaptés que
nous employons faute de mieux,
pour tenter de
comprendre, précisément, où sont les causes des échecs
précédents, et comment s’en dégager. D’où les mots radical, rupture.
Car
voyez-vous, contrairement à ceux qui, comme vous, semblent
savoir exactement où il faut aller et comment s’y prendre, nous
avons la capacité de remettre en cause nos propres credo, d’en
débattre. J’ajouterai que nous ne sommes généralement pas dupes
de ces credo, de
leurs limites,
de leurs dangers,
et de leurs
faiblesses. Ce
qui a tendance à nous distinguer des opinions simpliste et toutes
faites.
D’où la question (il y a un point d’interrogation, n’est-ce pas ?) que pose le titre de mon texte...