Je crains que vous n’ayez un train de retard.
Vous êtes toujours dans la configuration idéologique des USA maîtres du monde, vainqueurs de deux guerres mondiales en 1945 et 1991.
Vainqueurs héroïques contre deux régimes atroces, le soviétique et le nazi (dans
l’ordre d’apparition). Victoire idéologique contre la guerre des classes et la
dictature du prolétariat d’une part, victoire militaire contre le racisme le
plus meurtrier jamais vu d’autre part. Victoire du Bien contre le Mal en un mot, au nom
de la Liberté.
Cette vision du monde est inscrite dans nos esprits formatés
depuis 80 ans, depuis l’enfance pour ce qui me concerne. Je me souviens de mon
instituteur se moquant du dirigeant soviétique Boulganine, car un élève avait
un patronyme à consonance semblable. 80 ans de matraquage idéologique au nom de
la défense (assez crédible) de la Liberté ne s’effacent pas facilement.
Cet état d’esprit permet, en passant, d’effacer qu’un pays
en majorité analphabète en 1917 s’est trouvé globalement instruit en 1940. Une
des raisons, sans doute, pour lesquelles les Russes n’ont pas plaidé coupables
après 91, certains regrettant encore aujourd’hui Staline.
Tout cela, c’est le passé. L’URSS a disparu, dans un
mouvement de décolonisation de l’Empire russe/soviétique, mouvement qui s’achève
actuellement en Ukraine. L’Allemagne est redevenue démocratique et s’est
réunifiée, devenant la première puissance de l’UE. Le communisme nous pose
toujours problème, mais pour d’autres raisons : il ne nous challenge plus
au plan idéologique, mais au plan du développement technologique et de la
richesse matérielle !
Les centaines de bases militaires US sont toujours là
partout sur la planète, nous vivons toujours en Europe sous parapluie nucléaire
américain, avec l’idée que nous sommes toujours les maîtres du monde, sinon
économiquement, du moins historiquement (nous avons inventé les règles qui
gouvernent le monde, et avons généré l’hyperpuissance) et moralement (c’est ce
qui nous reste, la morale et la démocratie, mais nous ne comprenons pas que ce
soit contesté).
Mais, je me répète, c’est le passé. Le monde change, de
nouvelles frontières idéologiques et économiques se dessinent à la faveur des
deux guerres qui font la une de nos médias : l’Ukraine et Gaza. Il nous
faut comprendre que nous ne sommes plus les maîtres du monde, ni militairement
(l’Ukraine), ni moralement (Gaza). D’autres nous valent bien. Après l’époque
coloniale, l’époque néo coloniale s’achève.
Le dernier président des Etats-Unis, Donald Trump, a
anticipé cette mutation, essentiellement politique et spirituelle (l’esprit occidental
doit muter). Il reconnaît l’existence d’autres grandes puissances, avec leurs
zones d’influence, qu’il va falloir challenger au plan économique et autres.
Mais il a renoncé à la vision Bush/Clinton de la nation exceptionnelle qui doit
normaliser la planète sur le modèle US, par la force des armes. L’Europe n’est
plus son problème, juste un gros concurrent.
L’Europe a bien du mal à se repositionner dans ce nouveau
monde. Elle est un peu perdue. Comme un adolescent quand il doit quitter ses
parents, quitter la sécurité du cocon familial (le parapluie US). Le grand
large l’effraie. Alors elle régresse dans une russophobie délirante lui
rappelant les 70 ans d’antisoviétisme, elle régresse dans des rêves de Grande
Europe incluant Ukraine, Moldavie, Géorgie, Bielorussie … et pourquoi pas
Russie (Attali). C’était autrefois le rêve d’un petit moustachu, en excluant le
racisme et le génocide.
En attendant d’y voir plus clair, de se réveiller de ses
rêves régressifs, l’Europe réarme. On verra bien ce qu’il en ressortira :
Papa US est toujours là pour le cas où ça tournerait mal avec la Russie.