Les tiers-mondistes ne peuvent pas comprendre votre article. Ils n’ont aucune culture géopolitique, historique ni anthropologique. Ils ne connaissent rien à l’histoire de la Russie, du Caucase ni de la Tchétchénie... et ils ignorent encore plus les évolutions démographiques et culturelles en cours dans le Nord-Caucase.
Le Nord-Caucase, dont la Tchétchénie, est un verrou stratégique essentiel pour la Russie (je parle de la Russie russe) qui est une plaine ouverte à tous les vents. Les Tsars ont mis des siècles à conquérir et soumettre ces périphéries hostiles, pour sécuriser la Russie et permettre son développement.
Tant que la Russie dominait démographiquement, culturellement, économiquement, militairement et intellectuellement, ça pouvait aller. Mais, comme partout ailleurs dans le monde, les peuples sous-développés croissent et s’émancipent. Tandis que les peuples développés (dont la Russie) stagnent et se décomposent.
Les deux guerres des années 1990-2000, et la distribution de prébendes, ne font que retarder ce processus. Mais il continue inéluctablement. C’est un défi stratégique pour la Russie. Et, contrairement aux zozos tiers-mondistes, ça ne fait pas du tout rire les dirigeants moscovites. La perte du verrou du Caucase et de l’accès à la Mer Caspienne serait un retour en arrière de plusieurs siècles pour la Russie (quasi aux conquêtes d’Ivan-le-Terrible).
L’islamisme est en pleine expansion à Grozny. Et, contrairement à ce que croient les tiers-mondistes, l’islam est un ennemi stratégique depuis plus de 1300 ans pour la Russie aussi. Le fait d’avoir installé un glacis de principautés musulmanes soumises à la force russe ne change rien à l’affaire. Quand la Russie faiblira, la guerre reprendra (et nous aussi ça nous pend au nez en Méditerranée et dans les Balkans).
Deux points encore :
— la propagande actuelle sur l’entente russo-tchétchène se comprend parfaitement dans le contexte de la guerre. Pendant ses guerres, Paris aussi chantait « la France de 100 millions d’âmes » incluant l’empire colonial. Evidemment. Ce n’étais pas l’heure de se diviser. Et les élites locales jouaient le jeu pendant la durée du conflit, espérant bien obtenir ensuite des contreparties. Rien n’est gratuit. Et les sourires ne doivent pas tromper.
— la Russie est une nation helléno-chrétienne. Certes, c’est le rameau de nos cousins byzantins. Il n’en demeure pas moins que, si leur empire s’étend en Musulmanie et en Asie, ils ne sont ni musulmans ni asiatiques. Pas plus que les Français n’étaient Musulmans ni Africains au temps où des ministres issus des colonies siégeaient à Paris. Poutine lui-même est parfaitement au courant de cela. Et nous aurons tous intérêt, un jour, à renouer les liens dans un monde émergeant où la civilisation helléno-chrétienne (et les valeurs relativement libérales qui s’y attachent) sera isolée et en danger.