Marx lui-même n’a jamais voulu figer sa pensée dans un système clos. Il était philosophe, historien, économiste, mais aussi un penseur en constante évolution. Il se méfiait des dogmes. Le « marxisme » en tant que doctrine rigide serait donc une reconstruction opérée surtout par ses disciples, en particulier Engels, qui a joué un rôle crucial dans la vulgarisation et la systématisation de ses idées.
Pour Attali, Marx était davantage un analyste du présent qu’un prophète d’un avenir radieux. Il observait les contradictions du capitalisme, les luttes sociales, les mécanismes d’exploitation, mais n’aurait pas prétendu connaître avec certitude l’issue de l’Histoire. Il était souvent prudent dans ses prévisions, même si son style et son engagement le poussaient parfois à des formules percutantes
Attali insiste aussi sur le fait que l’œuvre de Marx est inachevée, notamment Le Capital, dont seul le premier tome a été publié de son vivant. Les volumes suivants ont été assemblés par Engels à partir de notes parfois très fragmentaires. Cela laisse place à des interprétations divergentes, voire à des reconstructions idéologiques.
En somme, selon Attali, Marx était moins idéologue qu’on ne le pense, plus attentif à la complexité du réel, et moins certain du sens de l’histoire. Le marxisme « officiel » serait né surtout après lui, en durcissant sa pensée.