Faire peur
avec la dette afin d’échapper au bilan des politiques que l’on a soutenues et
que l’on a bien l’intention de reconduire d’une manière ou d’une autre en
réalité. Il y a de quoi être sidéré du mépris du citoyen supposé gober un peu
tout.
« Lorsqu’un particulier emprunte, sa capacité de remboursement est
évaluée : le prêt ne doit pas dépasser 25 à 30 % de ses revenus ou de
sa richesse réelle (résidence principale, épargne…). Ne devrait-on pas
appliquer un principe similaire à un État ? »
https://www.slate.fr/economie/dette-publique-france-pas-peril-demeure-alarmant-crise-faillite-budget-finances-investissement-avenir-solvabilite
« Selon l’Insee, la dette française s’élève à
3.345,4 milliards d’euros au premier trimestre 2025, soit 113,9% du produit
intérieur brut (PIB). En 2020, les annuités sur la dette s’élevaient à 30
milliards par an ; en 2024, nous étions à 60 milliards d’euros ; cette année, à
67 milliards. Et jusqu’à 107 milliards d’euros en 2030, d’après un rapport de
la Cour des comptes de février 2025, soit une dépense plus importante que les
budgets du ministère de l’Éducation nationale, de l’Intérieur ou de la Défense.
Mais peut-on vraiment analyser la dette et les comptes d’un pays comme on
étudierait les comptes d’un foyer ? Un État peut-il être comparé à une famille,
devant gérer dépenses, traites et recettes ?
Pas vraiment. Premier élément manifeste, un État n’est
pas un ménage. Par définition, il a une durée de vie illimitée. Alors certes,
un État peut tomber, peut disparaître, mais cela arrive tout de même moins
souvent qu’un ménage. Depuis le XVIe siècle, la France a pu générer
une dette sans que cela n’ait dérangé ou apeuré ses créanciers. Ces derniers
ont continué à lui prêter de l’argent et le pays a pu se développer et
investir, devenir une grande puissance, en grande partie grâce à ses échanges
monétaires entre agents en capacité de financement et besoin de financement.
C’est le concept, en macroéconomie, du roulement de la
dette. Par sa survie et sa durabilité garantie, un État, dès lors que des
créanciers acceptent de lui prêter de l’argent, pourra continuer à emprunter ad
vitam æternam. Les créanciers toucheront les intérêts sur la dette, payés tous
les ans par le pays, et ce dernier, une fois le crédit bouclé, viendra
emprunter de nouveau pour rembourser son ancienne dette. Il n’y a rien à redire
tant que les investisseurs acceptent de prêter. Cela pourrait incontestablement
poser problème si aucun agent n’accepte de prêter au pays, mais cela n’est pas
arrivé depuis le XVIe siècle.
D’autant plus que, point important, la France dispose
d’actifs et peut ainsi solvabiliser sa dette. Déjà, les Français, eux-mêmes,
ont mis de côté et peuvent couvrir la dette, voire carrément… la racheter.
L’épargne totale de la population française représente plus de 6.300 milliards
d’euros, soit presque deux fois plus que la dette publique totale. Si on le
voulait, nous pourrions être les créditeurs uniques du pays. Comme c’est le cas
du Japon, avec une dette qui dépasse les 250% de son PIB mais qui est détenue à
86% par des institutions et investisseurs japonais, sans que le pays du
Soleil-Levant ne soit inquiété.
Et même comme cela, la France disposerait de plus
d’actifs qu’elle n’a de passifs. En somme, elle n’est pas menacée de faillite.
Selon l’économiste Christophe Ramaux, comme il l’a calculé dans son livre L’État social (avril
2012), chaque Français·e disposerait au total d’un capital net de plus de 5.000
euros, après avoir déduit toutes les dettes et les passifs des actifs détenus
par le pays. La dette permet l’investissement, permet le développement, permet
de financer des projets d’ampleur.
Être endetté ne signifierait donc pas être en danger, en
dépôt de bilan, mais, au contraire, être en train de construire l’avenir du
pays. Et cela, les créanciers le comprennent très bien, en prêtant à la France.
Ces mêmes investissements permettent en retour de démultiplier les actifs des
Françaises et des Français, qui sont du patrimoine. Quand l’État emprunte pour
construire des routes, des infrastructures, des universités, des centres de
recherche, des centrales d’électricité, quand l’État emprunte pour la
transition énergétique, pour la transition écologique, pour la rénovation
thermique des bâtiments, il n’y a pas à s’alarmer et à crier à la faillite.
Prenons un simple exemple pour s’en rendre compte. Selon
un article paru dans La Revue de l’OFCE en janvier 2025, la
transition énergétique, face au dérèglement climatique, pourrait coûter jusqu’à
200 milliards d’euros d’investissement jusqu’en 2050. Mais si l’État prend la
décision de financer ce prix, par l’intermédiaire de la dette, il pourrait
créer un solde net positif de plus de 58.000 emplois durables. Encore faut-il
que les pouvoirs publics en aient la volonté.
La dette sert l’avenir.Tout va dépendre du projet.
En s’attaquant à un endettement comme on s’attaquerait au découvert d’un
ménage, François Bayrou bloquait les perspectives de création de richesse et de
développement.
Une chose que rappelait Anne-Laure Kiechel, conseillère
économique, dans la matinale de France Inter, le 11 septembre. « Le problème est qu’il n’y a pas de
vision économique sur là où on veut amener la France, à cinq ans, à dix ans, à
vingt ans, à trente ans… Il n’y a pas de plan qui dit : “On veut être leader
dans tel secteur” et donc faire tel investissement. […] Si l’on veut remettre
de l’ordre dans les finances publiques, il faut réallouer les choses de façon
productive. Et on en a tout à fait les moyens. On raisonne de la mauvaise
manière. Je déteste les raisonnements budgétaires. Pour moi, le budget doit
suivre une logique économique. Il faut commencer par dire quel est votre projet
de société. Ensuite, quel est votre projet économique en ligne avec votre
projet de société. […] Et maintenant, comment vous financez ? Et c’est là
qu’arrive le volet de la dette. Mais quand vous avez une cohérence, il n’y a
absolument aucun sujet. »