Dans la chaine des puys, plutôt que les éruptions, il faudrait craindre les dégazages des lacs « tueurs » :
Les catastrophes limniques (lac d’eau douce) survenues au Cameroun en 1984 et 1986, à un moment où des savoirs scientifiques sont presque inexistants sur ce risque, entraînant un exceptionnalisme des lacs maars (lacs de cratère d’explosion) camerounais.
Suite à ces catastrophes, de nombreuses études sont menées sur des lacs du même type dans le monde, dont le lac Pavin en France (chaine des puys). Une relecture des documents historiques variés sur ce dernier révèle des épisodes de
« mauvaises conduites » comparables à ceux révélés par la tradition orale des peuples vivant autour des lacs maars camerounais.
Dans les deux cas, ces savoirs profanes ont été ignorés par les scientifiques et les autorités, aboutissant au Cameroun à un triomphalisme des sciences dures, et dans
le cas du lac Pavin, à une normalisation du lac par les autorités depuis deux siècles.
La connaissance du risque d’éruption limnique, découvert à la fin du xxe siècle, est donc plus ancienne. Mais les processus de désignation sociale qui y sont en jeu, donnent lieu à une dévalorisation des perceptions, représentations et savoirs profanes et autochtones sans lesquels ce risque ne saurait être compris et saisi dans sa totalité.
https://celis.uca.fr/production-scientifique/publications/ouvrages-collectifs/2024/percevoir-representer-communiquer-les-risques-naturels
Comprendre la méromicticité :
Le lac Pavin remplit un cratère d’explosion volcanique – un maar – créé il y a 7 000 ans, sa profondeur actuelle est de 92 m. En dessous de 65m les eaux sont plus denses, en raison d’apports hydrothermaux plus salés que les eaux superficielles de 0 à 65 m, et sont aussi plus chaudes d’1° C.
Ces eaux profondes ne se mélangent pas lors des périodes de mélange des eaux observées deux fois par an à l’automne et au dégel de la surface lacustre, comme le font tous les autres lacs du Cézallier.
Ce phénomène très rare de stratification permanente des eaux profondes, la méromicticité, n’est observé en Europe que pour un lac sur 10 000, le plus souvent dans les lacs maars des régions de volcanisme latent (Eifel en Allemagne, Latium, Campanie et Basilicate en Italie) où le dégazage du manteau est encore actif.
Les eaux profondes de ces lacs, privées d’oxygène dissous, peuvent s’enrichir en gaz (CO2 d’origine profonde, méthane de dégradation de matière organique) qui restent bloqués par la pression des eaux. Ces gaz peuvent être libérés par des événements extérieurs (éboulement des rives, glissement de vase lacustre, tremblement de terre) ou lorsque leur niveau de saturation est atteint. Le dégazage
peut alors être très violent : c’est l’éruption limnique, un phénomène décrit très tardivement en 1986 à la suite de la catastrophe du lac Nyos au Cameroun, un autre lac maar méromictique.
Les analyses du lac Pavin, des niveaux de remplissage successifs, de son déversoir abrupte, ainsi que du cours de la Couze mettent en évidence des phénomènes violents.
L’étude des textes, récits et traditions tendent à corroborer l’historicité de ces phénomènes. D’ailleurs le niveau du lac est surveillé et un système de dégazage permanent est en place depuis quelques années..