Adèle Haenel ne pouvait pas attaquer en justice Christophe Ruggia seulement pour « harcèlement sexuel » : c’était déjà prescrit au moment où l’affaire a été rendue publique.
En effet, en 2019, l’actrice avait 30 ans. Or, pour les infractions sexuelles, le point de départ du délai de prescription est fixé à la majorité de la victime (18 ans), à laquelle s’ajoute un délai de six ans en ce qui concerne le harcèlement sexuel. Une plainte aurait donc dû être déposée avant ses 24 ans, soit avant 2013.
L’actrice n’avait ainsi pas d’autre choix que d’attaquer le cinéaste pour « agressions sexuelles », le délai de prescription étant nettement supérieur (20 ans après la majorité).
Et il est vrai que la précision ultérieure d’un contact « sur » le sexe rendait la qualification pénale plus robuste : sans ce contact sexuel, l’affaire aurait pu être classée sans suite et ne jamais parvenir devant un tribunal.
Pour les journalistes, rendre compte de cette évolution du témoignage était pas forcément facile : expliquer les ajustements d’un récit dans un contexte aussi sensible aurait pu être perçu comme une remise en cause de la parole de la plaignante.