Merci pour votre article.
A propos du « libre-arbitre » je vous propose ces quelques réflexions.
La carte n’est pas le territoire
Vu du ciel la planète est un paysage de collines et de vallées. Statique, équilibré, terminé, déterminé, cartographié, magnifique, on peut le contempler dans sa totalité.
Au ras du sol, dans le « territoire », c’est autre chose, les cheminements de moindre résistance, le long des vallées, sont multiples et accidentés, imprévisibles. Chacun semble libre de choisir le sien. La carte établie de la planète n’empêche pas la liberté de choix. Mais seul celui qui la possède en a une vision globale et a la possibilité de choisir le trajet le plus court, le plus économique. Parfois même en prenant des chemins de traverse, comme quand on coupe tout droit à pieds dans une route en lacets.
Ce qu’il faut retenir c’est que le déterminisme de la « carte » n’implique pas le déterminisme dans le « territoire ». La liberté est quasi totale, même si elle est « contrainte » par une sorte de principe de moindre action.
Est-ce se soumettre à un présupposé archaïque que de chercher une carte déterministe quand on est confronté à un territoire chaotique ? C’est possible. C’est pourtant ainsi qu’avancent les théories physiques. En voici un exemple très simple :
- face au mouvement d’un pendule où d’un poids suspendu à un ressort — où position et vitesse sont en perpétuel changement — les mécaniciens inventent le concept d’énergie totale constante, somme d’une énergie cinétique (changeante et bien visible) et d’une hypothétique énergie potentielle et tout aussi changeante. On a remplacé les propriétés position et vitesse du pendule, trop variables et imprécises, par une seule propriété, l’énergie totale. Qui a l’inconvénient d’être abstraite mais qui a l’avantage d’être constante et qui caractérise bien l’état du pendule. Pas besoin de mécanique quantique pour parler de variables conjuguées et de principe d’incertitude/indétermination d’Heisenberg. Tout est dit dans l’Analyse de Fourier (1827) et dans la mécanique de Lagrange, dans lequel on oublie position et vitesse pour ne raisonner que sur les « lagrangiens », l’énergie totale d’un système.
- Et il y a bien d’autres exemples, comme la création du corps des complexes pour traiter les racines d’équations polynomiales, l’hypothèse héliocentrique de Copernic pour faciliter le calcul des planètes, l’hypothèse de Minkowski pour donner un cadre unitaire aux calculs relativistes.
J’explore un modèle, le modèle ETC, qui part du même principe, prenant appui sur l’hypothèse de Minkowski et en la généralisant :
- 1) on construit une surcouche géométrique, un univers « platonicien » dans lequel on peut définir quelques règles simples, un paysage dont on peut tracer une carte précise,
- 2) guidés par cette carte, on redescend dans le chaos du monde pour faire face à ses aléas et à ses paradoxes et choisir au mieux son chemin de moindre résistance.
- 3) et au delà d’apporter un éclairage apaisant sur les chaos du chemin, se donner une chance d’en découvrir de nouveaux.
Alors s’agit-il d’un réflexe frileux commandé par un présupposé archaïque ?
La question est ouverte.