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Commentaire de Jean-Luc Picard-Bachelerie

sur « Sionisme » et « antisionisme » : revenons à l'Histoire et à l'étymologie


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Jean-Luc Picard-Bachelerie 22 avril 11:08

Pour dire que l’affirmation selon laquelle « si la partition des deux états avait été acceptée par les deux parties d’entrée de jeu, le drame des palestiniens n’aurait probablement jamais existé » est absurde, voire qui pourrait s’apparenter à une tentative révisionniste de l’histoire, il faut connaître comment la résolution 181 portant création des deux Etats, a été obtenue.

L’adoption de la résolution 181 par l’ONU en 1947 a été le théâtre de l’une des plus intenses campagnes de pression diplomatique de l’histoire moderne.

Les historiens s’accordent sur le fait que la majorité des deux tiers n’aurait jamais été obtenue sans l’intervention musclée de soutiens américains (hommes d’affaires, conseillers politiques et sénateurs) auprès de pays indécis ou opposés.

Il est historiquement avéré que d’intenses pressions ont été exercées, et le cas de la France est emblématique de cette « diplomatie du bras de fer ».

Voici le détail de ce qui s’est joué durant ces quelques jours de novembre 1947.

1. Le contexte : Une majorité incertaine

Le 25 novembre 1947, un vote préliminaire en commission à l’ONU montre que la majorité des deux tiers nécessaire pour valider le plan de partage (Résolution 181) n’est pas atteinte. Il manque quelques voix cruciales. Le vote final est alors reporté de quelques jours (au 29 novembre), ce qui laisse le temps aux partisans du partage — et notamment aux organisations sionistes et à certains soutiens américains — de lancer une vaste offensive diplomatique.

2. Le rôle des États-Unis : Un État divisé

Il est important de noter que le gouvernement américain n’était pas un bloc monolithique :

• Le Département d’État (les diplomates de carrière) était majoritairement contre le partage, craignant de s’aliéner le monde arabe et de compromettre l’accès au pétrole.

• Le Président Harry Truman, en revanche, était sensible aux arguments humanitaires (après la Shoah) et, surtout, aux enjeux électoraux internes et à la pression de conseillers proches. Bien que Truman ait officiellement interdit à ses diplomates d’exercer des pressions directes, des personnalités influentes, des sénateurs et des financiers proches du pouvoir ont agi de manière très agressive.

3. Le cas de la France et le « chantage » au Plan Marshall

La France était dans une position extrêmement délicate.

• Ses réticences : Paris craignait que le partage ne déclenche des révoltes dans ses propres colonies d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie), majoritairement musulmanes.

• La pression : La France était alors en pleine reconstruction et dépendait vitalement de l’aide économique américaine.

L’épisode souvent cité est celui de Bernard Baruch, un influent conseiller de plusieurs présidents américains, qui aurait fait comprendre clairement aux diplomates français que si la France votait contre ou s’abstenait, l’aide financière américaine (précurseur du Plan Marshall, dont les accords étaient alors en pleine négociation) pourrait être sérieusement remise en question.

Résultat : La France, qui prévoyait de s’abstenir, a finalement voté « POUR » à la dernière minute, après avoir obtenu un bref délai supplémentaire pour tenter une ultime médiation qui a échoué.

4. Les autres pays cibles de pressions

La France n’était pas la seule. Plusieurs petits pays ont changé leur vote sous la contrainte :

• Le Liberia : Le propriétaire de la compagnie de pneus Firestone, qui avait d’immenses intérêts économiques au Liberia, aurait menacé le gouvernement libérien de suspendre ses investissements.

• Les Philippines : Après un discours initial très hostile au partage, le délégué philippin a été rappelé par son gouvernement (sous pression de Washington) et a finalement voté « pour ».

• Haïti et l’Éthiopie : Ces pays ont également fait l’objet de promesses d’aides ou de menaces de retrait de soutien économique.

S’il est vrai que les pressions ont été décisives pour obtenir la majorité des deux tiers, elles ne sont pas le seul facteur. Le choc mondial de la Shoah et la volonté de la Grande-Bretagne de quitter coûte que coûte son mandat en Palestine ont créé un vide que l’ONU a tenté de combler par cette résolution.

On peut donc dire que la naissance « légale » de l’État d’Israël à l’ONU a été le fruit d’une combinaison de légitimité internationale et de « Realpolitik » musclée. Sans ce report de 72 heures et ces pressions exercées dans les couloirs, il est fort probable que la résolution 181 n’aurait jamais été adoptée.

Les sources

• Henry Laurens, La Question de Palestine, Tome 2 (1922-1947), Fayard. (La référence académique la plus complète).

• Michael J. Cohen, Palestine and the Great Powers, 1945-1948, Princeton University Press.

• Dominique Vidal, Comment Israël fut créé, Éditions de l’Atelier.

• Walid Khalidi, Before Their Diaspora, qui compile des documents diplomatiques sur cette période.


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