Effectivement : « les sociétés post révolutionnaires restent hybrides pendant des décennies », mais on ne peut pas considérer cette « hybridation » comme un processus précisément applicable sur le temps long, contrairement à ce que suppose l’auteur « politzer »…
Sur le temps long l’évolution des rapports sociaux est déterminée par l’évolution des rapports de production, et non par les événements politiques « révolutionnaires », même s’ils sont parfois le marqueur, mais pas toujours, d’un point de bascule dans l’évolution des rapports sociaux.
Ainsi, il n’y a pas véritablement de « point de bascule révolutionnaire » dans la transition de l’antiquité esclavagiste à la féodalité. La « révolution féodale » s’étale sur plusieurs siècles et le « point de bascule » n’y est jamais réellement identifié. Les différents spécialistes le situent généralement, mais sans date précise, au IXème ou au Xème siècle, mais avec encore des polémiques « savantes » à n’en plus finir… J’ai personnellement tendance à pencher pour l’avènement de Charlemagne comme le début d’un processus irréversible d’effacement de l’esclavagisme par rapport au servage, mais c’est à titre essentiellement indicatif.
Mais du moins, en ces temps « obscurs » une chose est certaine : la lenteur de l’évolution des rapports sociaux « match » assez bien avec l’évolution également très lente des rapports de production.
Mais ce n’est plus du tout le cas avec l’émergence de la révolution industrielle : s’il peut y avoir encore une certaine cohérence dans l’évolution des rapports sociaux « aristocratiques » aux rapports sociaux « bourgeois », elle n’est déjà plus cohérente avec l’évolution réelle des rapports sociaux sur le terrain, où la bourgeoisie est de facto déjà la classe dominante, bien avant la chute de la monarchie, qui n’est pas même une sorte d’étape « indispensable », vu la persistance de nombre de « monarchies parlementaires ».
L’émergence du prolétariat industriel ne change que temporairement la donne puisque dans la très grande majorité des pays industriels son déclin numérique et organisationnel est déjà en cours depuis des décennies sans qu’il n’y ait eu de tentatives réellement significatives et durables de « passage au socialisme » !
Et les tentatives formellement « durables » de passage au socialisme ont eu lieu dans des pays où il restait très minoritaire et où son développement réel n’a eu lieu qu’à postériori, par rapport aux événements politiques révolutionnaires, qui, sociologiquement, n’ont concerné qu’un prolétariat industriel encore minoritaire, en Russie, voire quasiment exclu, du fait de la nature paysanne du mouvement, en Chine !
Autrement dit, le caractère « hybride » des tentatives « révolutionnaires prolétariennes » n’a non seulement jamais été dépassé, mais n’a désormais plus aucune chance de l’être jamais, vu l’effacement de la classe prolétarienne industrielle, précisément sous la poussée des nouveaux rapports de production, fondés sur la robotique et sur l’IA.
Il faut donc simplement constater que l’« heure historique » du prolétariat industriel a été brève, de l’aube du XIXème siècle à celle du XXIème, et qu’elle appartient déjà à l’histoire ancienne, même si des vestiges d’un formalisme pseudo-« marxiste-léniniste » subsistent çà et là, en fait essentiellement promus par les éléments souvent les plus « révisionnistes » de la cause, selon ses critères d’origine eux-mêmes !
Pourtant, Marx n’est pas forcément absent d’une analyse des rapports sociaux actuels, et même bien au contraire, d’une part pour comprendre l’essor et l’évolution de la société industrielle des deux siècles écoulés, et surtout, d’autre part, pour comprendre comment il percevait déjà cette évolution actuelle de la société industrielle, dix ans avant même la publication du « Capital », dans ses cahiers de notes personnelles regroupés sous le titre « Grundrisse » et aujourd’hui accessibles à tous, y compris dans une édition française, désormais, mais déjà auparavant dans une traduction anglaise, à mon avis plutôt meilleure, et sinon, il y a également accès au texte allemand original, pour vérification parfois nécessaire des passages un peu compliqués… !
L’évolution des rapports de production a donc effectivement mis fin au capitalisme industriel tel qu’il le définissait lui-même, mais ce n’est donc pas pour y substituer le socialisme qu’il espérait encore assez légitimement en son temps, mais tout simplement un autre type de système de domination de classe, basé sur la dette et le banco-centralisme, et non plus sur le capital industriel productif.
Luniterre