Si la physiologie nous montre ce qu’est le mécanisme de nos organes, si la psychologie nous apprend quelles sont nos facultés mentales et sentimentales, la morale nous enseigne l’usage que nous devons en faire.
La physiologie nous dit ce que nous pouvons, la psychologie ce que nous faisons, la morale ce que nous devons. On peut la définir ainsi : « C’est l’ensemble des règles qui doivent guider la libre activité de l’homme. ». Ces règles doivent être basées sur les vérités éternelles ; elles doivent reposer sur les principes mêmes qui ont créé la vie et dirigé l’évolution humaine. Sans cela ce n’est pas la morale. Ces principes étant partout les mêmes, sur notre terre, tous les hommes doivent être soumis aux mêmes règles de conduite puisqu’ils sont soumis aux mêmes lois physiologiques. Donc, la morale doit être une, elle doit être universelle comme les vérités premières qui doivent être l’origine et la fin de tous les devoirs de la vie.
L’histoire nous montre, en effet, que les préceptes de morale, observés chez tous les peuples de la terre, reposent sur un fond commun d’idées. Le code du devoir a toujours été à peu près le même. La pensée souveraine qui a traversé tous les âges et qui semble être née spontanément dans toutes les parties du monde, est l’écho des lois immuables qui gouvernent la nature humaine. Les vérités morales, nécessaires à la vie sociale de l’humanité, ne sont le privilège d’aucun temps, d’aucun peuple, d’aucun individu. Partout la conscience humaine est soumise aux mêmes lois et se développe dans la même direction. Mais les causes premières sur lesquelles se base la loi morale échappent à l’entendement actuel de l’humanité. Elles sont à l’origine de la vie sociale, comme les causes qui ont dirigé l’évolution des êtres sont à l’origine de la substance organisée.
L’idée que nous avons d’une loi morale n’a pas son origine dans notre moi actuel, nous l’apportons en naissant, c’est un lot de l’héritage ancestral. Nous pressentons les lois de l’ordre moral, nous les proclamons et nous nous y soumettons avant de les comprendre : C’est un phénomène d’atavisme. Nous pouvons même dire que, dans l’état actuel de l’esprit humain, les causes n’en sont plus du tout comprises.
Et, cependant, il semble qu’une voix intérieure révèle à l’homme la différence qui existe entre le bien et le mal, le juste et l’injuste. Mais la cause de ces différences lui échappe. C’est un flambeau que les générations se passent de mains en mains sans que personne ne songe à demander qui a allumé ce flambeau, où, quand et pourquoi.
Les causes morales doivent être cherchées dans les principes mêmes qui ont créé la vie et dirigé l’évolution puisqu’elles sont inhérentes à la nature humaine. Mais il faut savoir quel est le rapport qui peut exister entre ces principes et les actions des hommes ; pourquoi la nature humaine est organisée de telle sorte qu’en suivant ses impulsions l’homme ne va pas toujours vers le bien ? Quelle signification on doit donner au mot bien et au mot mal, quel est le but que l’homme doit chercher à atteindre, en un mot, qu’est-ce que la perfection morale ?
NB : Tacite disait que dans les temps de révolution le plus difficile pour un homme de bien n’était pas tant de faire son devoir que de le connaitre.
C’est à l’époque de révolution morale que nous traversons que l’on peut surtout appliquer cette parole. Ce qui manque actuellement, c’est la notion claire du vrai, du juste, du bien. Il règne aujourd’hui sur tout ce qui est relatif à la morale un chaos d’idées contradictoires. La morale primitive est encore au fond des esprits, ses préceptes sont indiscutables, mais à côté des lois qu’elle a dictées, à côté des devoirs qu’elle impose, et pour s’en affranchir, on a érigé d’autres lois, on a institué l’autre morale, la morale de capitulation destinée à légitimer l’usage du vice. On s’est affranchi des devoirs que la vraie morale impose et que l’on considérait comme une contrainte gênante.
Cette morale de tolérance est si bien identifiée avec nos mœurs, qu’il est difficile de démêler le bien du mal, le vrai du faux, le juste de l’injuste. La confusion qui règne sur ce terrain est telle que nous voyons tous les jours des hommes, qu’on appelle de grands moralistes, formuler des propositions en opposition flagrante avec la vraie morale.
Nous avons à rétablir la loi dans toute son intégrité.
Pour atteindre ce but, c’est à la science seule que nous demandons des conclusions. La vraie science, sur cette matière, comme sur les autres, répond avec précision, elle est au-dessus des passions humaines, elle ne sert les intérêts d’aucun parti, elle n’a pas de masque, elle se prononce, comme toujours, simplement et sûrement.
Si nous lui demandons où est le bien, où est le mal, elle nous répond que c’est en étudiant les conséquences des fonctions sexuelles, dans l’évolution humaine, (grave question jusqu’ici systématiquement oubliée) que l’on arrive à trouver l’origine des lois morales.
Ces fonctions, en effet, ont une immense signification dans la vie de l’humanité et, ce n’est pas sans raison, que tous les systèmes religieux, philosophiques ou sociaux en ont fait le pivot autour duquel roulent toutes les actions morales.
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