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Commentaire de Emile Mourey

sur La femme qui aima Géricault


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Emile Mourey Emile Mourey 30 mars 2007 12:01

A Alake

Madame,

La société dans laquelle nous vivons ne juge plus de la même façon que la société du temps de Géricault, laquelle condamnait sans beaucoup d’égard la femme coupable d’adultère. Inutile de dire que votre réponse me déçoit un peu mais qu’elle me laisse néanmoins entrevoir un faible espoir de voir un jour venir la réhabilitation de cette femme qui s’est rendu coupable du seul crime d’aimer, dans la trouble et romantique union de l’Art et du Désir (voyez mon article sur Géricault dans mon site internet).

Car, Madame, les tableaux nous parlent, tout autant et sinon mieux que n’importe quelle biographie plus ou moins conventionnelle. Et il y a des lettres qui, de temps en temps, réapparaissent dans telle ou telle salle des ventes et qui sont autant d’indices en faveur de la révision d’un procès. Car enfin, comment peut-on se fier aveuglément à Clément, le premier biographe du peintre qui, manifestement, a pris le parti du mari trompé en accusant l’amante « d’avoir eu un rôle lamentable mais capital » dans la vie de Géricault ?

Mais qui était donc ce mari beaucoup plus âgé qui, après avoir épousé le « de » de la noblesse, semble s’être occupé beaucoup plus de ses affaires de tabac que de sa jeune épouse ? Et ce notaire qui ment effrontément pour aggraver la cause de la femme en mettant en exergue la soi-disant bonté d’un mari deux fois trompé. Comment ne pas deviner dans cette triste manipulation la vérité probable alors que tout s’explique si l’on reconstitue l’histoire d’un jeune adolescent, insouciant et parfois faible de caractère, devenu un géant de la peinture sous l’influence, au départ, d’une femme romantique plus experte car plus âgée.

Et que pensait donc Géricault ? A-t-il trouvé l’amour auprès d’une autre femme ? A la lecture de rares lettres retrouvées, il ne semble pas. A-t-il peint d’autres scènes d’union autres que celles où il s’est représenté avec Alexandrine ? Aurait-il peint d’autres femmes ? A l’exception de l’épouse très chaste de son ami, le général Bro, je n’en vois pas. Et quand il veut peindre une femme, à quoi pense-t-il ? La réponse est étonnante : à un lion. Alexandrine, un lion ? Un lion qui monte à l’assaut de son amant comme dans le tableau du Getty Muséum ?

Un lion, Madame, est un animal qui a un sacré caractère. « Condamnée par les siens et par la société, Alexandrine, séquestrée, se mura dans le silence le restant de sa vie. J’ai emporté sous le bras le portrait de ma mère. Son front est lumineux, sa bouche sensuelle, ses yeux scrutent un sombre avenir. On dirait qu’ils cherchent à m’atteindre, à transpercer les épaisseurs d’une interminable nuit qui nous sépare à jamais. Je la regarde, je la contemple, ma mère ...Tout cela est beaucoup trop loin. Sans issue. » (cf. vente Tajan du 18/12/2002). »


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