Bonjour à nouveau,
Il m’est agréable de voir que vous êtes ouvert à des propos qui ne sont pas forcément toujours en accord avec les vôtres.
Pour ma part, je tiens à souligner, soit dit en passant, que la LOLF est une excellente chose. J’en attends beaucoup et j’espère vivement qu’elle sera un outil de rationnalisation des dépenses de l’Etat et plus encore, un outil qui permettra de discerner les branches hyper-consommatrices de crédits pour des résultats moindres (les ministères et organismes internationaux par exemple...)
Pour ce qui est de l’analyse purement économique, je suis un partisan d’un investissement fort des organismes publics. Quand je dis fort, je dis rationnel, important, et mesuré.
L’investissement public est un moteur indéniable de croissance. Faut-il encore que les investissements ne soient pas faits à fonds perdus et qu’ils concernent toujours les mêmes (quid de l’attribution des marchés publics, des PPP et autres dispositions qui sont l’inverse du « Small Business Act » américain).
Vous, comme vos collègues politiques, évoquez souvent les problèmes de dépenses. Je ne crois pas qu’un budget volontaire, ou même une bonne gestion, se reflètent en jouant la carte de l’économie sur tout.
En dépensant 0, on gagne souvent 0. Un bon gestionnaire est un gestionnaire qui dépense habilement, et gagne beaucoup, le tout dans de forts volumes.
L’Etat joue la carte de la dépense restreinte, du cadeau fiscal aux plus aisés et de l’entêtement dans l’erreur. Le gouvernement va dans le sens de politiques de « restrictions » sans pour autant porter le regard sur les excès criands que tout le monde constate.
Alors à quand les changements ?
Vraiment, il faut arrêter l’auto congratulation. On peut avoir de bonnes idées, on peut ne pas faire ce que l’on veut, mais au moins, il faut essayer.
- Je vois que le système ANPE-ASSEDIC est un gouffre financier. Personne ne cherche à reformer.
- Le système de suivi et de remboursement de santé n’a pas de garde-fous, pas de « fichier vitale », pas de normes « plafond ». Personne n’ose dire la réalité de terrain.
En parlant de normes plafond, puisque c’est cela dont il s’agit, peut-on octroyer la CMU à 100% des frais pour un RMistes alors que le SMicard à mi-temps devra se payer une mutuelle s’il veut pouvoir (sur)vivre (c’est un détail pour exemple).
- La justice et les tribunaux croulent sous les dossiers. Personne ne cherche à alléger les procédures où à déléguer les responsabilités. Bilan : des jugements 10 ans après les faits.
- L’éducation nationale et la formation supérieure connaissent une crise majeure et structurelle de fonctionnement. Personne n’ose dire que l’éducation nationale est un « mammouth » désorganisé, peu efficace et surtout très enfermé dans une bulle de « convictions préconçues ».
Je ne dis pas d’affronter le mammouth de face, mais plutôt de lui faire comprendre qu’il est de l’intérêt de tous, et surtout des jeunes et de nos enfants, de réformer sur le fond, sur l’organisationnel et sur les méthodes.
- Je vois des crises annoncées au niveau de l’environnement, mais personne n’écoute les préconisations des urbanistes, des biologistes, des climatologues parce que des « ingénieurs durs » croient posséder la parole d’évangile... Ce sont eux qui ont construits les « barres HLM » ne l’oublions pas...
La liste pourrait être longue, et de toute cette liste, il y a des dépenses pour l’avenir à réaliser.
On peut se serrer la ceinture, mais peut-on réellement le faire quand l’Etat gaspille l’argent et démontre chaque jour un peu plus sa capacité à ne pas savoir gérer un budget ?
Il suffit de voir le système de fonctionnement et de recrutement des ministères pour comprendre l’inadaptation profonde de nos institutions : Combien coûte l’ENA et que rapporte t’elle ?
Combien coûte les inspecteurs des impôts alors que ceux-ci pourraient être formés dès la Fac ?
Combien coûte chaque mois un agent de l’Etat de l’administration centrale et que produit-il en échange ? Sait-on le mesurer ?
Alors oui je suis d’accord pour réduire les dépenses, mais avant de dire aux citoyens ce qu’ils doivent faire, c’est à l’Etat de montrer l’exemple, et particulièrement à celui qui est sensé le piloté...
- Réduire les effectifs publics ? Pourquoi pas, s’il s’agit d’organisme sédimenté et sans portée (Commissariat au Plan, DATAR, CERTU...), fonctionnant en doublon (CETE-CERTU ANPE-ASSEDIC).
- Réduire les dépenses ?
Pourquoi pas, s’il s’agit d’arrêter de superposer les 50 plans d’assistance à maîtrise d’ouvrage à chacune des strates du millefeuille administratif français.
- Diminuer les commandes publiques ?
Pourquoi pas s’il s’agit d’arrêter de commander des études menées plusieurs fois par des acteurs différents (doublon là encore).
Pour conclure, et c’est cela le plus marrant, peut-on encore nous dire que l’Etat souhaite faire des économies alors qu’il engage les citoyens à s’endetter ?
N’oublions pas que la dette nationale est aussi composée de la somme de la dette des particuliers en un sens.
Même si cela profite dans l’immédiat aux banques, la crise Argentine devrait nous servir de point d’ancrage à la réalité.
La conclusion est simple :
Je suis le premier à dire qu’il faut rapidement rétablir les finances publiques. Mais pour cela, il faut une politique éthique, sensée, et de long terme.
Actuellement nous avons son négatif, et il nous faudra bien un jour passer à la caisse...
Parallèlement, que fait l’Etat pour gagner de l’argent ?
Il vend les meubles (bâtiments, autoroutes etc...), il vend les actions, il vend ses entreprises...
Et après ?
L’Etat sait-il mener une politique foncière ambitieuse ?
L’Etat sait-il valoriser son patrimoine et tirer parti de ses friches (je pense à des casernes desaffectées en Corse qui pourraient faire l’objet de plans de valorisation) ?
Bref, l’Etat sait-il placer son argent pour en générer du durable et pour compenser mécaniquement ses investissements ?
Actuellement, la réponse est plus que jamais non.
Il faut des gestionnaires. Il faut des projets. Il faut du courage. Il faut savoir défendre l’Etat, parce que l’Etat c’est une part de chacun des 62 millions de Français.
Tirer sur l’Etat, c’est se tirer dessus. Mais si les élus et fonctionnaires tirent eux-mêmes dessus, comment faire croire aux citoyens qu’ils ne doivent pas faire de même ?
Conclusion :
Oui, c’est de courage qu’il faut en France.
Oui, c’est par l’investissement et la confiance qu’on peut s’en sortir, en donnant la place que mérité les jeunes, en redorant la vie de certains séniors et en cessant de gratifier une minorité qui ne le mérite pas.
Cette conclusion est valable pour la droite comme pour la gauche. C’est une question de personnes et de choix.
Ceci dit, je vous remercie pour votre participation et présence sur Agoravox. Je pense que c’est déjà en cela un très bon point que de vous mettre à portée des citoyens.