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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Trois figures majeures de l’art du vingtième siècle et leur joie de (...)

Trois figures majeures de l’art du vingtième siècle et leur joie de vivre sur la Cote d’Azur

L'écrin méditerranéen se révèle un lieu de refuge salutaire à l'issue de la deuxième guerre mondiale et devient un vaste atelier à ciel ouvert. La présence de Matisse travaillant entre Nice et Vence, de Picasso installé à Antibes confère à la Côte d'Azur l'aura d'une terre accueillante. Cette image n'est pas étrangère à la décision de Chagall d'y passer la dernière partie de sa vie. Ces lieux sont ainsi devenus un véritable laboratoire de la modernité.

Perché sur une colline de Nice, le quartier de Cimiez recèle deux musées consacrés respectivement aux oeuvres de Matisse et Chagall

Au coeur d'une oliveraie, une belle villa génoise aux façades rouges abrite le musée Matisse depuis 1963 à quelques pas de l'atelier du Régina. Sa riche collection brosse un précieux inventaire de son immense talent. L'artiste découvre Nice en 1917, il a à 48 ans et a déjà réalisé de grandes oeuvres, mais la lumière riche et tranchante des lieux devient indispensable à sa création. Son oeuvre tardive s'y déploie dans un enchantement de formes nouvelles et de couleurs, jusqu'à l'aboutissement de la Chapelle du Rosaire à Vence. Le musée abrite des chefs d'oeuvre avec lesquels il a vécu toute sa vie et qui ont à ses yeux une importance particulière... Voici un bref aperçu de quelques toiles majeures :

dans « La Nature morte aux grenades, 1947 », on retrouve sur un même plan un plat de grenades devant une fenêtre s'ouvrant sur un palmier du jardin de la villa le Rêve. On y observe comme dans tous ses travaux tardifs un seul espace entre intérieur et extérieur. Lui qui a élaboré la technique des gouaches découpées parvient alors à une synthèse entre le dessin et la couleur de par la simplicité de ses aplats. Toute la créativité de ses dernières oeuvres s'y exprime avec une grande liberté d'invention. Les plus remarquables sont le « Nu Bleu, 1952 » longue figure dépouillée à la couleur magnétique et la « Danseuse créole, 1950 » pour laquelle il traduit en papiers gouachés découpés la joie de vivre qui émane d'un corps dansant.

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Mais c'est dans la chapelle Notre Dame du Rosaire à Vence qu'il réalise, de l'architecture aux vitraux en passant par de nombreux dessins préparatoires une oeuvre totale. Dans un édifice enchâssé entre deux maisons, il réussit par un jeu de contrastes à concevoir un espace unifié, lui insufflant un sentiment d'immensité. L'arbre, la fleur, thèmes récurrents du travail de Matisse culminent dans la double fenêtre du sanctuaire, légère et gracieuse. Le vitrail réitère la vocation de l'arbre cathédrale en tant qu'élévation. A propos de ces magnifiques vitraux il dira « c'est ce que j'ai fait de pus beau dans ma vie. » Inaugurée en 1951 la chapelle du Rosaire, lieu modeste de culte, est selon les mots du maitre octogénaire « l'aboutissement de toute une vie de travail et le résultat d'une vie consacrée à la recherche de la vérité. »

Les admirateurs de Marc Chagall peuvent se rendre aussi dans son musée, le plus important du monde consacré à l’univers poétique et enfantin de ce peintre né en Biélorussie en 1887. La collection couvre toute sa carrière de ses débuts à Saint-Petersbourg à ses dernières années sur la Côte d'Azur. Réfugié aux Etats-Unis et marqué par les massacres des juifs, à l'issue de la seconde guerre mondiale son travail va consister à transmettre un message biblique que l'on retrouve au coeur de la collection. Celle ci se compose de 12 toiles issues de l'Ancien Testament, réalisées par un homme très âgé, où les thèmes bibliques sont traités avec puissance, sublimés par des couleurs chatoyantes et la vision onirique du peintre. « La Création de l'homme, 1956 » première représentation, on retrouve le peuple juif entrainé dans une roue solaire, et d'autres épisodes de l'l'histoire biblique. Ce cycle est ainsi placé sous le signe de la relation entre l'homme et Dieu. Dans « Adam et Eve chassés du paradis, 1961 » l'ange chargé de la colère divine montre aux deux personnages le chemin de l'exil. Portés par un coq rouge ils semblent s'envoler vers l'avenir de l'humanité. Le Cantique des Cantiques regroupe une série de cinq toiles sur fond rouge vif dédiées à sa seconde épouse « Vava », sa joie et son allégresse selon ses propos. Les compositions sont structurées autour de formes arrondies qui attirent le regard ; Il y a enfin une vaste salle de concert, dans laquelle il décrit les sept jours de la création du monde au travers de trois immenses vitraux réalisés en 1972 en y inscrivant les reflets changeants de la lumière. Dans son discours d'inauguration du musée en 1973, Chagall prononce ces mots « Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir ». Il parvient ici encore à nous interpeller et à nous étonner.

Picasso le collectionneur et sa joie de vivre à Antibes

L'été 1946, qu'il passe au cap d'Antibes se prolonge indéfiniment jusqu'à se transformer en une installation définitive dans le Midi. Il occupe le Château Grimaldi d'Antibes, il y peint des aubergines, des citrons , des natures mortes aux poulpes et aux oursins, faisant remonter toutes les richesses de la terre fertile et de la mer voisine qu'il affectionne. En 1947 il réinvente le mythe d'Ulysse et des sirènes dans un camaïeu de bleus et de verts. Au cours de ces moments où il éprouve le besoin d'oublier ses années de guerre, il peint le portrait de Francoise Gilot rencontrée il y a peu qui va devenir sa compagne et la mère de deux de ses enfants. Dans une immense toile « La joie de vivre , 1947 » rayonnant autour d'une femme fleur baignée de lumière un centaure, autre héros de la fête danse au son du pipeau. Cette scène colorée du bord de mer s'avère être l'une des oeuvres majeures et emblématiques du Picasso d'Antibes. En 1948 il s'installe avec Francoise et sa famille à la villa la Galloise à Vallauris. Il rend aussi visite de loin en loin à Matisse jusqu'à la mort de ce dernier en 1954. Et c'est dans le Château d'Antibes que l'on peut voir le premier musée qu'un artiste vivant ait vu consacrer à sa gloire. L'art de Picasso, légende du vingtième siècle s'enracine au bord de cette mer Méditerranée dont l’ensoleillement exalte les tons. Elle irradie son oeuvre de moments de grâce.

En ces lieux l'éblouissement n'est pas seulement produit par la lumière et les rayons du soleil, mais aussi par les oeuvres de génies qui en ont tiré leur force et leur créativité. Cette région marquée aussi par l'élaboration de somptueuses collections comme celle de la Fondation Maeght devient, et ce depuis plus de 70 ans un des pôles magnétiques de la création contemporaine.

Eliane Jacquot

 


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24 réactions à cet article    


  • S. Lampion Grincheux 10 novembre 2023 12:53

    C’est mieux écrit que du Rosemar.


    • ZenZoe ZenZoe 10 novembre 2023 13:01

      @Grincheux
      C’est vrai, mais il y aura moins de commentaires.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 10 novembre 2023 14:05

      @Grincheux
      C’est pas écrit du Cateau-Cambrésis.


    • troletbuse troletbuse 10 novembre 2023 14:11

      @Grincheux
      Mais c’est la même propagande


    • S. Lampion Grincheux 10 novembre 2023 14:17

      @Aita Pea Pea

      Rosemar non plus


    • S. Lampion Grincheux 10 novembre 2023 14:21

      @troletbuse

      « Mais c’est la même propagande »
      exact, 
      ma remarque étit une sorte de litote


    • Ouam (Paria statutaire non vacciné) Ouam (Paria statutaire non vacciné) 10 novembre 2023 22:54

      @Aita Pea Pea
      « C’est pas écrit du Cateau-Cambrésis. »

      Ouais enfin en ce moment ca releverai de l’exploit d’ecrire un truc de la bas ...
      avec le tuba et les palmes puis les bouteilles dans le dos avec les poissons échappés du salon de pipile qui te tournent autour...
      c’est pas vraiment pratique ou faut trouver une ardoise qui fontionne sous l’eau smiley smiley
       
      Je sais elle etais mauvaise ...ai honte ^^


    • Aristide Aristide 10 novembre 2023 13:56

      Fernand Léger a vécu la fin de sa vie à Biot dans les Alpes-Maritimes. Un musée exceptionnel lui est consacré, plus de trois cents œuvres sont exposées. 



        • berry 10 novembre 2023 17:34

          @Montdragon
          C’est tout un programme, en effet.
          Un programme anti-français.

          Pour les tableaux, on pourra comparer la piteuse production moderne avec celle des peintres précédents, comme l’excellent et injustement méconnu Emile Friant, et voir ainsi tout ce que nous avons perdu.
          https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Friant
          Les critiques de l’époque faisaient la fine bouche, ils le trouvaient trop réaliste, voire « pompier ».
          Les pauvres, s’ils avaient vu le torrent de merde qui lui a succédé...


        • Fanny 10 novembre 2023 18:16

          @berry

          comme l’excellent et injustement méconnu Emile Friant,

          Connaissais pas

          C’est plus que pas mal, fait penser à Caillebotte mais en moins bien.

          J’aurais bien acheté un tableau de Friant, mais c’est valorisé combien ?


        • Seth 10 novembre 2023 19:15

          @Fanny

          La Toussaint est assez connu ainsi que La Lutte. il a fait des trucs pas mal et il aimait bien le sinistre aussi. smiley



        • Enki Enki 11 novembre 2023 11:19

          Oui, Friant, c’est un bon.

          Les amoureux (s’aérer après une love-love), les canotiers (strange), le chapeau à fleurs ( à manger), la discussion politique (MdR), la jeune nancéienne (hiératique), L’expiation (vers le rouge final et le noir de la nuit), la petite barque (vivent les femmes…), Printemps (devant le cinoche d’une vie amoureuse à conquérir), Le repas frugal (toutes les expressions devant la fatalité), Le pain, chagrin d’enfant , etc...

          Il a une vraie tendresse pour ses personnages, à la finition étonnante des visages dont il en tire tout le caractère intérieur, et des trouvailles de moments fugaces saisis sur le vif, couleurs, angles de vues…

          Oui, on associe à Caillebotte, réputé impressionniste, mais pas mal naturaliste, comme Friant, qui lui-même n’est pas sans impressionnisme. Caillebotte a la primeur des trouvailles des instants impensés de la vie. Mais Friant a une organisation scénique, un jeu de couleurs accentuant la mise en relief, une finition renforçant l’expression humaine, que Caillebotte n’a pas, même si le l’apprécie beaucoup aussi.


        • Fergus Fergus 11 novembre 2023 16:20

          Bonjour, berry

          Merci d’avoir évoqué ce peintre de grand talent.
          Oui, il fut qualifié de « pompier », mais Caillebotte également. Or, peu à peu, ces peintres émergent de la condescendance dans laquelle ils furent tenus. C’est fait pour Caillebotte, et ce le sera pour Friant.


        • Fanny 11 novembre 2023 16:54

          @Fergus
          C’est fait pour Caillebotte, et ce le sera pour Friant.

          Comme j’aime bien gagner des sous sans en fiche une rame, j’achèterais bien un Friant car pour sûr, de quasi inconnu il sera un jour très apprécié. Mais je connais pas les prix d’aujourd’hui ...


        • Fergus Fergus 11 novembre 2023 17:29

          Bonjour, Fanny

          La cote de Friant  dont le grand talent est en voie de reconnaissance est déjà assez élevée : il faut compter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un tableau. 
          Ce qui le met très au-delà de mes propres moyens. smiley


        • troletbuse troletbuse 10 novembre 2023 17:07

          Exactement comme Fergus

          Cet article était vraiment très intéressant !

              

            

            


          • berry 10 novembre 2023 17:38

            @troletbuse
            C’est ce qu’on appelle une antiphrase.


          • Fanny 10 novembre 2023 18:31

            depuis plus de 70 ans un des pôles magnétiques de la création contemporaine.

            Oui, mais c’est le passé génial de la France. Le passé.

            Un petit mot sur les poteries de Picasso à Vallauris eut été à sa place.

            Reste le cadre extraordinaire, le soleil, mais les génies ont disparu, comme la France d’ailleurs, son esprit. Restent les cailloux, c’est pas rien.


            • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 10 novembre 2023 21:31

              Bonsoir, et merci de m’avoir lue 

              A propos de Picasso à Vallauris , j’ai déjà écrit sur ce sujet :

              Les céramiques, ou l’aventure de la terre

              Cette période est marquée par la volupté avec laquelle Picasso travaille la céramique en s’appuyant sur l’artisanat local. En 1946 la visite de l’exposition des potiers de Vallauris est pour lui une révélation. Renouant avec le compagnonnage, il va créer plus de 4000 oeuvres en terre, puisant aux thématiques qui lui sont chères, tauromachie, repas de fruits ou de poissons, portraits de faunes et antiquités grecques revisitées par sa créativité.

              Les motifs tauromachiques, allégories de la force virile y sont nombreux et très colorés sur des assiettes, coupelles et vases. Le théâtre de l’arène s’installe dans les formes en creux de grands plats où les figures taurines apparaissent très détaillées...

              https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/picasso-et-la-joie-de-vivre-en-234783



            • Fergus Fergus 11 novembre 2023 16:25

              Bonjour, Eliane

              Autant je reconnais à Picasso  un type que je déteste au plan humain  un très grand talent pictural, autant je pense qu’il a pris les gens pour des gogos avec ses céramiques.
              Certes, il y a, parmi ses « 4000 oeuvres », des oeuvres réellement dignes d’intérêt, mais la plupart ne sont que des pièges à cochon de payant réalisés en deux ou trois coups de pinceau !


            • Fergus Fergus 11 novembre 2023 16:29

              J’ajoute que je n’ai de réserves ni sur Matisse ni sur Chagall. Mis à part le fait que ce dernier ait été choisi pour réaliser le plafond de l’opéra de Paris en faisant disparaitre l’oeuvre de Lenepveu qui n’avait pas démérité et était plus en harmonie avec l’architecture du lieu.


            • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 12 novembre 2023 10:44

              @Fergus
              Bonjour Fergus,
              j’ai souligné Picasso le collectionneur ...de femmes . A propos des céramiques , il a inventé de nouveaux volumes sous formes de vases -oiseaux, des pichets aux bustes de femmes , des Tanagras dans la filiation des statuettes de la Grèce antique .Tous ces objets sont une source de vie pour le plaisir des yeux, inscrivant la terre dans son oeuvre protéiforme .
              Merci de m’avoir lue 

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