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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Au risque de péter un plomb…

Au risque de péter un plomb…

Au cœur de cet été rendu tristounet par les contaminations au variant delta, les contraintes liées au passe sanitaire, et une météo maussade, voici un petit épisode de la vie parisienne, librement inspiré par une anecdote authentique ; il nous est raconté avec toute sa gouaille par la jeune Antoinette…

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Café rue Vieille-du-Temple à Paris

Six mois qu’on avait acheté ce Stentor sur eBay, faute de réagir aux alarmes de nos smartphones. Six mois, et déjà trois pannes à son actif. Saleté de réveil de merde ! Résultat : propulsée par une main vengeresse, l’horlogerie défaillante était allée violemment percuter le pied de la commode IKEA en agglo plaqué chêne. Combat inégal : la Suède avait gagné par K.O. Quant à Marion – ma coloc’ – et moi, nous avions entamé une course contre la montre pour tenter d’arriver à peu près à l’heure au bureau de la compagnie d’assurances qui nous employait.

Peine perdue : malgré une douche ultra-rapide, un habillage express et l’abandon du p’tit dej’, nous étions parties avec une bourre d’une demi-heure au bas mot. Remarquez, moi je n’en avais pas grand-chose à cirer, mon chef étant plutôt du genre cool. Mais Marion risquait de se faire voler dans les plumes par la daronne de son département, une harpie quinquagénaire aigrie par sa ménopause qui ne supportait pas le moindre manquement à la discipline ni le plus petit retard. Surtout de la part de meufs plutôt bien roulées qui, chaque jour ouvré, lui rappelaient à quel point elle avait morflé durant son demi-siècle d’existence. C’est pourquoi, solidaire avec ma copine, je me hâtais avec elle vers la station de métro Saint-Paul. N’empêche que j’avais la dalle.

J’ai tenu bon jusqu’au débouché de la rue Ferdinand-Duval.

─ Jamais je tiendrai sans bouffer. Déjà qu’en temps normal j’ai des crampes d’estomac dès onze heures... Et zut ! Tant pis pour le retard, file sans moi, faut que je fasse une escale ravitaillement dans un rade.

─ Après tout, t’as raison ! approuva Marion après un instant d’hésitation. Je t’accompagne. Au point où nous en sommes, on n’est plus à un quart d’heure près. Nique sa race à la mère Hannebique !

Quelques minutes plus tard, nous étions installées rue Saint-Antoine au zinc d’un bistrot à l’ancienne devant un grand crème et une corbeille de croissants chauds.

C’est en ingurgitant ma dernière bouchée de viennoiserie que je découvris l’intrus : un morceau de ferraille de la taille d’une lentille. Incroyable ! J’aurais pu me péter les crocs sur cette fève denticide ! Furieuse, je saisis l’objet entre le pouce et l’index et le brandis d’un air vengeur en direction du daron.

─ Vous féliciterez votre assassin de boulanger pour moi ! m’exclamai-je avec virulence, sans me soucier des autres clients. Tant qu’il y est, suggérez-lui les clous, le verre pilé et les éclats de silex, ce sera encore plus efficace pour ses attentats bucco-dentaires. Ce type est un irresponsable. Ou un incompétent, ce qui n'est pas plus rassurant. Si j’avais le temps, je filerais illico porter plainte chez les keufs.

Le patron du troquet, un petit rondouillard – genre François Hollande avec une moustache et quelques taches sur la chemise en plus – avait saisi l’objet et le tournait dans tous les sens en hochant la tête d’un air incrédule.

─ Ça alors, c’est la première fois que je vois ça ! Je vous jure, je n’ai jamais eu le moindre problème avec ce boulanger. Et pourtant ça fait bien quinze ans que je me fournis chez lui... Sûr que c’est un accident, un malheureux concours de circonstances, je ne vois que ça comme explication.

Le pauvre homme avait l’air sincèrement navré. Du coup ma colère s’était presque évanouie. Je n’en laissai pourtant rien paraître, bien décidée à saisir l’occasion de m’amuser un peu, quitte à me payer sa tronche.

─ N’empêche que j’aurais pu me casser une incisive et foutre ma carrière en l’air à cause d’une négligence inadmissible... J’aurais eu l’air de quoi avec une dent pétée ? Parce que moi, Monsieur, j’ai entamé au cinéma une carrière qui s’annonce flamboyante. Dès demain, je tourne avec Dujardin mon premier long-métrage en tête d’affiche. Huppert n’a qu’à bien se tenir, c’est moi qui vais devenir la grande star du cinéma français et la reléguer définitivement au rang de has-been. D’ailleurs cette pétasse l’a bien senti : depuis que j’ai donné une interview aux Cahiers du cinéma elle a tout fait pour me casser auprès de la production... Alors votre criminel enfariné, vous allez lui remonter les bretelles si fort qu’il en reste pendu au plafond de son fournil jusqu’à ce qu’il demande grâce, compris ?

─ Ce sera fait, Mademoiselle, comptez sur moi...

─ J’y compte bien, répliquai-je sur un ton sec... Combien vous dois-je ?

Le patron jeta un œil furtif de part et d’autre.

─ Laissez donc, chuchota-t-il, c’est pour moi... Dites, il va s’appeler comment votre film ?

Zut ! la question piège. Vite un titre, n’importe quoi. Faute de mieux, je m’en remis à l’actualité cinématographique…

─ Euh... OSS 117 rit jaune en mer Rouge... J’incarne une princesse saoudienne, en réalité un agent du Mossad infiltré.

Là-dessus, je remerciai, saluai et quittai le bistrot en coup de vent, Marion sur mes talons, toutes deux les lèvres pincées pour ne pas éclater de rire sous les yeux perplexes du replet limonadier.

Peu après, tandis qu’une rame de la ligne 1 du métro nous emportait vers notre lieu de travail, je fus gênée par un reste de croissant coincé entre deux molaires. Un petit coup de langue pour dégager l’intrus et... surprise...

─ Tu sais quoi, Marion ?... J’ai paumé un plombage.

─ Tu parles d’un scoop !... Attends... tu veux dire que... le bout de ferraille du bistrot... c’était ça ?

J’approuvai d’un signe de tête en tentant de réprimer le fou-rire qui me gagnait.

Note : Ce texte est un court extrait, modifié et actualisé, d’un roman intitulé Moi, Antoinette Védrines, thanatopractrice et pilier de rugby dont je suis l’auteur.


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18 réactions à cet article    


  • babelouest babelouest 9 août 11:12

    Merci Fergus, j’ai bien rigolé ! Pauvre boulanger !


    • Fergus Fergus 9 août 11:39

      Bonjour, babelouest

      Merci pour ce commentaire.
      « Pauvre boulanger », en effet. Cela dit, je pense qu’un examen plus attentif a dû montrer qu’il s’agissait d’un plombage dentaire. Le boulanger a donc dû être exonéré de toute responsabilité. smiley


    • gruni gruni 9 août 11:22

      Bonjour Fergus

      J’ai trouvé ton livre, j’espère pour toi qu’il s’est bien vendu. En tout cas le résumé commence bien...

      « Antoinette est une salope »

       smiley bonne journée


      • Fergus Fergus 9 août 11:48

        Bonjour, gruni

        « j’espère pour toi qu’il s’est bien vendu »
        Pas vraiment. Mais ce n’est pas ce qui m’importait.

        Ce bouquin a été avant tout rédigé pour moi-même et pour l’une de mes cousines. Il est un mix de nos deux expériences et comporte pas mal d’anecdotes vécues, soit par elle, soit par moi (mais prêtées à cette Antoinette, nettement plus décoiffante et amorale que ma vraie cousine).

        Il n’est en revanche pas question dans le livre des « soins » de thanatopraxie apportés par ladite cousine  la vraie à la princesse Diana le matin qui a suivi son décès dans le tunnel de l’Alma (cf. Une princesse de Galles nommée... Patricia).


      • arthes, Britney for ever arthes, Britney for ever 9 août 22:22

        Fergus....

        Ca alors !!!

        Euh...Comment dire...

        Fouetté !


        • HΞŁŁБФUЛÐ cyrus 9 août 22:35

          @arthes, Britney for ever

          t’ as perdu tes table de plongé ? smiley


        • Fergus Fergus 9 août 22:50

          Bonsoir, arthes, Britney for ever

          J’avoue ne pas bien comprendre...


        • arthes, Britney for ever arthes, Britney for ever 10 août 21:56

          @Fergus

          Bin...Quel contraste entre votre posture vovoxienne de ’Vertueux raisonnable et lisse " et ce début de nouvelle médiocre bourrée de poncifs et au ton trivial et gore...J ai eu l impression de vous voir a poil, prêt à vous lâcher dans toutes les postures...D ou ce fouet, afin de vous redresser un peu . 

          Remarquez que par ailleurs, ce site, vovox, est aussi le lieu du lâchage des adeptes de sectes, les grands Skippys d avox y vont à fond...Et les dingos qui suivent...C est la luminescence orgiaque finale.


        • Fergus Fergus 11 août 08:56

          Bonjour, arthes, Britney for ever

          Si vous le dites... smiley


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 août 22:33

          Sympa , merci .

          N’ empêche qu’on a eu bien fait de conserver N Karabatic .lol


          • Fergus Fergus 9 août 22:47

            Bonsoir, Aita Pea Pea

            Merci également pour le détour par le quartier du Marais.

            J’ai toujours été très rigide sur l’exemplarité dans le sport. smiley


          • Fergus Fergus 9 août 22:49

            Qui plus est, je me fiche de la nationalité des vainqueurs.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 août 23:15

            @Fergus
            Bon , perso ça a un petit peu d’importance. Mais bon sur le tour un gars comme Quintana ben suis derrière sa selle pour le pousser , mais d’autres français aussi ...on est cons ? Oui .


          • HΞŁŁБФUЛÐ cyrus 9 août 23:19

            @Aita Pea Pea

            ha ca du sport tu va en faire , court forest cours ...
            et lache le micro onde tu courera plus vite smiley


          • velosolex velosolex 10 août 10:02

            @Aita Pea Pea

            « Y aura t’il de la neige à Noêl », a fait place à « y aura t’il le tour de France l’an prochain ».
            Question existentielle, qui risque de poser question sur d’autres choses encore plus alarmantes, me faisant penser à la chanson d’Etcher. 
            Les jeunes commencent à se demander s’il vont faire un bébé pour noël. Je regarde sur la chaise le journal du matin
            Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent.
            La page du sport est tentante. Jadis je me souviens bien je rêvais moi aussi aux médailles.
            Passer la ligne en vainqueur c’est une seconde d’étourdissement. Mais rien du tout pour l’éternité. Thomas Pesquiet de là haut prendra t’il de la terre la photo ultime. 
            La présence d’un chat fait un bien immense. Il s’installe dans un rayon de soleil et ferait son nid dans le chas d’une aiguille


          • Fergus Fergus 11 août 09:07

            Bonjour, velosolex

            « Les jeunes commencent à se demander s’il vont faire un bébé » 
            Que ce soit « pour Noël » ou pour n’importe quel autre moment, cette question de la procréation commence en effet à se poser chez une partie des jeunes, et c’est évidemment un très mauvais symptôme de l’état de notre société.

            Pour ce qui est de l’ivresse de la victoire en sport, que l’on soit athlète soi-même ou qu’on le vive par procuration au spectacle des champions, c’est comme les batteries, cela s’use. L’âge avançant, on s’enthousiasme moins, et l’on relativise beaucoup plus des victoires dont une part non négligeable sont suspectes à bien des égards.


          • In Bruges In Bruges 10 août 22:58

            Stephan Eicher.

            Respectez au moins les noms, si vous ne respectez pas le reste, ni vous-même.


            • Fergus Fergus 11 août 09:01

              Bonjour, In Bruges

              Simple faute d’inattention, à mon avis. Velosolex n’a voulu porter atteinte ni à Eicher ni à sa chanson dans son commentaire quelque peu désabusé.

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