« dans ce futur qui se construit à la hâte, toutes ces tendances sont prêtes à se radicaliser.
Il
s’agit d’un avenir où, pour les privilégiés, presque tout est livré à
domicile, soit virtuellement par le biais de la technologie de streaming
et de cloud, soit physiquement par un véhicule sans conducteur ou un
drone, puis « partagé » par écran interposé sur un réseau social. C’est
un futur qui emploie beaucoup moins d’enseignants, de médecins et de
conducteurs. Il n’accepte ni argent liquide ni cartes de crédit (sous
couvert de contrôle des virus), et dispose de transports en commun
squelettiques et de beaucoup moins d’art vivant. C’est un avenir qui
prétend fonctionner grâce à une « intelligence artificielle”, mais qui
est en fait entretenu par des dizaines de millions de travailleurs
anonymes cachés dans des entrepôts, des centres de données, des usines
de modération de contenu, des ateliers de misère électronique, des mines
de lithium, des fermes industrielles, des usines de transformation de
la viande et des prisons… en première ligne des maladies et de
l’hyper-exploitation. C’est un futur dans lequel chacun de nos gestes,
chacun de nos mots, chacune de nos relations est traçable et exploitable
par une alliance sans précédent entre gouvernements et méga-entreprises
High Tech. »