L’histoire de la blanche hermine à laquelle j’ai fait référence est celle que les Bretons racontent pour expliquer leur drapeau à canton blanc frappé de mouchetures d’hermine (la pointe noire de sa queue)
Soit Anne de Bretagne, soit son grand-père, lors d’une chasse, aurait remarqué qu’une hermine en pelage d’hiver avait fait le choix d’affronter la meute quand elle s’est retrouvée acculée à un passage boueux.
D’où la devise de nos fiers Bretons « Plutôt la mort que la souillure »
C’est moins vrai de nos jours où tout est bitumé, mais autrefois les gens devaient faire des efforts constants pour éviter la boue. Tout ce qui est de l’ordre du carrosse, de la chaise à porteurs, du palanquin, des chaussures surélevées, des gants, des chapeaux, des voiles, des parasols, des ombrelles, de la poudre de riz, des escaliers, des parquets, représentait, surtout pour les femmes, la panoplie des moyens développés pour préserver leur beauté de la souillure qu’infligeait la nature sauvage.
Lorsqu’un homme porte une femme dans ses bras, que ce soit comme dans cette histoire racontée par Ariane ou dans un ballet russe, ils participent tous les deux à ce jeu de l’affranchissement de la fange, du sauvetage à grand prix de la beauté ciselée.
Dans Shakespeare in love, vers la fin du film, il y a une séquence où la reine Elisabeth 1ère se retrouve face à une flaque boueuse. Des lords hésitent, palabrent. Elle marche alors carrément dans la boue sous les yeux effarés des barons qui ont certes fini par étaler leur cape à terre mais... « Trop tard » dit la reine.