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easy 26 novembre 2010 10:26
easy


Il me semble que parmi les grandes questions morales (que ni la philosophie ni la psychologie n’ont su déborder puisque nous restons encore jugés et condamnés quasiment à l’aune de la seule morale) se trouve celle de l’innocence.
L’innocence est vraiment clef pour le monde chrétien depuis qu’un innocent a été spectaculairement crucifié.

Si l’innocence est clef ou levier de toute chose pour juger du Bien et du Mal et qu’elle tend à disparaître au niveau de la croyance au Christ, il faut bien la retrouver quelque part. Si l’on pose que l’animal est innocent, alors en l’exploitant, en le tuant et en le dévorant, on serait diabolique. Ce n’est donc pas dans l’animal, pas même dans le bébé phoque qu’on peut investir massivement en recherche d’innocence. C’est donc dans l’enfant qu’on effectue cette recherche, devenue de plus en plus obsessionnelle depuis qu’on a chassé le curé.

Autrefois, c’était sans vergogne qu’on se méfiait et qu’on assassinait les enfants d’un ennemi. Depuis 2 siècles, c’est de plus en plus difficile à accepter. A force de vouloir trouver un représentant de l’innocence, on l’a trouvé en l’enfant. Cette trouvaille récente permet à chacun des adultes de se dire qu’il aura en tous cas été innocent pendant quelques années, qu’il a donc démarré innocent (ce qui suppose donc qu’il a eu à subir des forces ou turpitudes pour l’avoir transformé en éventuel coupable) et que même devenu adulte moins innocent, il produit de l’innocence pure en enfantant, en faisant l’amour.
Pondre de l’innocence quand on est coupable, c’est pas mal réparateur.


Tant que nous continuerons à vouloir qu’à l’issue d’un jugement solennel, il y ait d’un côté un coupable et de l’autre un innocent, nous ressentirons le besoin bien compris d’être considéré innocent. Alors nous avons besoin d’une idole innocente et l’enfant est pour l’instant le support de cet idéal. Finalement, nous ne nous comparons plus au Christ et encore moins à Victor Hugo, Picasso ou Voltaire bien trop poilus mais à l’enfant.
L’enfant indéfini, fantasmé puisque nous ne parvenons pas pour autant à désigner un enfant précis qui serait absolument innocent (de son vivant en tous cas)

[les moines Tibétains, quand ils recherchent leur nouveau Dalaï Lama, ne recherchent pas l’innocent absolu, mais au contraire si l’on peut dire, ils sélectionnent l’enfant qui démontre une pensée à la fois complexe, riche et réfléchie]



Le débat Rousseau Voltaire n’a pas été clos par eux et clairement, nous refusons de le rouvrir : L’enfant est-il innocent, qu’est l’innocence, comment évolue-t-elle si elle existe, doit-on continuer de juger selon des critères d’innocence moraliste ? Oublier son enfant dans sa voiture ou au contraire l’aimer au point d’en être passionné, c’est innocent ou coupable ?






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