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Patrick Dussert-Gerber 17 janvier 2007 17:59
Patrick Dussert-Gerber

Votre commentaire est instructif mais mérite des précisions :
- Je « n’oppose » pas dans mon article ce que vous appelez les gros et les petits producteurs. Il y a une crise de mévente également pour un bon nombre de crus plus réputés (et donc plus chers), que, si j’ai bien compris, vous classifierez dans les « gros ».

Par contre, si les « gros » sont pour vous les groupes de spiritueux (vu dans votre site votre article sur Ricard), en effet, je les oppose alors avec l’ensemble des autres producteurs, du plus cher au plus abordable, du Petrus de mon ami Jean-François Moueix (http://patrick.dussert-gerber.com/archives/dejeuner-avec-jean-francois-moueix.html#respond) au Cdr-Visan de mes amis Théodosiou (http://patrick.dussert-gerber.com/archives/visan.html#respond)

- Pas d’opposition non plus entre cépage et terroir, mais, je crois, au contraire, que notre « visibilité » ne peut se faire au détriment de la mise en avant du terroir.

Tout dépend de ce que l’on veut faire : du vin digne de ce nom ou un produit rouge, blanc, rosé ou mousseux qui plairait à tout le monde. Même démarche pour l’agroalimentaire.

Votre exemple sur le Champagne n’est pas si opportun non plus, puisque, depuis déjà 5 ans, les marques et vignerons champenois (en tout cas celles qui font de la qualité) orientent leur communication beaucoup plus sur leurs terroirs que sur leurs assemblages. On n’est plus à l’époque où le Champagne se comportait comme un vin de fête mais à celle où le Champagne se présente comme un vin, à déguster selon des plats, selon ses crus, selon la proportion de ses cépages. La marque (désolé pour la pub) la plus prestigieuse de la Champagne, Krug, accentue fortement sa différence avec son Clos du Mesnil, provenant d’un « clos » unique, c’est-à-dire d’un terroir... Et puis, le Champagne est un cas unique, dans le monde entier, et l’union qui se dégage de leurs instances est tout-à-fait exceptionnelle, ce qui en fait un cas d’école depuis des décennies.

Enfin, la sortie de la crise des vins de pays n’a rien à voir avec le fait que ceux-ci devraient mettre en avant le cépage, et n’a surtout rien à voir avec l’exportation.

C’est une crise avant tout sociale et franco-française.

Elle a d’abord sa source dans la rémunération du travail fourni : en Languedoc comme à Bordeaux, on propose des niveaux de prix au tonneau inadmissibles (un peu comme si le smic était à 400 € !). A cela s’ajoutent de nombreuses causes plus anciennes comme l’incitation par nos pouvoirs publics à des plantations trop importantes et le manque de soutien d’un certain négoce qui ne s’attache pas à défendre les vins de sa région (pour l’anedote, voir : http://patrick.dussert-gerber.com/archives/air-france-la-honte-et-les-vins.html#comments ).

On est donc loin de la baquette magique « cépage » pour aider ces producteurs à s’en sortir, et c’est une erreur de leur faire croire qu’il ne s’agirait que de cela. Je rappelle aussi que ce serait désobligeant pour ces producteurs de vins « modestes » que de leur dire qu’ils n’ont rien d’autre à faire que de mettre Merlot ou Grenache sur leurs étiquettes, car, le terroir (même moins expressif), cela existe aussi au fin fond du Minervois ou des Bordeaux Supérieur.

Un dernier point : ce croyez pas que seule la France viticole serait en « crise ». Les pays neufs ne sont pas en reste, de l’Australie à la Californie", qui n’arrivent pas, et cela ne date pas de 2006, à écouler leurs surplus. Les boîutes ferment, se revendent, et Mondavi en profite.

On voit que l’avenir de nos vins passe bien par la multiplication des « niches » plutôt que par une uniformisation par le bas, sous le nom d’une « marque mondiale ». Même les Californiens commencent (un comble) à réfléchir sur un système d’appellations similaires au nôtre, conscients d’avoir à justifier une « typicité » territoraile et non plus simplement un nom de marque ou de cépage pour exister sur le long terme.

C’est notre complexité qui fait notre visibilité, comme c’est une France multi confessionnelle qui fait notre pays.



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