"Qu’en est-il de l’homme moderne ? L’individu libéral occidental s’est
libéré des liens traditionnels qui ont structuré les sociétés, pour le
meilleur et pour le pire, depuis que l’homme existe.
Les guerres de
religion furent son grand traumatisme et le déclencheur du projet
subséquent d’organiser la vie sociale en dehors de tout jugement de
valeur, selon les lois du marché libre, qui règlent l’économie des
biens, et du droit abstrait, qui régit les rapports entre les
personnes ; aidée en cela par la science galiléo-newtonienne qui devait
fournir le modèle d’un monde de choses inanimées expliqué par un expert
objectif dépassionné.
Cette « société idéologiquement neutre » a été la
première et la seule à penser qu’elle pouvait se constituer sur la base
de l’intérêt individuel bien compris, c’est-à-dire promouvoir partout et
toujours cet homo œconomicus de l’individualisme
méthodologique, qui non seulement n’agit que par pur égoïsme, mais
encore en toute circonstance comprend quel est son propre intérêt,
véritable petite entreprise à lui tout seul, volontariste, flexible,
rentable, auto-entreprenant.
Le résultat, on le voit s’étaler sous nos
yeux ébahis, c’est notre monde moderne, son impasse écologique et sa
démocratie qui s’exporte à coups de canons ; on nous l’assure, le
meilleur reste encore à venir.
j claude Michéa