Bonjour Fergus,
Mélenchon a effectivement tendance à réagir au quart de tour face à certaines formes de provocations. Sans doute parce qu’il connaît toutes les astuces des journalistes visant à faire produire à leur invité un discours formaté et qui évite surtout d’aller au fond des choses. (Calvi est l’exemple type de ces « petits marquis » médiatiques.) N’oubliez pas, cependant, que son éclat avec Cohen se situe à un moment où les Socialistes venaient de l’accuser d’antisémitisme. A mon sens, c’est plus obscène que tout ce que Mélenchon pourrait jamais dire, même s’il se laissait aller à livrer le fond de sa pensée. Cela dit, écoutez-le face à un type comme Bourdin, par exemple, et vous conviendrez peut-être - en tout cas, je l’espère - qu’il peut participer à un dialogue constructif, vif et enrichissant, quand son interlocuteur, pourtant loin d’être de son bord, n’essaie pas de le faire passer pour un épouvantail à moineaux de gauche.
De toute façon, et c’est là notre véritable point de divergence, je ne pense pas que lisser sa communication changerait quoi que ce soit à la situation actuelle. J’ai déjà développé certains points dans mon post précédent, donc je ne reviendrai pas là-dessus. Mais prenons un autre exemple. On vient d’établir que les calculs qui étayent les politiques d’austérité sont faux. Où sont et où seront les réactions des médias objectivement complices de l’UMP et du PS ? Quelques économistes mirontons-mirontaines (comme Elie Cohen, qui vient régulièrement commenter et justifier les politiques dont il est l’un des instigateurs), complaisamment interrogés par un quelconque Pujadas, produiront un bla-bla incompréhensible pour expliquer que la rigueur budgétaire est quand même le bon chemin. Et on en restera là. Face à cette propagande écrasante, il faut de la pédagogie, certes, mais aussi des provocateurs et des imprécateurs. A la fois tribun et excellent pédagogue, Mélenchon est pour le moment ce que nous avons de mieux. Et si on le compare à un Marchais - pas un compliment, quand on songe à la médiocrité intellectuelle du personnage - il a au moins l’avantage, je crois, d’être sincère.