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Jean Dugenêt 5 février 2020 08:43
Jean Dugenêt

@Eric F

Bonjour,
Je pensais avoir déjà échangé beaucoup avec vous mais j’ai l’impression qu’il n’en reste rien et qu’il faut tout reprendre au départ.

"J’ai remarqué que vous avez effectivement dans cet article un peu bémolisé le rapprochement entre le projet allemand sur l’Europe (protectorat à sa dévotion) et la construction européenne d’après guerre (à visée supranationale)"

Je pense pour ma part ne jamais avoir varié. Vous citez ensuite une de mes phrases :

" Le projet de la « Neue Europa » était bien un projet nazi. Le nazisme incluait donc une forme d’européisme et il est normal que le passage du nazisme à la construction européenne n’ait pas causé de graves problèmes de conscience aux anciens nazis concernés"

Je ne vois vraiment pas ce que vous pourriez avoir à redire à cela. Il s’agit d’un constat. Ce n’est même pas une interprétation de ma part et c’est plutôt un euphémisme. Les anciens nazis concernés (j’ai cité deux noms en plus de Walter Hallstein) se sont plutôt acquittés avec enthousiasme de leur rôle dans la construction européenne d’après guerre alors que je dis seulement que cela ne leur a pas causé de problèmes de conscience.

Sur le fond, il est évident qu’il y a une quantité de points communs entre les deux projets et un fondement idéologique similaire ne serait-ce que par la volonté dans les deux cas de construire une structure institutionnelle européenne. Cela n’empêche pas que ce soit aussi deux projets séparés et qu’il y ait quelques différences.

Ensuite vous reprenez vos premiers arguments pour minimiser le rôle de Walter Hallstein dans la Wehrmacht avec des informations non-sourcées :

« WH a été à un poste administratif avec le plus petit grade d’officier (lieutenant) »

Je ne sais pas s’il était lieutenant mais je ne pense pas que ce soit un « petit grade » pour un soldat qui ne s’est jamais engagé dans l’armée. Il a seulement fait son service militaire avant et, comme vous l’avez vous-même signalé, il a été enrôlé à 41 ans à un moment où il n’était guère possible qu’il en soit autrement. Je ne sais pas non plus s’il était sur un poste administratif et, faute d’avoir des précisions sur ce poste, je ne vois pas en quoi cela diminuerait sa responsabilité. Vous « oubliez » en effet l’essentiel :

"De plus, Walter Hallstein était dans la Wehrmacht un officier instructeur en national-socialisme. Il appartenait au corps des « Nationalsozialistischen Führungsoffiziers  » (NSFO), créé par Hitler en 1943. Pour intégrer ce corps, non seulement il fallait être membre du parti nazi mais il fallait être parrainé par deux de ses membres.

Philippe de Villiers apporte des précisions  :

« Helmut Heiber, historien scientifiquement irrécusable, à qui fut confiée la mission de rassembler l’imposante documentation en vue des procès de Nuremberg, s’employa pendant des décennies à reconstituer des dossiers de la Chancellerie pour la période allant de 1940 à 1945 et du Parti national-socialiste. Dans sa longue étude documentée sur les enseignants pendant le IIIe Reich, Heiber classe les universitaires en deux chapitres aux titres éloquents : les « opposants ou indifférents » (chapitre II) et ceux qu’il appelle les « croyants » (chapitre III). C’est ici, parmi les « croyants » du IIIe Reich, que le nom de Hallstein surgit en ces termes :

« Après une enquête de la direction du corps professoral du Reich au début 1944, l’université de Francfort communiqua une liste, commençant par Walter Hallstein et se terminant par Wilhelm Ziegelmayer, composée de quinze hommes officiers qualifiés en national-socialisme ayant rang d’officier et vingt-six autres intervenus pour la “mobilisation complète de l’ensemble de la Wehrmacht dans des proportions inouïes”, eux aussi sont bien sûr des “activistes politiques” (à titre de comparaison, l’université technique de Darmstadt a signalé zéro officier dirigeant nazi et trois orateurs actifs). »

Créé en 1943 sur ordre de Hitler, le corps des Nationalsozialistischen Führungsoffiziers (NSFO) avait en effet pour mission d’enseigner le national-socialisme aux soldats pour s’assurer de leur volonté de combattre jusqu’à la mort. Chargés de la surveillance politique des troupes, prédicateurs et mouchards, ils s’apparentaient aux commissaires de l’Armée rouge. On ne devenait pas commissaire national-socialiste sans être membre du parti nazi ou sans avoir été parrainé par deux de ses membres, ni sans avoir donné assez de gages idéologiques. »

Anne Lacroix Riz apporte elle-aussi des précisions :

« Le NS-Führungsoffizier (NSFO), (...) était « chargé à la fois de la direction militaire spécialisée et de la formation politique et idéologique nazie dans l’esprit du national-socialisme », c’est-à-dire largement tournée vers l’extermination des rouges et des juifs « parasites du monde ». Notons qu’Hallstein exerça ses talents de NSFO en France où l’armée américaine l’arrêta (à Cherbourg),(...) On ignore donc ce qu’Hallstein fit en France de 1942 à 1944, mais assurément il n’y enseigna pas seulement le Droit nazi. »

Résumons ce qui nous parait essentiel. Walter Hallstein avait de piètres aptitudes pour être un militaire. Il n’avait assurément pas les qualités pour intégrer la SS. Il était chétif. Il portait des lunettes... On sait qu’il a, dans un premier temps, été jugé médicalement inapte pour être admis à un cours d’artillerie avant d’être finalement admis. Il était par contre très motivé et n’a pas ménagé ses efforts pour réussir dans ce domaine. C’était d’ailleurs un adhérent de la fédération nationale-socialiste de protection anti-aérienne qui était une organisation de type militaire avec grades, uniformes…. Il a surtout affiché sa totale adhésion au national-socialisme au point que l’université de Francfort l’a sélectionné dans une liste réduite de 15 officiers qualifiés en national-socialisme ce qui lui a permis de devenir un « officier-instructeur en national-socialisme » de l’armée. Il est évident que le minimum pour cela était d’être adhérent au parti nazi puisqu’il fallait de plus être reconnu comme un national-socialiste particulièrement zélé. Il fallait d’ailleurs être parrainé par deux autres membres du parti. Son rôle en tant qu’officier-instructeur en nazisme était d’enseigner le national-socialisme aux soldats pour s’assurer qu’ils étaient prêts à sacrifier leur vie pour le IIIe Reich. Son rôle était aussi de faire une abominable propagande antisémite. Sur la page de la Wikipédia consacrée au NSFO on lit :

« In ihren Schulungen indoktrinierten die NS-Führungsoffiziere Hunderttausende, wenn nicht Millionen von Wehrmachtsangehörigen mit antisemitischer Propaganda wie der Vorstellungen, Juden wären Parasiten und gehörten ausgerottet »

Ce que je traduis approximativement ainsi :

« Les membres des NSFO ont endoctriné des centaines, voire des millions, de membres de la Wehrmacht avec une propagande antisémite telle que l’idée que les Juifs étaient des parasites et devaient être exterminés. »

A défaut de pouvoir intégrer la SS, Walter Hallstein a trouvé dans ce rôle le maximum de ce qu’il pouvait faire pour être un nazi exemplaire.

Il n’est guère possible qu’un militaire du Reich ait pu être officier sans être nazi mais, à qui fera-t-on croire qu’il aurait été possible qu’un « officier-instructeur en nazisme » de la Wehrmacht ait pu ne pas être nazi ? Et c’est pourtant l’opinion que veulent imposer tous les journalistes aux ordres des puissants. Un fait aussi invraisemblable doit devenir une vérité pour ne pas fragiliser l’UE. Les lèches-bottes arrivistes qui n’hésitent pas à se rouler dans la fange pour se partager la besogne ne manquent pas. Les apprentis s’y mettent ! Pauvre jeunesse ! Ils emboitent le pas de Walter Hallstein lui-même qui avait besoin d’être un nazi-zélé pour profiter de l’ascenseur social. A force de le défendre, ils finissent par lui ressembler. Sont-ils conscients qu’en déployant tant de zèle pour inverser sans cesse mensonges et vérités au service d’une propagande d’état, ils sont sur les traces de Goebbels ? A leur égard, j’hésite entre haine et pitié. Faut-il les plaindre ou les blâmer ?"

 



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