N’oublions jamais dans nos rapports avec le chien, le pacte fondamental, que seul, entre tous les animaux, il a conclu avec nous en des temps qui se perdent dans les fonds les plus obscurs de la préhistoire. Dans « Pactum », il y a Pax, et c’est un véritable traité de paix, à la vie, à la mort. Il y est pour sa part, irrévocablement, inébranlablement fidèle. On se demande devant quel Dieu, en quelles circonstances augustes, inconcevables, il fut inviolablement sanctionné. Nous, hélas ! nous en avons trop souvent perdu la mémoire. Mais lui n’a jamais oublié. Son maître, qu’il soit laid, puant, injuste, idiot, cruel, restera toujours, à ses yeux attendris et confiants, le seul Dieu infaillible, intangible et sacré. Victime d’une injustice manifeste, on ne lira, dans le regard attristé du bon chien, que l’étonnement et le silencieux reproche d’une inexplicable forfaiture. Il faut vraiment que ce Dieu singulier mais exclusivement vénéré, outrepasse toutes les bornes de la raison et de l’équité et que son malheureux adorateur soit acculé par la frénésie d’un ivrogne ou d’un fou, à défendre sa peau, pour qu’il ose rompre un instant l’accord immémorial.
Nous avons connu beaucoup de chiens, nous n’en n’avons pas vu qui eussent mordu leur maître. Nous ne disons pas qu’il n’en existe point, mais nous en avons jamais rencontré. Tout au plus, poussé à bout, se permet-il de rappeler ce maître égaré au respect de l’alliance ancestrale, par un grondement spécial et significatif, auquel on ne se trompe pas et qui arrête les plus téméraires, comme s’il venait des profondeurs d’une histoire qui remonte aux origines de la terre.
Mais la crise ou le malentendu passé, tout est oublié ; et la victime, sans rancune, vient demander pardon du mal qu’on lui afait.
Il est une injure que le meilleur chien supporte difficilement, à savoir qu’on lui reprenne un os qu’on vient de lui donner. Aux yeux de la morale, de la justice et de l’honneur canins, c’est le péché qui crie vengeance au ciel, le sacrilège inexpiable. N’avons nous pas, dans notre MORALE et dans notre sentiment de l’honneur, d’analogues bizarreries ?