@pasglop
Vous avez raison sur un point important : l’ère Eltsine n’était pas une démocratie structurée et volontaire. C’était en grande partie du bordel, un État en décomposition, et une loi de la jungle où les plus rapides se sont approprié les secteurs rentables. La presse libre n’était pas le fruit d’une institution solide, mais souvent le sous-produit de ce chaos et des rivalités entre oligarques.
Là où je diverge, c’est sur la suite.
Même imparfaite, même fragile, même née dans le désordre, cette relative ouverture permettait encore des choses qui ont progressivement disparu : une télévision nationale capable de contester le pouvoir, des élections où l’issue n’était pas écrite d’avance, une opposition qui pouvait exister sans être immédiatement criminalisée. Ce n’était pas « l’indicateur absolu » d’une démocratie, d’accord. Mais c’était un espace politique réel, même limité.
Poutine n’a pas seulement « sur-réagi » à un risque de dislocation. Il a méthodiquement refermé cet espace. La recentralisation, le contrôle des médias, la mise au pas des régions et des oligarques restants n’étaient pas qu’une réponse défensive. C’était un projet politique cohérent : remplacer le désordre par un ordre vertical, quitte à étouffer ce qui restait de pluralisme.
On le voit aussi ailleurs. Les Témoins de Jéhovah ont été purement et simplement interdits comme organisation « extrémiste », avec des perquisitions, des procès et des peines de prison. Les personnes homosexuelles font l’objet d’une législation de plus en plus répressive, au point que toute expression publique de leur existence est devenue dangereuse. Et en Tchétchénie – qui n’est pas un État indépendant, mais bien une république de la Fédération de Russie – des camps et des prisons secrètes ont servi à torturer et faire disparaître des hommes soupçonnés d’homosexualité, sous le regard bienveillant ou complice de Moscou.
Comparer la Russie des années 2000 et celle de 2015 est effectivement intéressant. On y voit une stabilisation économique et une remontée de la puissance de l’État… et en parallèle une fermeture progressive, presque implacable, de tout ce qui pouvait encore contester le sommet ou simplement échapper à la norme imposée. L’agression lancée en 2022 contre l’Ukraine, pays souverain, sous des prétextes fallacieux qui ne trompent personne, n’était en rien inévitable. Elle s’inscrit dans cette logique de contrôle absolu, poussée jusqu’à son terme.