Atlantico , La France en marche vers une guerre ( civile ) raciale ?
1— Atlantico : En quoi ce mouvement lycéen est-il réellement différent des mobilisations précédentes, et quel rôle La France insoumise a-t-elle joué dans sa politisation ?
Olivier Vial : Ce mouvement s’est construit à l’envers. Il a commencé par le moment où les mobilisations lycéennes traditionnelles finissent généralement : celui de la violence et de la radicalisation. Les incendies, les mortiers et les affrontements ont précédé l’élaboration de revendications nationales, l’organisation d’assemblées générales et l’apparition de porte-parole véritablement représentatifs.
À l’origine, les revendications demeuraient très locales et très concrètes : un professeur non remplacé, une infirmière absente, des classes surchargées ou des bâtiments dégradés. Mais les élus de La France insoumise ont immédiatement procédé à « une montée en généralité ». Dès le 24 septembre, Louis Boyard opposait ainsi les établissements mobilisés aux « lycées de riches » et appelait à l’extension du mouvement. Avant que Jean-Luc Mélenchon parle d’une répression à « l’arrière-goût raciste évident » et demandait aux élus et militants insoumis de « s’interposer ».
La mécanique est parfaitement identifiable : le manque d’une infirmière devient la preuve d’une inégalité entre les établissements ; cette inégalité est présentée comme un abandon volontaire des quartiers populaires ; cet abandon est ensuite interprété comme une ségrégation sociale, puis raciale. Une difficulté concrète se transforme ainsi en accusation systémique.
LFI n’a pas créé les inquiétudes des lycéens. Mais elle a été parmi les premières forces politiques à les traduire en colère, à leur désigner un responsable et à les rattacher aux thèmes dont elle sait qu’ils résonnent fortement auprès d’une partie de la jeunesse : le racisme systémique et les violences policières.