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jakem 7 octobre 18:14
jakem

@jakem
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Comment un conflit sur les moyens scolaires a-t-il pu se transformer en accusation de racisme et à qui cette transformation profite-t-elle politiquement ?

Nathalie Heinich : Je n’aborderai ici ni la question des motifs de cette mobilisation lycéenne - qui sont compréhensibles et légitimes, même si les moyens utilisés ne le sont pas toujours -, ni celle des violences policières - qui sont manifestement disproportionnées, même si tous les policiers ne s’en rendent pas coupables. Je vais m’en tenir à la question de l’accusation de racisme proférée à l’égard de la police. Cette accusation s’appuie sur une réalité, à savoir la présence d’éléments racistes parmi les policiers - l’affaire de Carcassonne en a fourni récemment une preuve évidente -, et d’ailleurs le contrôle au faciès devrait être banni. Mais que « des » policiers soient racistes ne signifient pas que « les » policiers en général le soient : cette généralisation est une facilité cognitive qui non seulement ne permet pas mais au contraire empêche la compréhension du réel. Par ailleurs, dans les événements actuels, la présence importante de jeunes issus de l’immigration tient essentiellement à leur surreprésentation dans les quartiers les plus défavorisés, et donc dans les établissements scolaires les plus démunis. Se focaliser sur la « race », en imputant leur répression au racisme, est une erreur d’analyse qui repose sur l’occultation des différences de classe par la mise en avant des différences de couleur de peau. C’est une orientation communautariste issue de la culture américaine, et qui s’est répandue dans la gauche radicale depuis quelques années - c’est ce qu’on nomme le mouvement « woke » - au mépris des valeurs universalistes. En outre, la gauche a longtemps été le lieu privilégié d’une prise au sérieux de la connaissance sociologique, et notamment de la notion, fondamentale, de stratification sociale.

A l’inverse, la gauche radicale opère aujourd’hui une régression intellectuelle majeure en se concentrant sur le plus visible et le plus susceptible d’activer des réflexes culpabilisateurs et victimaires, à savoir la race. C’est une dérive raciste masquée par un discours anti-raciste, et ceux qui l’opèrent sont soit des naïfs mal informés, soit des cyniques qui ne font que chercher les voix des quartiers. Mais qu’ils soient bêtes ou électoralement intéressés, les discours utilisant la fibre « racialiste » sont de toute façon consternants. 



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