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Accueil du site > Tribune Libre > 3ème tour : se préparer à la guerre de classe

3ème tour : se préparer à la guerre de classe

« Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c'est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre. Et nous gagnons. »

Warren Buffett

 

Fin de cycle

La comédie électorale quinquennale qui s'achève a vu la victoire du camp des "raisonnables" contre les "populismes irresponsables", c'est en substance la soupe que nous servent aujourd'hui tous les complices de cette farce, médias oligarchiques et personnel politique recyclé mêlés, bras-dessus bras-dessous.

Cette grotesque farandole aura eu au moins le mérite de clarifier les choses : trois blocs, et pas un de plus, émergent de ce modèle finissant, la cinquième République, et tous les oripeaux de ceux qui s'en gavèrent durant des décennies flottent désormais aux quatre vents, telles les charognes dépenaillées de ces soldats ukrainiens tués par paquets de douze, et abandonnés, en guenilles, sur le champ de bataille.

P"S", PCF, LR...balayés, ces symboles de l'ancien monde, mais pas forcément le petit personnel qui y a émargé des décennies durant, et qui en a largement profité, tout en sachant flairer le vent mauvais qui s'approchait, avant de brusquement retourner sa veste : les Woerth, Sarkozy, Valls et autres Le Drian sont les parfaits exemples de ces charognards qui ne voulaient pas mourir, qui ont su traverser les lignes ennemies au bon moment, abandonnant leur camp en rase-campagne, pour aller pactiser avec le type en face.

Le (sale) type en face ? Dimanche dernier, il a triomphé, une fois de plus.

Le minable petit piège qu'il bricolait depuis cinq ans s'est encore une fois refermé sur les français...

A qui la faute ?

Et puis, faut-il chercher des coupables, ou plutôt des responsables ?

Nous n'avons clairement pas le temps de nous invectiver les uns les autres, du moins pas dans le camp progressiste, j'entends. Pour les sourds et autres malentendants, je parle bien sûr de la Gauche, la vraie, pas des limaces sans colonne vertébrale qui finissent désormais de sécher au soleil de résultats électoraux calamiteux, actant leur prochaine disparition. Soit : le PS, le PCF et dans une moindre mesure, la droite LR qui désormais ne sont plus grand-chose. Mais que cela ne nous empêche pas de constater que sous les nouvelles appellations, se cachent les trâitres d'hier, et les enfoirés de demain : LREM va se transformer incessamment sous peu en UMPS (ou plutôt devrais-je dire LRPS), car le poudré reconduit pour cinq ans (s'il arrive à finir son mandat, mais nous y reviendrons) a bien réussi son coup : fusionner les traîtres des deux camps pour en sous-main recomposer un parti unique, sorte de monstre de Frankestein avec deux mains droites, et beaucoup d'aggressivité envers celles et ceux qui à ses yeux, "ne sont rien", et qui ont survécu malgré tout à 5 ans de maltraitance généralisée.

Le Docteur Micron a désormais les coudées franches pour détruire le modèle social français, le fameux "pacte républicain" qui a tenu ce pays depuis 1945 jusqu'à la fin des 30 glorieuses. Retraites, Assurance maladie, Sécurité Sociale, chômage, mais aussi, regardons un peu plus loin voulez-vous : les contrats de travail (encore 25 millions de salariés en france en 2022, un modèle inédit en europe, que Uber macron aimerait bien voir s'auto entreprendre jusqu'au dernier), les conventions collectives (c'est à dire le salaire minimum, les garanties commes les comités d'entreprises, les conquis sociaux comme la négociation collective, les accords de branche), la justice (et subséquemment, la toute-puissance de la police qui impunément peut crever des yeux, arracher des mains, emprisonner, nasser, tabasser, voire tuer sans être inquiétée), sans oublier l'hôpital, la santé (inutile de faire un dessin de ce côté-là), l'énergie (EDF/GDF), le ferroviaire (privatisation déjà bien entamée de ce côté-ci), et j'en passe et des meilleures. Les carnages en vue sont légion.

Car oui : tout est privatisable, vendable, marchandisable...et on peut très bien imaginer que les "outils numériques" (traduire : de contrôle social avancé, type modèle chinois) sont vus par le locataire renouvelé de l'Elysée et sa clique, comme un moyen supplémentaire, non négligeable, d'accroître la pression sur les éventuels réfractaires que sa politique produira en nombre de plus en plus croissant.

Tout, absolument tout ce qui vaut encore le coup de vivre, travailler, rire et aimer dans ce pays, risque d'y passer.

De la part de quelqu'un qui a osé suggérer, en pleine campagne, qu'il se verrait bien mettre au travail les gamins à partir de 12 ans, on ne peut que présupposer le pire : on sera encore loin de la réalité.

Alors certains viendront me rétorquer qu' "il nous reste les législatives"... mais arrêtons de nous mentir trente secondes voulez-vous : les yeux dans les yeux, sincèrement, vous y croyez vraiment encore ? 

Le système mis en place par Thiers (un de nos grands amis), et peaufiné par De Gaulle (un grand pote de la Gauche aussi c'est bien connu) est totalement verrouillé, et on ne voit pas par quel miracle les vieux (déjà à la retraite), les boomers (qui ont bien profité leur vie durant, sans en avoir rien à foutre de leur impact de privilégiés sur la planète) et tous les autres bourgeois, possédants, startuppers et fans de MC Kinsey -et dieu sait qu'il y en a des tonnes-, on ne voit pas comment brusquement, ce tas d'égoïstes privilégiés totalement aveugles à la souffrance de millions de travailleurs qu'ils méprisent, changeraient brusquement leur vote du premier tour, pour aller placer au poste de 1er ministre un excité qui a ouvertement dit qu'il leur "ferait les poches".

Faut pas rêver, de ce côté là il n'y a plus rien à en tirer, à part si d'ici juin une météorite, ou que sais-je un vaisseau-mère alien en provenance d'Alpha du Centaure débarquait en plein milieu du pays, pour nous apporter le Socialisme et la fin des inégalités sur un plateau...

Ainsi, vu que je ne crois plus guère au père Noël, et au lieu d'attendre avec toujours le même fusil rouillé, à un coup, et avec trop peu de munitions, l'armée hyper équipée qui va nous tomber sur la gueule dans pas longtemps, il est plus que jamais vital que la Gauche progressiste, celle à l'origine, justement, de tous les conquis sociaux que je viens d'énumérer plus haut (ehhhh oui, c'est pas le camp des natios qui a conquis tout ça, faudrait se réveiller et l'accepter les gens !), il est plus que jamais temps que cette-Gauche là prépare la mise à jour de son logiciel, pour s'upgrader comme dirait l'autre, en vue d'atteindre son plein potentiel. Et vous n'avez encore rien vu.

Je parle bien sûr du potentiel de transformation sociale et sociétale, le seul qui ait jamais fait gagner notre camp. Camp qui, au fond, représente une majorité de nos concitoyens, même si justement ,cette majorité l'ignore encore à cette heure.

Rien ne changera si ce n'est nous

Alors bien sûr, le méprisant de la république, sitôt élu dimanche soir, a évidemment "changé" .

Il nous a promis une "nouvelle méthode", et sitôt fait, son séide en charge de l'économie, l'inénarrable Bruno Lemaire (vous savez, monsieur 4% à la primaire de la droite en 2016), a traduit ce "changement" en n'excluant d'aucune manière le recours au très démocratique bras d'honneur nommé Article 49.3, concernant la super réforme des retraites dont les 3/4 des français ne veulent toujours pas.

Il ne faut de toutes façons nous faire aucune illusion sur le potentiel de changement du psychopathe reconduit pour 5 ans de plus dans les dorures de l'Elysée, ou du moins sur son changement en mieux. Car peut-être n'a-t-il pas menti pour une fois : il a sans doute changé, mais en pire, surtout quand on considère les récentes commandes de matériels pour la police. Faites un coucou au nouveau joujou de la police et de la gendarmerie, j'ai nommé le blindé SOFRAME qui, avec ses 90 petits camarades, va poursuivre et amplifier la "gestion démocratique des foules" que l'on a connu ces cinq dernières années. Quand on dit qu' "il n'y a pas d'argent magique pour les hopitaux en france", on est quand même ravis d'apprendre que pour nous éclater toujours plus la tronche à nous, les Gaulois réfractaires, il y en a plein.

Alors en parlant de Gaulois réfractaires, justement, il faut un peu analyser le potentiel de cette armée de réserve qui en grande majorité, s'ignore encore comme telle. Je m'en vais donc vous saouler avec quelques chiffres.

Prenons les salariés : il y en a encore plus de 25 millions en France à cette heure. Rajoutez à ça 5.7 millions de fonctionnaires. Les 99.9% de ces deux catégories représentent à elles seules la majorité de la classe des exploités, en capacité de se vivre comme telle, mais qui en grande partie ne commence qu'à le découvrir.

De ce point de vue, Marine Le Pen et son camp ont mieux réussi que le camp de Gauche à capter l'attention des électeurs : si on additionne le nombre de votants pour les deux, on touche pratiquement 16 millions de personnes. En reste donc presque autant qui s'est abstenu (plus de 13 millions), et qui représente un camp extrêmement puissant, car majoritaire, qui s'ignore je le répète (pour que ça rentre).

11 millions de votants pour le camp progressiste, essentiellement chez la FI (presque 8 millions), mais aussi près de 11 millions pour l'extrême droite, dont plus de 8 chez Le Pen. Le constat est sans appel : les classes populaires, loin d'avoir voté "populiste", se sont d'abord prononcées pour un changement radical de système...ou du moins, on le leur a fait croire dans la majeure partie des cas. Car qui peut croire que l'extrême droite, totalement libérale économiquement, changerait quoi que ce soit au sort des classes laborieuses dans ce pays ? Nicolas Framont, sociologue du travail et rédacteur de la revue Frustration, le démontre avec brio, parmi tant d'autres : le programme du RN est libéral et antisocial. Pourquoi a-t-il donc convaincu, ce RN de malheur, des millions de français de "classe moyenne", alors que s'il était appliqué il leur taperait en premier dessus ? Est-ce dû à l'immense talent de sa dirigeante ? Restons sérieux deux minutes voulez-vous...

Il est crucial de comprendre ce point : si nous voulons voir le camp progressiste gagner un jour, il faut résoudre cette contradiction majeure, qui fait que des millions de français ne se reconnaissent pas (ou plus) dans un camp qui est naturellement le leur..et vote pour leurs ennemis, des loups déguisés en agneaux.

 Pourquoi la Gauche en est-elle arrivée là ?

Car, au second tour c'est flagrant : la tranche d'âge de 18 à 59 ans a majoritairement voté pour Marine dimanche dernier. Il s'agit juste de la classe laborieuse, celle des travailleurs, des exploités, mais qui en grande partie l'ignore je le reredis pour les besoins de la démonstration. Car c'est bien là le problème : Marx appelait ça la fausse conscience.

Alors beaucoup citeront les multiples trahisons de celles et ceux qu'ils considèrent aujourd'hui encore comme "de Gauche" pour expliquer cette anomalie. Au premier chef desquels le Parti "socialiste", avec François Hollande qui a eu un quinquennat et tous les pleins pouvoirs, et qui a fait pire que Sarkozy en matière sociale et économique. Il a juste acté un quinquennat de trahisons, qu'il serait bien trop long de citer toutes ici...Soulignons-donc une chose : quelqu'un comme Hollande a-t-il véritablement "trahi" quand on connait le pedigree du bonhomme ? Quand on voit les éloges des médias (possédés par des oligarques rappelons-le), de la bourgeoisie et de tout ce que le pays compte d'exploiteurs et de possédants, envers la part de flan qui a massacré le code du travail, et mis sur orbite le fou furieux qui vient de repasser à l'Elysée ? Ils sont nombreux à avoir "salué l'action" du président sortant en 2017, alors que celui-ci venait de faire réprimer durement, deux ans avant les gilets jaunes, plusieurs milliers de manifestants authentiquement de Gauche pour le coup, et en en blessant des centaines, lors de la lutte contre la scélérate loi El-Khomri, qui a juste détruit le Code du travail français...

D'autres encore citeront le logiciel vieillot d'un PCF qui ne fait plus que du vent, et ne représente plus que lui-même, et des élus bien trop éloignés de leurs préoccupations quoitidiennes. Il est d'ailleurs éloquent que nombre de militants de ce parti déplorent une alliance toujours plus de circonstance avec le P"S" que je viens de décrire ci-dessus, et ce depuis la fin des années 70, histoire de vivre des subsides de l'état (bourgeois) en tentant de gagner le maximum d'élus possibles...un changement d'orientation acté en 1976, lors du 22eme congrès du PCF, qu ia acté l'abandon pur et simple du marxisme et de la lutte des classes...période à laquelle correspond la chute vertigineuse des résultats électoraux du Parti Communiste Français d'ailleurs.

Coïncidence ? Je ne crois pas...

Qui se souvient que le parti qui se revendique encore comme "parti des travailleurs", et qui vient de faire péniblement 2.28% des voix au premier tour, faisait près de dix fois plus (!) dans les années 70 ? Qu'il comptait des millions d'adhérents qui étaient aussi des militants aguerris, et que cette force populaire ne pouvait être ignorée ni par la droite Gaulliste, ni par la Gauche mitterrandienne, qui en avaient besoin pour maintenir la paix sociale, voire pour accéder au pouvoir ? Alors oui, ce changement d'orientation, ce revirement à 360 degrés de stratégie, pour aller vers de plus en plus d'électoralisme, peut expliquer une partie des choses. Les cocos se seraient fait acheter par la république... c'est vrai, mais en partie seulement. Ceci n'explique pas la totalité de cette chute, son ampleur vertigineuse, et le report des voix des classes populaires historiquement acquises au parti de leurs intérêts de classe, vers leur ennemi juré : la droite extrême.

Que s'est-il passé d'autre, d'assez fondamental dans le champ politique à Gauche, et qui est longtemps passé sous les radars, pour en arriver à ce niveau de désaveu ?

L'abandon de la lutte des classes

Il est frappant de constater que les principaux lecteurs de Marx, aujourd'hui, sont les pires des capitalistes.

Ainsi Warren Buffett, cité en ouverture de cet article : multimillardaire ayant fait fortune en bourse dans les années 80, il est toujours classé 8ème fortune mondiale par Forbes. Ces gens-là ont très bien compris que Marx avait vu juste : il existe essentiellement aujourdh'ui deux classes, et pas une de plus. La classe moyenne est un leurre de plus, inventé par ceux-là mêmes qui nous exploitent et qui en profitent. A l'époque où Marx écrit son Manifeste du Parti Communiste et, un peu plus tard, son fameux Capital, il n'y a pas de classe moyenne : il y a juste la classe des possesseurs des moyens de production (dont le capital est un des moteurs), et ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre. Autrement dit : les 99.9% d'autres, que certains dénomment "classe ouvrière" mais que nous pourrions tout aussi bien appeler exploités, sans trahir nullement l'esprit du barbu qui voulait tous les conscientiser, pour les organiser, et les voir vaincre contre leurs exploiteurs.

A l'heure où Oxfam nous apprend que 252 personnes possèdent autant que la moitié de l'humanité, et que les plus riches ont vu leur fortune croitre dans des proportions inimaginables dans toute l'histoire de l'Humanité, pendant que 160 millions de pauvres supplémentaires étaient créés à cause de la pandémie de Covid, ou plutôt grâce à elle...car c'est bien grâce à un transfert de richesses des états, à travers le fameux "quoi qu'il en coûte", vers le privé, que dans des proportions quasi identiques la fortune des uns s'est accrue alors que la dette de tous les autres s'alourdissait...En cette heure funeste où le monarque réélu va venir à la table nous présenter l'addition, et nous envoyer illico trimer dans les cuisines pour cause d'impossibilité de rembourser, jusqu'à ce que mort s'ensuive...il est juste ahurissant de constater que la majorité des gens se trompe de colère.

Se trompe de responsables.

Ne désigne pas les vrais artisans de son malheur.

Gramsci l'avait dit et redit, à travers l'un de ses concepts clés : l'hégémonie culturelle est fondamentale, en ce sens qu'une culture partagée est ce qui permet à une classe sociale de se penser comme telle, et non pas de s'ignorer. La bourgeoisie l'a bien compris, elle qui impose à l'ensemble de la société et depuis plus de deux cents ans désormais, ses représentations culturelles. Exemple concret : parler de "charges" au lieu de cotisations sociales. Encore faut-il savoir ce que c'est...les cotisations, c'est le carburant du moteur de la Sécurité Sociale à la française. Sans celles-ci, comment s'étonner que les Services Publics meurent à petit feu ? De ce point de vue, tout candidat qui prétend parler aux classes populaires en leur promettant "une augmentation du pouvoir d'achat à travers une baisse des charges sociales" est un imposteur doublé d'un menteur, qui prend dans la poche gauche des travailleurs ce qu'il prétend leur donner dans la poche droite.

Marx disait également : "les idées dominantes sont toujours les idées de la classe dominante".

A la lumière de ceci, et juste pour le fun un peu, aussi, si on analyse le crash du PCF et de son ridicule candidat Fabien Roussel, on se rend compte que ce type, qui se prétend dirigeant du parti des travailleurs, n'a sans doute jamais lu ni Marx ni Gramsci, et qu'il n'a jamais rien entravé à la lutte des classes. Car pour reprendre le terme bourgeois d' "assistanat" en parlant de la Sécurité Sociale, il faut être soit un idiot, soit un ignorant. Les bourgeois ne s'y sont d'ailleurs pas trompés : en le couvrant de louanges, de Messiha à Darmanin, en passant par Finkielkraut, Blanquer, Onfray, et toute la clique malfaisante habituée des médias pressetitués, clique qui n'a absolument aucun intérêt à ce que quoi que ce soit change, ils ont tous salué en Roussel "un bon communiste". C'est encore Nicolas Framont qui en parle le mieux : ce naufrage était donc prévisible, car "Roussel n'a absolument pas la moindre notion de luttes des classes(..)" Il n'effraie donc pas le bourgeois, il le rassure.Il est inoffensif.

Guerre de mouvement, guerre de position

Inutile de s'attarder sur les autres naufragés idéologiques de cette "gauche" qui n'en a désormais plus que le nom, car que ce soit Jadot ou Hidalgo, ils sont tous dans le même moule. Des idiots utiles interchangeables.

Le cas de Poutou et, dans une moindre mesure, d'Arthaud, est différent : ils ne sont clairement pas aujourdh'ui dans une stratégie électoraliste, mais plutôt une stratégie de lutte pour le premier, et sur un logiciel trop vieillot pour la seconde. Avec tout le respect qui leur est dû, force est de constater que leur présence est non significative dans le combat électoral, mais sans doute pas sans effet : Poutou a contribué, à sa manière, a élargir la fameuse fenêtre d'overton à Gauche (un espèce d'anti Zemmour bienvenu, en fait). En effet, que ce soit sur les violences policières qui tuent impunément, ou sur l'hypocrisie de la bourgeoisie corrompue et corruptrice, il est un des seuls à l'ouvrir et à faire mouche de temps en temps, à ramener dans un débat beaucoup trop centré sur de faux problèmes, les vrais sujets qui préoccupent les français.

Au-delà de cette stratégie, il faut désormais aller plus loin, pour notre camp tout entier : revenir aux fondamentaux, trop longtemps oubliés.

Et parmi eux la guerre de position qui, selon Gramsci, est d'abord et avant tout le fait de ne plus rien céder culturellement à ces éléments de langage qui dégueulent de partout dans les médias, aussi bien que dans la bouche des commentateurs, et qui vont jusqu'à infecter le cerveau de candidats qui se prétendent "de Gauche". Quand on entend Roussel reprendre la rhétorique bourgeoise sur la Sécurité Sociale, en parlant "d'assistanat" au lieu d'émancipation, on comprend que ce type est un idiot doublé d'un traître.

Mais ça n'est pas de sa faute : il faut juste réparer cet oubli, en essayant de ne pas refaire cette erreur.

Cela suppose une large culture politique, chose une fois de plus oubliée par ceux qui en étaient les principaux dépositaires...viendra ensuite la guerre de mouvement, et là nous entrons dans le coeur du sujet.

Trois piliers, un seul objectif 

Pour résumer, si on veut passer par le processus démocratique (pour la Révolution je laisse cela aux camarades du NPA et de LO), il semble indispensable d'amplifier ce qui a déjà été entrepris, dans une certaine mesure, par le bloc populaire et la France Insoumise. Il faut amplifier ce travail de re conscientisation.

Se dégagent ainsi trois objectifs majeurs, sans lesquels la Gauche et le camp social sont condamnés à perdre, encore et encore, et à subir toujours plus d'envoyés de la banque et de la finance, jusqu'à l'effondrement complet.

Car oui, le problème est qu'il ne nous reste pas beaucoup de temps : qui sait si nous arriverons au bout de ce quinquennat ? Mais je m'égare..

Trois objectifs, trois piliers indispensables, donc.

Le premier, c'est la réactualisation de la lutte des classes.

C'est indispensable : le camp progressiste doit repenser le combat politique non pas en termes de dialogue social (qui n'existe que pour mieux nous museler. Quand on dialogue, on collabore, on ne lutte pas), mais en termes de lutte avec des intérêts fondamentalement antagonistes. Il ne s'agit pas d'affirmer que nous sommes le camp des gentils, et eux le camp des salauds, non. l'affaire n'est pas morale, mais économique : ils ont des intérêts antagonistes aux nôtres..mais le problème, c'est que eux, ils le savent, et agissent en conséquence. Que ferions-nous si jamais nous adoptions ce point de vue, que nous prenions conscience que notre intérêt de classe est fondamentalement opposé au leur ?

Le deuxième pilier, c'est la guerre de position, le combat pour l'hégémonie culturelle : la Gauche doit retrouver sa colonne vertébrale, et arrêter d'adopter le langage de ses ennemis. Cela passe par une réactualisation de la lutte des classes au quotidien, nous l'avons dit, mais cette réactualisation ne pourra se faire que si chacun sait précisément de quoi il retourne. Il faut que les principaux intéressés conscientisent leur appartenance de classe, car c'est la seule manière pour eux, de comprendre suffisamment leurs propres intérêts, pour ne pas se faire emberlificoter dans les élements de langage, les chausses-trappes intellectuelles, les impostures typiquement macroniennes (le fameux "en même temps") , toutes choses destinées à museler la prise de conscience.

Etudier pour ce faire des auteurs comme Franck Lepage, s'impliquer dans des associations promouvant l'éducaiton populaire, les ateliers d'autodéfense intellectuelle, mais aussi lire et faire lire, et sans relâche combattre pied à pied les éléments de langage de la bourgeoisie, que ce soit dans les médias, dans l'entreprise, dans la produciton culturelle, cinématographique, littéraire, musicale...par la formation aussi. La tâche est illimitée, il faut la renouveler en permanence.

Car une classe qui prendra conscience de sa propre existence, et des ses propres intérêts antagonistes, s'engagera naturellement dans la suite : elle se mettra en mouvement.

Il s'agit du troisième pilier : la guerre de mouvement, c'est la lutte. Et là-dessus les conflits passés et en cours ont beaucoup à nous apprendre.

 

Penser global, agir local

Geoffroy de Lagasnerie, philosophe, sociologue Bourdieusien, essayiste, spécialiste des luttes locales, le dit bien dans son dernier ouvrage, "La conscience politique", ainsi que dans cet entretien passionnant que je vous recommande : les dominants d'aujourd'hui ne sont plus à convaincre. Leur cerveau est déjà formé, dans leurs écoles de commerce, leurs entre-soi, et manifester n'y changera rien. Et nous, notre camp, le camp progressiste, que fait-il pour former ses militants de demain ? Ce sont les luttes d'aujourd'hui qui forment les militants progressistes de demain. Et pour ce faire, les formes de lutte doivent évoluer, le temps de la manif à papa est révolu, d'ailleurs cela arrange bien le pouvoir, soyons honnêtes : depuis combien de temps les manifestations massives ont réussi à arracher quoi que ce soit ?

Et d'ailleurs l'exemple des gilets jaunes le confirme : c'est quand ils ont commencé à faire peur au pouvoir, par des tactiques qui sortaient des sentiers battus (actions, blocages, manifs sauvages, occupations spontanées, voire guerilla urbaine...) qu'ils ont déclenché en retour une répression féroce.

Cette répression est le signe que cela aurait pu marcher, car sinon, le pouvoir aurait fait comme d'habitude. Il les aurait ignorés, pour continuer comme si de rien n'était.

Qu'est ce qui a donc manqué aux gilets jaunes ? C'est justement ce que nous venons de développer : la conscience de sa propre appartenance de classe, à une classe, et à une seule, celle des exploités. Et aussi un peu d'organisation, chose qui vient, reconnaissons-le, par la culture militante, au travers de l'expérience des luttes. Car c'est bien la conscientisation de l'appartenance à une classe qui déclenchera l'envie de se battre, mais de manière organisée. Et donc de vaincre. Car sans organisation, sans stratégie mûrement réfléchie, la victoire n'est pas possible. C'est fondamental !

Pour prendre un autre exemple : combien existe-t-il en ce moment même de luttes locales, complètement invisibilisées par les médias mainstream, et qui pourtant gagnent sur le terrain, à leur échelle ?

Des combats menés par des militants déterminés, soudés, organisés, à l'échelle d'une entreprise, d'un coin de nature, d'une ZAD...

Des dizaines d'exemples existent, et il est éloquent que les médias oligarchiques n'en parlent jamais, ou extrêmement peu : qui a entendu parler de la lutte victorieuse des femmes de chambre de l'hôtel Ibis, de leur 8 mois de grève face à la multinationale de l'hotellerie, de leurs augementations de salaire de 300 euros par mois,en passant par de meilleures conditions de travail, sur les horaires, les heures supp, les paniers repas, les tenues... ?

Qui se souvient de la Scoop TI de gémenos face au mastodonte Unilever, et des 1336 jours de grève victorieuse de ses salariés pour éviter la fermeture ? Lutte qui a conduit les salariés à gagner en justice, et à non seulement éviter la fermeture, mais à racheter l'usine entière, à devenir les propres coopérateurs de leur outil de travail, participant démocratiquement à toutes les décisions dans l'entreprise, avec une échelle de salaires de maximum 1 à 3 ?

Qui sait combien de luttes dans le domaine écologique sont toujours vivaces, partout en France, et engrangent toujours autant de victoires ? Il y a plus de 300 collectifs actifs en France selon le site Reporterre, et très souvent ces collectifs ralentissent fortement, voire sortent victorieux, de ces mobilisations organisées pour contrer, partout où c'est nécessaire, nos ennemis de classe, que ce soit sur le terrain écologique ou économique.

Il s'agit d'actions très souvent directes, comme par exemple les actions contre les nouvelles implantations d'entrepôts Amazon, ou encore mieux l'action de Cédric Herrou qui recueille des centaines d'exilés dans les Alpes, et qui a réussi à faire inscrire le principe de Fraternité dans la Constitution, et le cassage du "délit de solidarité"...ici, la lutte locale d'action directe s'est doublée d'une lutte juridique également (4 ans de procès). Victorieuse.

Nous verrons donc les résultats de toutes ces luttes dans le changement qu'elles pourront opérer dans le cerveau des jeunes qui seront adultes demain, lorsqu'ils accèderont au pouvoir. Comme le dit si bien de Lagasnerie : les actions de long terme sont avant tout culturelles, et elles mettront plusieurs décennies à produire leurs effets sur la future classe dirigeante, mais entre temps elles produisent des effets directs : elles ralentissent, grippent la machine prédatrice et destructrice du vivant. Et elles permettent de renforcer notre camp par ricochet.

Il s'agit ici de les généraliser : ce quinquennat en est l'occasion rêvée.

Soyons formés, formateurs, culturels, tactiques, stratégiques. Lutte, action directe, résistance organisée, guerre de position, puis de mouvement, partout. Pas une minute de répit pour nos ennemis.

 

Plus je constate l'état du monde, plus j'ai envie de le changer

La tâche est donc immense, mais elle est aussi enthousiasmante.

Et puis, au fond, nous n'avons plus vraiment le choix : ce sera ou le progrès, ou la barbarie.

Car nous les voyons, tous, en ce moment-même en train de s'activer, de livrer des armes à l'Ukraine, de mettre de plus en plus de l'huile sur le feu. Ces salopards s'en réjouissent même ! 

La volonté de la classe dominante de généraliser la guerre est réelle, car elle a conscience, elle, de l'absolue nécessité de diviser notre camp pour mieux régner ! Et quoi de mieux qu'une guerre générale, quand la colère gronde, et que la crise sociale, financière, énergétique, politique, climatique, et in fine globale, la menace ?

Allons-nous faire comme en 1914, les laisser nous envoyer à la mort par millions ? Allons-nous l'accepter pour nous, pour notre avenir, et celui des nôtres ?

Notre responsabilité est immense : c'est bien l'avenir de l'humanité qui est en jeu, et une victoire du camp progressiste dans une des principales puissances capitalistes de la planète aurait un retentissement majeur.

Car au fond, qu'est ce que la France ?

Une "démocratie", comme ils le répètent tous à l'envi ?

La démocratie, ça n'est pas juste la liberté d'expression, et le droit de choisir un bourgeois tous les cinq ans, en mettant un bulletin de vote dans l'urne quand on nous l'ordonne, et en la fermant le reste du temps.

C'est tout sauf ça.

Il faut dire stop !

 La démocratie, c'est avant tout ce que nous en faisons au quotidien, entre le 2eme tour de l'élection, et le 1er tour de la suivante. Elle doit se construire en tous temps et tous lieux, et ne pas se faire confisquer par ceux qui s'en réclament, et qui ne représentent plus qu'eux-mêmes. Dans les associations, dans les syndicats, sur les ronds-points, dans l'entreprise, dans la rue, partout, tout le temps. La classe des exploités doit aujourd'hui chosir la pilule rouge, se réveiller, sortir de la matrice, apprendre à se battre, et y aller pour de bon, en s'organisant au maximum pour éviter les coups. C'est possible, en restant tactique, organisé, stratégique.

Car la démocratie, c'est avant tout une construction par et pour celles et ceux qui l'ont revendiquée, et qui en ce moment même, se rendent compte de la supercherie. Une supercherie où soi disant n'importe qui peut se présenter à l'élection, alors qu'il faut 500 signatures de notables, et un réseau de relations long comme le bottin mondain pour pouvoir envisager de mener campagne...sans parler des millions d'euros nécessaires pour l'emporter, sans aucune garantie de succès (n'est-ce pas Valérie ?).

Et on voudrait nous faire croire que ces fausses solutions, appliquées depuis des lustres par bonnet blanc et blanc bonnet, et qui détruisent notre camp depuis des décennies, devraient exceptionnellement marcher une fois de plus ?

Arrêtons la plaisanterie un instant : la société va s'effondrer si nous les laissons faire. Sous le poids de la crise économique, de l'inflation, et cerise sur le gateau avec la prolongation de l'ami des ultrariches a l'Elysée (donc de notre ennemi de classe), qu'est-ce qui pourrait mal se passer ?

Pour ne pas faire partie des victimes de cet effondrement, la seule solution, c'est l'action.

Il est désormais temps que la peur change de camp.

 

Alors choisis-le, camarade : il n'est jamais trop tard.


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32 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 avril 08:33

    Après le constat cynique mais lucide de l’état de décrépitude des organisations politiques que vous présentez en début d’article, comment pouvez-vous espérer une « prise de conscience » et une action structurée ?

    Autre chose ? Vous écrivez : « et on ne voit pas par quel miracle les vieux (déjà à la retraite), les boomers (qui ont bien profité leur vie durant, sans en avoir rien à foutre de leur impact de privilégiés sur la planète) et tous les autres bourgeois, possédants, startuppers et fans de MC Kinsey
    - et dieu sait qu’il y en a des tonnes… ».  Considérer tous les vieux comme des privilégiés et mettre une génération sur un plateau, des classes sociales sur un autre et des idéologies sur un troisième ne permet pas plus de se livrer à une analyse pertinente que d’additionner des carottes, des lapins et des chasseurs.


    • Fergus Fergus 27 avril 09:31

      Bonjour, Séraphin Lampion

      Excellente réponse : les « vieux » sont beaucoup plus divers que le prétendent l’auteur et quelques autres intervenants de ce site !


    • amiaplacidus amiaplacidus 27 avril 17:12

      @Séraphin Lampion

      Je suis un vieux, un vieux privilégié même.
      Enfin, privilégié par rapport à un smicard parce que par rapport à un patron du CAC40, je fais vraiment triste figure.

      Cela ne m’empêche pas de penser, dès que j’ai eu l’âge de raison, à gauche, voir à ce que la bien-pensance qualifie d’extrême-gauche.

      Cela ne m’empêche pas de voter à gauche, sauf lorsqu’il n’y a de choix qu’à droite, dans ce cas, je m’abstiens.


    • Géronimo howakhan Géronimo howakhan 27 avril 08:55

      Salut, la guerre de classe ? très bien !! si elle devient ouverte et très violente, si si....la phase d’écroulement total de l’’ancien monde donc de cet humain dégénéré à cause de ses choix mauvais, appelé nouvel ordre mondial, est inévitable et est en cours, exactement comme naître = mourir !! que la masse refuse aussi bien sur..plus con tu meurs ! .., la compétition entre tous en fait est la base de nos rapports entre nous depuis des millénaires, la compétition élimine..pourtant on veut cela car chaque humains veut plus, LE VEAU D’OR..qui est un effet d’autre chose en chacun.....avoir plus sur soi même seul c’est impossible car je ne survis même pas, ce sera donc par le vol, le meurtre les guerres, les destructions , le pillage etc DES AUTRES..ce monde est le notre, il n’est que la somme de ce que nous sommes devenus et voulons..

      bien sur sauf moi , multiplié par 7 milliards..


      • Géronimo howakhan Géronimo howakhan 27 avril 09:39

        @Géronimo howakhan

        mais voila :
        Jacques Bénigne Bossuet :
        "Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit."
        Plutôt crever que de perdre la seule motivation restante de nos non vies :
        plus pour moi..tout si je peux !
        Dès lors,
        le sort en est jeté..

        surtout que : Discours de la servitude volontaire de Étienne de La Boétie

        Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous  ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ?



      • ZenZoe ZenZoe 27 avril 09:06

        La grande force des élites, c’est de savoir se serrer les coudes quand ils sont menacés et de faire front commun pour défendre un système qui leur convient , alors qu’ils prônent l’individualisme pour ceux d’en bas.

        Les élites ont réussi le tour de force (bien aidées par l’aveuglement de certains il faut le dire) de casser le sens collectif en leur faisant croire que eux aussi pouvaient profiter du système s’ils abandonnaient la lutte des classes. Les gens sont tombés dans le panneau et le piège mortel du chacun pour soi, sans concession, sans lutte commune. Et ce n’est pas près de changer.


        • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 avril 09:32

          @ZenZoe

          On n’a pas à « abandonner » la lutte des classes, c’est une réalité depuis que la société humaine existe, ou du moins depuis le néolithique, avec l’apparition de la propriété privée liée à l’agriculture et à l’élevage.
          Ce qui a été abandonné par les dirigeants du mouvement ouvrier sous l’instigation des réformistes et pour caser des ministres, c’est la notion (plutôt que concept ou dogme) de « dictature du prolétariat » qui a été prise au pied de la lettre alors qu’il s’agit d’une mauvaise traduction.
          Mais ce qui se passe, c’est que, même si la lutte de classes continue à exister (et la citation de Warren le confirme), la conscience de classe, elle, a bien été anesthésiée par un conditionnement consumériste et une exacerbation de la propagande (ou manipulation) des médias de masse, mais aussi par une dérive de dirigeants dont l’ambition personnelle dépassait l’intérêt de ceux qu’ils étaient censés défendre et représenter. On appelle ça « trahison »..


        • Fergus Fergus 27 avril 09:39

          Bonjour, ZenZoe

          Le problème est qu’en quelques décennies, la grande majorité de nos compatriotes a effectivement profité d’une amélioration très spectaculaire de ses conditions de vie. Seule une minorité est restée an arrière. Cela n’aide pas à la prise de conscience de la nécessité de la lutte collective !
          Et ce n’est pas la propension des jeunes paradoxalement de plus en plus isolés depuis l’émergence des réseaux sociaux  à passer le plus clair de leur temps sur d’impersonnels écrans qui pourra faire infléchir cette tendance de plus en plus marquée vers l’individualisme.


        • ZenZoe ZenZoe 27 avril 10:37

          On a fait miroiter aux classes sociales les plus modestes qu’elles aussi pouvaient accéder aux classes supérieures grâce au travail personnel, que ce devait être leur objectif. Abandonner leur classe de losers et abandonner leur lutte pour une meilleure répartition des richesses, voilà ce qui devait être leur nouveau credo.

          On a appelé ce phénomène l’ascenseur social. Il a en effet relativement bien marché pendant les trente glorieuses, on avait besoin de beaucoup de main-d’oeuvre de haut niveau, et les classes ouvrières ont pu voir leurs mômes grimper quelques échelons. Sauf que c’était juste un mirage, une parenthèse enchantée qui défiait provisoirement un ordre social millénaire, ceux d’en haut et ceux d’en bas, et pas de va-et-vient trop marqués ou trop fréquents. Une illusion n’est que ça, elle fait croire, elle aveugle, elle anésthésie, alors que la réalité du monde continue à tourner elle !

          Avec le tassement de la croissance en occident, la mondialisation, et d’autres causes, l’ascenseur s’est plus ou moins bloqué, en Europe du moins. Pour un bon bout de temps je pense. Aujourd’hui le contexte a changé. C’est trop tard.

          La main-d’oeuvre est devenue surnuméraire, individualiste, et ça change tout.

          Même en luttant collectivement, même en se ressaisissant, les classes sociales prolétaires ont perdu la partie, et leurs conditions ne vont pas aller en s’améliorant, au contraire.


        • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 avril 11:37

          @ZenZoe

          … et l’école a joué un rôle décisif dans cette idéologie de l’ »ascenseur social », via l’illusion pédagogique qui consiste à croire que l’éducation (ou plutôt l’enseignement) peut gommer les inégalités.

          Ce qui est pardoxale c’est la position du camp d’en face qui pratique la double pensée, illustré pat les conceptions de Ford. Il considérait d’un côté que ses ouvriers devaient avoir de bons salaires pour pouvoir acheter ses voitures, et d’un autre côté il a développé la notion de productivité en adoptant les idées de Frederick Winslow Taylor qui ont pour principal objectif de diminuer les charges salariales. Autrement dit, la recherche d’une optimisation des taux de profit et le progrès social sont antinomiques, voire incompatibles.


        • L'apostilleur L’apostilleur 27 avril 09:28

          @ l’auteur 

          De la nostalgie et des critiques en quelques lignes acerbes pour des perspectives violentes. Beaucoup de tristesse finalement. 

          Comment s’appelle votre « camp » ? C’est qui cette « gauche progressiste » comme LREM ??


          • ZenZoe ZenZoe 27 avril 10:38

            @L’apostilleur
            Oui j’ai remarqué ça aussi, une certaine aigreur.
            Dur dur de vendre du rêve et des jours meilleurs dans ces conditions !


          • sylvain sylvain 27 avril 11:19

            un bon constat globalement .

            J’ai trouvé étonnant que ne soit pas évoqué l’internationale du capital dans les constats sur l’impuissance de la gauche .

            Il me semble évident que la plupart des gens ont constatés l’impuissance

            des mouvements populaires nationaux, de la grèce au venezuela c’est assez évident . Et que c’est ce qui fait que peut de gens se tournent vers ces mouvements.


            • Com une outre 27 avril 11:35

              A vous lire, la gauche « progressiste » (?) ne peut être la France Insoumise. Ce parti n’est-il pas prêt à toute les compromissions pour exister ? Les élections présidentielles en sont une réponse claire : oui. Alors si le progrès c’est la politique du grand écart avec léchage de b.... au pouvoir en place, non merci.

              De plus le programme n’est pas clair sur l’Europe (Quelle lutte des classes en étant inféodés à l’UE ?), suit la mode du moment sur l’écologie avec toutes ses inepties, quant à l’immigration, c’est une catastrophe, bobo attitude à donf dans un monde de bisounours. La fraternité que vous citez et qui est dans notre devise nationale, s’adresse aux français entre eux et non au monde entier.

              Non merci, pas de gauche « progressiste »(donc forcément libérale), plutôt une gauche « révolutionnaire » et anti pensée unique, pas comme la FI quoi.


              • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 27 avril 11:46

                Chaque fois que l’on cite Warren Buffett, je mets un couac sur ceux qui suivent ce raisonnement de riches :

                 https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-46-le-second-debat-241066#forum6331898


                • sylvain sylvain 27 avril 12:19

                  la volonté de la classe dominante de généraliser la guerre est réelle, car elle a conscience, elle, de l’absolue nécessité de diviser notre camp pour mieux régner

                  Reste a savoir a quel point la classe dominante est globale . Si on considère les réactions sécuritaires au covid, toutes ces mesures et ces discours qui vont tous dans le même sens, jusqu’au pass sanitaire mondiale en gestation a l’OMS et qu’on tire la conclusion que tout ça semble concerté, alors elle est mondiale ...

                  Et la troisième guerre mondiale en gestation est un acte d’une grande comédie visant a enchainer les peuples. Il semble d’ailleurs évident qu’enfermer les peuples dans leurs frontières, dans leurs identités, alors que la mondialisation de la société est déja une réalité est un parfait moyen de les controler ad vitam.



                  • zygzornifle zygzornifle 27 avril 15:48

                    Macron avait commandé il y a peu pour 300 millions d’€ de matériel répressif dernier cri pour sa flicaille, attendez vous a un équarrissage des manifestants en toute impunité .....


                    • Albert123 27 avril 16:45

                      « A qui la faute ? »


                      à l’electorat constitué majoritairement d’automates sans âme, 


                      les Dom Tom, ont montré que l’électeur lucide qui sait ce qu’il veut et qui ne se cache pas derrière une idéologie peut voter stratégiquement et chercher à affaiblir l’adversaire plutot qu’à le renforcer


                      • Attila Attila 29 avril 11:30

                        @Albert123

                        « A qui la faute ? »

                        à l’electorat constitué majoritairement d’automates sans âme, »

                        Et surtout au fait que personne n’est plus capable comprendre et d’agir pour construire collectivement un mouvement politique pour défendre l’intérêt de la majorité des français.

                        Il n’y a plus que des officines au service d’un égo.

                        .


                      • Octave Lebel Octave Lebel 27 avril 17:27

                        On a évité le fascisme, le désordre, la bêtise laborieuse et paresseuse ou la possibilité d’une explication démocratique ?

                        On s’est juste fait enfumés une nouvelle fois à 0.87 % près par le stratagème habituel tendu par la droite et l’extrême-droite.

                        - La droite, c’est l’ensemble des forces politiques qui gravitent autour du centre de gravité représenté par Emmanuel Macron, délégué du moment des forces économiques et financières qui dominent notre aire économique et qui subordonnent pour l’essentiel le pouvoir politique. L’extrême-droite bien sûr a une place de choix dans la famille. Elle est juste le trublion qui rassemble du populo pour à la fin sauver des notables grâce à un scrutin aux petits oignons.

                        - 0.87% des inscrits (1.2% des exprimés) , c’est la différence avec JLM qui met MLP au second tour. 


                        • L'apostilleur L’apostilleur 27 avril 19:44

                          @Octave Lebel
                          « ...L’extrême-droite .... qui rassemble du populo pour à la fin sauver des notables grâce à un scrutin aux petits oignons... »
                          On voit que vous ne savez plus comment évacuer l’amertume du mauvais perdant, alors vous meéprisez les ouvriers lucides qui ont préféré MLP à l’extrême gauche populiste. 

                          Pas très joli.


                        • Aristide Aristide 29 avril 07:32

                          @Octave Lebel

                          - 0.87% des inscrits (1.2% des exprimés) , c’est la différence avec JLM qui met MLP au second tour. 

                          Ah, ce hasard qui fait qu’à chaque élection, pas de chance ? Ou peut -être une simple difficulté à unir suffisamment de forces différentes autour d’un projet commun. C’est bien la pureté, pas une oreille qui dépasse de l’Avenir en Commun. Surtout pas de compromis avec un écolo en détresse, ou un socialo en perdition, encore moins un coco en mission, ... allons, l’union populaire autour du seul programme AEC. Et pis, c’est tout !!!


                        • Arnould Accya Arnould Accya 28 avril 21:32

                          Excellent papier, comme d’hab.

                          Pourquoi reprocher les « critiques acerbes » ou « aigreur » de l’auteur ?

                          N’est-ce pas complètement justifié quand on voit la facilité avec laquelle un Macron a pu se réélire ?

                          Le candidat du capital a vaincu sans trembler un seul instant, absolument certain de l’emporter. Sa morgue lors du seul débat auquel sa Majesté a daigné participer en est la meilleure preuve.

                          Il ne reste que 3 camps, en effet :

                          la Macronie qui est celui des possédants et des petits bourgeois égoïstes accrochés à leurs intérêts mesquins. Ils sont 20%, pas plus.

                          les extrémistes de droite - les durs, les irrécupérables -,qui sont convaincus que les Arabes, les Blacks, les Jaunes ... que sais-je ... sont le problème à tous les maux dont ils souffrent. Il n’y en a pas tant que ça, des irrécupérables, en fait. Un vrai travail de sensibilisation, d’éducation est possible pour les autres.

                          tout le reste, soit l’immense majorité (65/70% ?) qui doit absolument apprendre à converger autour du volet social, des idées partagées, de leur vision commune (3/4 de leurs programmes, peut-être) et cesser leurs guéguerres et divisions incessantes, s’ils souhaitent un jour prendre le pouvoir.


                          • zygzornifle zygzornifle 29 avril 08:46

                            @Arnould Accya

                            Un des boulots de Macron c’est de faire que les citoyens n’aient pas de prise de conscience et il est bien aidé par les partis politiques et les syndicats voire les religieux .....


                          • zygzornifle zygzornifle 29 avril 08:43

                            Macron servira d’arbitre et mettra les rescapés au boulot avec la retraite a 67 voire 70 ans ......


                            • eddofr eddofr 29 avril 10:34

                              Quand une maison est trop abimée, il y a deux solutions, la raser pour en reconstruire une autre (révolution) ou la rénover (réforme).

                              Mais il ne faut jamais oublier que, même pour rénover, il faut utiliser la masse, le nettoyeur haute pression, le grattoir et quelques détergents puissants, limite toxiques.

                              Le système est trop bien installé, dans les institutions comme dans les mentalités pour qu’un changement « en douceur » soit envisageable.

                              Le système ne changera que sous les coups de butoir de la violence populaire.

                              Et cette violence populaire ne s’éveillera que quand ils auront réussi à pousser une majorité écrasante de la population au désespoir.

                              Tant qu’ils auront « les babyboomers retraités qui s’en sortent pas trop mal ».

                              Tant qu’ils auront les « petits patrons qui croient que les grands patrons sont comme eux avec juste une différence d’échelle ».

                              Tant qu’ils auront les « fonctionnaires diplômés qui ont la sécurité de l’emploi, l’aisance relative et le sentiment diffus de mériter leur privilège parce qu’ils sont »moins cons« que la populace ».

                              ...

                              Il n’y aura ni réforme (je ne parle pas ici de « repeindre sur la crasse ») ni révolution.


                              • tashrin 29 avril 12:34

                                C’est beau comme du Melenchon

                                On a déjà perdu


                                • jefresi 29 avril 16:37

                                  @ l’auteur

                                  S’il fallait un nième constat de la lutte des classes en cours, celui-ci n’apporte rien de nouveau, sauf en ressentiments.

                                  La lutte des classes a franchi rapidement de nouveaux degrés d’intensité depuis la mi-février. La guerre en Ukraine n’est même pas mentionnée alors qu’elle constitue le dernier palier avant le nouveau degré qui s’annonce de la participation de certains pays de l’Otan à cette guerre dans le but d’en élargir la surface.

                                  La russophobie escamote la fascisation colportée par les gouvernements et leurs médias alors que le fascisme est la solution qu’envisage les gouvernements pour contenir la lutte des classes, quitte à en écraser autant qu’ils le pourront avec n’importe quelles armes explosives, chimiques, médicinales, culturelles.

                                  La barbarie est déjà là, à l’oeuvre, qui touche quelque milliards d’hommes.

                                  La lutte des classes c’est çà !


                                  • PascalDemoriane 29 avril 17:08

                                    @l’auteur comme à l’octave Lebel et autres littérateurs gauchistes pédants

                                    Pardon de le dire, mais vos derniers articles ressemblent surtout à une manière de noyer le poisson : le fait est là, vous avez passivement collaboré à la réélection de Macron via le mirage mélenchonien et ses petits calculs minables et vos tactiques imbéciles de diabolisation éculées, et tentez maintenant un enfumage pour le cacher par une surenchère faussement combative.
                                    Ah la re-conscientisation sur la lutte classe ! Vous retardez d’un demi-siècle ! Parlez pour vous ! Faite votre examen de conscience d’abord, avant celle des autres !

                                    Alors comme çà, loosers chroniques, faux frexiteurs pudiques et wokistes prospères, vous prétendez avoir des leçons de marxisme opérationnel à donner aux prolos, aux gilets jaunes, aux militants anti-pass, etc..
                                    Vous nous prenez pour des cons !
                                    Allez, mettez nous Mélenchon 1er ministre de Macron, comme promis, on va rire ! Allez, bon courage !

                                    @Octave Lebel

                                    votre définition hypocrite de la droite vous décrit très bien : comme Macron passé et promu par la gauche, vous êtes bien comme lui un « progressiste ». Eh oui ! Comme Lui !. Voyez comme vos prétentions de précision lexicale élastiques sont bidons !

                                    Alors oui, s’agissant d’une conscience de classe, faudrait entreprendre un grand nettoyage et rebâtir sur les fondamentaux par delà les catégories bourgeoises de gauche et droite, vos fétiches politico-culinaire. On sait faire. Mais pas avec vous ! on a déjà donné ! Trop donné et tout perdu !


                                    • chantecler chantecler 29 avril 17:35

                                      @PascalDemoriane
                                      Il semblerait que sans « les gauchistes pédants » et d’autres électeurs peu enthousiastes vis à vis du RN , votre égérie n’a aucune chance d’être élue ...
                                      Donc vous pourriez peut être envisager de parler d’une façon un peu plus respectueuse , moins grossière et un davantage rassembleuse . ...
                                      Avant et après les élections ....
                                      Si vous voulez un jour entrevoir un pacte possible ...
                                      Ce dont je doute ...
                                      En attendant entre la peste et le choléra apparemment c’est le second qui est systématiquement élu , ce qui est loin de faire plaisir à l’ensemble de l’électorat .
                                      Mais apparemment le choix n’est pas évident ...
                                      Car tant qu’à faire si votre porte parole était légèrement un peu plus crédible dans son programme et ses propos ça faciliterait un peu les choses .
                                      Parce que quand même sa médiocrité dépasse tout .
                                      Peut être ne le percevez vous pas , mais pourtant c’est une évidence .
                                      Vous allez avoir encore 5 ou 10 ans pour y réfléchir .
                                      Perso , malgré mon immense réticence , j’ai choisi la peste mais apparemment ça n’a pas suffi .
                                      C’est qu’il en faut des millions d’électeurs à gagner pour une cause délicate .
                                      A bon entendeur .


                                    • PascalDemoriane 29 avril 21:09

                                      @chantecler
                                      Qu’est ce que cette histoire d’égérie ? n’importe quoi ! j’ai pas d’égérie ! ni de porte parole ! Vous délirez ! on avait l’occasion d’annihiler, de désarmer la peste par le cholera, on l’a expliqué en long et en large. Grace à la gauche castor nous avons toujours Et la peste Et le cholera.
                                      çà c’est les faits. Vos commentaires narquois, qui montre que vous n’avez rien compris, aucun intérêt !
                                      Un pacte possible ? avec qui ? La prétendue gauche ? la gauche éternelle castor ? autrement dit « castrée » pro macronienne , ah non, surement pas !
                                      Rupture définitive !


                                    • chantecler chantecler 30 avril 17:42

                                      @PascalDemoriane
                                      Z’avez pas tout perdu ,
                                      A droite vous avez E. macron , le néolibéral élu qui s’entend parfaitement avec les mondialistes et le système US : il devrait vous satisfaire .

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