Á côté
Je me suis assis quelques minutes, assez pour que les autres continuent.
Le banc était froid sous mes paumes, comme si la pierre avait gardé la nuit.
Autour, des pas pressés. Des talons qui claquent. Des sacs qui frôlent les épaules.
Personne ne ralentit. Je ne crois pas qu’on me voie.
J’ai gardé ma veste boutonnée — un réflexe, peut-être, ou l’idée que je pourrais repartir d’un instant à l’autre. Mais je reste. Je regarde une femme ajuster son écharpe en marchant, un homme rattraper un téléphone qui glisse de sa main. Rien ne s’arrête. Même la pomme roule dans le caniveau, plus loin.
Un couple s’arrête à deux mètres de moi. Ils parlent fort. L’homme agite les bras, la femme secoue la tête. Puis ils repartent, sans se toucher.
Un sac plastique s’envole d’un banc, atterrit contre une poubelle déjà pleine. Personne ne le ramasse. Moi non plus.
Un enfant est tiré par la main. Il traîne un jouet au bout d’une ficelle. La ficelle casse. Le jouet reste là. L’enfant n’a pas le temps de se retourner.
J’aurais pu me lever. Ou parler. Ou partir.
Mais je reste. Attendre est devenu mon seul geste possible.
Je ne sors pas mon téléphone. Je ne regarde pas l’heure. Je ne fais rien, et c’est presque un soulagement. Le temps passe sans me demander quoi que ce soit. Je suis là.
Un bus s’arrête, puis repart. Les portes se ferment sur une femme qui court, mais trop tard. Elle reste un instant sur le trottoir, les mains sur les hanches, puis hausse les épaules et s’éloigne.
Je glisse la main dans ma poche. Le ticket de caisse est froissé. Je l’écrase entre mes doigts. Juste un geste. Le papier craque, puis se tait. Personne ne l’a entendu.
Une vieille dame s’approche du banc. Elle hésite, me regarde, puis s’assoit à l’autre extrémité. Elle ne dit rien. Moi non plus. On reste là, côte à côte.
Je me lève enfin. Mes jambes sont un peu raides. Je fais quelques pas, puis m’arrête.
La rue est toujours là. Rien n’a changé.
Je sais maintenant que je peux m’asseoir.
Que je peux rester.
Je mets les mains dans mes poches et je continue.
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