Arabisation du Maghreb : Heurts et Malheurs
« Le grand nomade a les instincts exactement inverses [de ceux du sédentaire]. Politiquement, c'est un anarchiste, un nihiliste, il a une préférence profonde pour le désordre qui lui ouvre des perspectives. C'est le destructeur, le négateur »
Dans (Histoire et historiens de l'Algérie, p. 31). Par Émile-Félix Gautier ( 1864 - 1940), géographe et ethnographe français, spécialiste de l'Afrique du Nord.
1. Les Maghrébins avant la conquête arabe
« Citons les vertus qui font honneur à l'homme et qui étaient devenues pour les Berbères une seconde nature ; leur empressement à s'acquérir des qualités louables, la noblesse d'âme qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils méritèrent les louanges de l'univers, bravoure et promptitude à défendre leurs hôtes et clients, fidélité aux promesses, aux engagements et aux traités, patience dans l'adversité, fermeté dans les grandes afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts d'autrui, éloignement pour la vengeance, bonté pour les malheureux, respect pour les vieillards et les hommes dévots, empressement à soulager les infortunés ; industrie, hospitalité, charité, magnanimité, haine de l'oppression, valeur déployée contre les empires qui les menaçaient, victoires remportées sur les princes de la terre, dévouement à la cause de Dieu et de sa religion ; voilà, pour les Berbères, une foule de titres à une haute illustration. » .
Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique Septentrionale (1378), Ibn Khaldoun (trad. M. De Slane), éd. Imprimerie du Gouvernement, 1852, t. 1, p. 200
2- La conquête arabe
Le premier événement historique qui bouleversa la structure sociologique du monde maghrébin fut la conquête arabe. Celle-ci se présente d’abord comme une suite d’opérations exclusivement militaires, dans lesquelles le goût du lucre (razzias) se mêlait à l’esprit missionnaire. En bref, les conquérants arabes, peu nombreux, ne trouvèrent pas en face d’eux un État prêt à résister à une invasion, mais des opposants successifs : le patrice byzantin, puis des chefs berbères, principautés après royaumes, tribus après confédérations. Quant à la population citadine, de culture punico berbère, elle resta enfermée dans les murs de ses villes. Bien que fort nombreuse, elle n’a ni la possibilité ni la volonté de résister longtemps à ces nouveaux maîtres. La capitation imposée par les Arabes (un impôt nommé en arabe « kharaj »), n’était guère plus lourde que les exigences du fisc byzantin. L’Ifriqya fut donc facilement conquise.Pour pouvoir profiter des gains et des prébendes, en ces temps tumultueux et incertains, il valait mieux se déclarer arabe et musulman, être du côté des vainqueurs et des maîtres. On voit le même phénomène en Tunisie de nos jours : ceux qui veulent profiter des postes de direction et des prébendes qui vont avec, ceux qui veulent caser les membres de leurs familles, se découvrent, soudain, islamistes.
Cette mentalité s’est incrustée dans la mémoire collective de beaucoup de Maghrébins depuis cette époque : se déclarer arabo-musulman signifiait être du côté des maîtres, des chefs, des prédateurs. Ils ont oublié qu'ils ne sont que (musta’aribine), c'est à dire des "arabisés", des non Arabes qui se prennent pour des Arabes. Les Arabes du Moyen Orient le savent et le répètent les Maghrébins ne pas Arabes, ils sont des Maghrébins,. Parmi les pays actuels, dans le monde entier, les seuls pays qui qui refusent d'utiliser les chiffres arabes sont les pays arabes et l'Iran. Pourquoi ? Parce que ces chiffres arabes ont été conçus au Maghreb, à Kairouan, Bougie et Fez. Ils préfèrent donc utiliser les chiffres indiens ou persans, pour bien montrer aux Maghrébins qu'ils ne sont pas arabes. D'où une schizophrénie collective. Personnellement, par ces temps qui courent, je ne trouve aucun honneur à se proclamer Arabe : regardez dans quel état lamentable se trouve le monde dit arabe : guerres de religion, attentats, népotisme, dictature, sous développement, archaïsme, j'en passe et des pires.
Dans l’article intitulé « la langue tunisienne d’hier à aujourd’hui », nous avons vu que le maghribi (ou darija) a un substrat punique qui perdure de nos jours. Nous avons aussi vu, dans l’article intitulé « parenté punico arabe » que la langue arabe littérale d’aujourd’hui et la langue punique d’il y a 3000 ans avaient une étroite parenté. Il est donc tout à fait naturel que la population maghrébine des zones côtières et des villes, qui parlait punique depuis le premier millénaire avant J.C., n’ait trouvé aucune difficulté à parler arabe, langue voisine et héritière de la langue punico-phénicienne.3. Les invasions barbares
Partis de leur capitale Mahdia (Tunisie actuelle) , et aidés par les berbères Sanhaja, les Fatimides (royaume arabo-berbère chiite fatimide d'Ifriqiya) conquièrent l’Égypte et établissent leur capitale au Caire (973), ville nouvellement créée par eux. Ils laissent le gouvernement du Maghreb à leur lieutenant, Bologgin Ibn Ziri. De cette décision, qui paraissait sage et qui laissait la direction du pays à une dynastie berbère, devait naître la pire catastrophe que connut le Maghreb dans sa très longue histoire.
Mais bien qu’ils aient pillé Kairouan, Mahdia, Tunis et les principales villes d’Ifriqiya, bien qu’Ibn Khaldoun les ait dépeints comme une armée de sauterelles détruisant tout sur son passage, ces hordes sauvages (Béni Hilal, Béni Soleïm et plus tard les Béni Ma’qil) furent bien plus dangereuses par les ferments d’anarchie qu’ils introduisirent au Maghreb et qui continuent de nos jours, sous la forme de hordes islamistes tout aussi sauvages qu’incultes : wahhabites, jihadistes, salafistes, fissistes, nahdhaouis, aqmistes, et autres. Par la double pression des migrations pastorales et des actions guerrières accompagnées de pillages, d’incendies ou de simples chapardages, la marée nomade qui, désormais, s’identifie, dans la plus grande partie du Maghreb, avec l’arabo-islamisme bédouin, s’étend sans cesse, gangrène les États, efface la vie sédentaire des plaines. Le Maghreb ne s’en remettra jamais.
Voir aussi : La darija, langue du Maghreb
et : génétiquement, les Maghrébins ne sont pas des Arabes
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ça défoule de moinsser mais l’histoire ne changera pas pour autant...

