Bal tragique à L’Elysée
Un pas en avant, deux pas de côté et un pas en arrière. Mi tango, mi danse des canards, valse-hésitation, en attendant la valse du Premier Ministre suite à un blocage de la zone politique de son cortex cérébral. L’exécutif danse sur la corde raide.
Les technos se prennent une danse
Qu’ils soient à Matignon, à l’Elysée ou à Bercy, les technos doivent faire profil bas en ce moment, car s’il y a bien une constante en politique, c’est d’agonir de bêtises ces élites qui manœuvrent en sous mains parce que les mesures proposées par leur Ministres ou Président ne s’inscrivent pas dans l’orthodoxie budgétaire dont ils sont les gardiens du temple.
En attendant d’aller pantoufler dans le privé, ils font leur boulot mais en général lorsqu’il y a un bug comme celui de l’annulation de mesures annulées précédemment, on leur reproche de ne pas avoir de sens politique et de s’opposer bêtement ou de freiner des quatre fers la mise en œuvre de mesures décidées par l’exécutif. Pareil pour la pseudo augmentation du SMIC. « Ça ne va pas être possible ! ».
Facile ! On peut leur faire des reproches, mais pas celui de vouloir prendre la place du politique qui, lui, devrait avoir en tête au minimum les effets sur le terrain de la politique qu’il met en place et c’est même pour cela qu’il est élu. Mais sur ce point on a l’impression que la zone de l’intelligence politique a disparu du cerveau de ceux qui nous gouvernent.
Oui mais voilà, l’exécutif, souvent issu lui-même des grands corps de l’Etat a une fâcheuse tendance à s’entourer de clones énarques passés par le Conseil d’Etat ou l’Inspection des Finances, ce qui rend difficile l’acquisition d’une culture politique en phase avec le terrain. Le naturel techno des beaux arrondissements parisiens revient au galop.
Voilà pourquoi, depuis un mois, l’exécutif qui n’a rien venu venir est tétanisé comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, accumule les bourdes et danse sur un volcan.
La danse du ventre de Macron
Côté Elysée, où on a longtemps joué danse avec les stars avec les grands de ce monde en début de quinquennat, on s’entraîne désormais à la danse du ventre après avoir fait tapisserie pendant plusieurs semaines en attendant que le mouvement des gilets jaunes s’arrête de lui-même. Raté !
La chorégraphie n’est pas mieux réglée qu’à Matignon et le jury populaire qui avait déjà fait vertement exprimé ses rancœurs lors de l’itinérance mémorielle de Macron dans le Nord-est a obligé le Président à passer des entrechats au grand écart.
« Qu’ils viennent me chercher », avait-il clamé lors de la désastreuse affaire Benalla : ils sont là et attendent des mesures, des vraies.
Face à cette grogne montante, on aurait pu penser du Président qu’il exige des premiers de cordées des preuves tangibles de l’amour qu’ils portent au pays en les soumettant à nouveau à l’ISF. Que nenni, au lieu de la position jupitérienne cassante qui ne semble concerner que le petit peuple qui ne comprend rien aux subtilités de l’économie, nous avons eu droit à une réception sous les ors de la République des banquiers priés de limiter les frais bancaires des plus pauvres pour un temps et des grands patrons à qui on demande gentiment de montrer l’exemple en versant une prime de fin d’année défiscalisée afin de calmer la colère des manants et des gueux.
Voilà où nous en sommes rendus, un pouvoir exécutif, bien mal nommé, qui se prosterne devant ses danseuses : les banques, le Medef et le CAC 40, implorant quelques concessions pour l’aider à se maintenir et à continuer les réformes pour les aider à s’enrichir encore davantage en faisant valser l’argent derrière le dos de ceux qui ne sont rien.
Il faudrait sans doute rappeler au Président que, s’il a bénéficié de soutiens sonnants et trébuchants pour sa campagne électorale, c’est bien par le corps électoral dans sa grande diversité qu’il a été élu, ce qui lui donne des devoirs. Dès lors, il ne peut pas se contenter de cajoler certains et de jeter quelques miettes aux autres.
Cet épisode aura eu comme mérite de mettre en relief, une fois de plus, la dérive du pouvoir et le rôle joué par les hommes de l’ombre et les visiteurs du soir, représentants des lobbies financiers et industriels fervents partisans de la « mondialisation heureuse ».
Pour la majorité parlementaire, c’est la marche
Il ne faut pas confondre la marche, cette danse populaire avec « en marche » signe de ralliement des députés de la majorité. En marche signifie surtout un tropisme des députés pour ce mode de déplacement à l’intérieur des métropoles jusqu’au Palais Bourbon, à marcher au pas et à applaudir en cadence toute initiative gouvernementale.
Pour le terrain, le vrai, c’est autre chose. Ces nouveaux élus avaient bien intégré leur rôle qui est de faire la loi (enfin, de voter les textes demandés par le gouvernement sans se poser trop de questions), négligeant l’arpentage et le labourage des circonscriptions plus rurales ou faisant partie de ces fameux « territoires perdus de la République ».
Pouah, se disaient en se pinçant le nez ceux qui, élevés à Neuilly et dans les grandes institutions privées. Pourquoi aller à la rencontre des culs terreux dans les circonscriptions pour jouer aux assistantes sociales ? Comme dirait leur chef à l’Assemblée Nationale « Peut-être sommes-nous trop intelligents ? » en forme de mea culpa dédaigneux.
Tout le mépris de classe et les présupposés sont contenus dans cette formule de Gilles Le Gendre qui nous montre que si les technos dans les Ministères n’ont pas de sens politique, les élus majoritaires ont un sens de la formule imbécile et méprisante jamais vu dans l’histoire de la cinquième république et une très grande méconnaissance de la psychologie et de l’intelligence populaires.
Nous sommes loin des bals populaires chantés par Sardou. Ce serait plutôt le bal des débutantes avec crinoline et dentelles et le menuet du roi plutôt que la carmagnole.
Fort heureusement les gilets jaunes ont créé un formidable mouvement d’éducation populaire qui surprend ces élites déconnectée du terrain par son sens de la revendication et sa stratégie en dehors de tout cadre.
Entrer dans la danse ?
Le gouvernement commence à prendre la mesure de ce qui se passe mais par simple instinct de survie. C’est le cerveau reptilien qui est activé. Il n’est pas certain qu’ils aient assimilé l’ampleur de ce qui se passe et l’entourloupe n’est pas loin. Pour l’instant, on assiste à des prises de paroles fermes contre les complémentaires santé qui ne jouent pas le jeu de la prise en charge à 100 % des prothèses ou bien à l’encontre de Vinci qui se comporte en fermier général. Il faut désormais passer du stade des paroles à celle des actes afin que la liste des gilets jaunes morts sur les barrages ne finisse pas en danse macabre.
25 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON













