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Accueil du site > Tribune Libre > De la lutte des places...

De la lutte des places...

Les lieux de cultes (hors saison et sans curés chanteurs de variétés...), les bibliothèques malheureusement de moins en moins épargnées par l'invasion thématico-festive et de plus en plus inclues dans d'horribles médiathèques et autres Nouveaux Equipements Culturels, bâtiments à l'architecture hybride fusion entre le modèle stalinien et le tas de boue postmoderne (1) et les hôpitaux psychiatriques sont sans doute les derniers espaces publics de la modernité post-historique où l'on peut encore trouver silence, apaisement et réflexions non conditionnées.

Le bord de mer ? Peut-être, mais alors en hiver et par gros temps, quand les "f - estiva(n)liers" bruitistes à la démarche simiesque, trimbalant leurs flatulentes effluves et leur vaniteuse connerie bavarde (2) en tous lieux ont foutu le camp et ont réintégré leurs lieux d'ennui de travail machinal d'accumulation d'humiliations et de servitudes lâches.

Le reste de l'espace public ? Occupé par l'individu/machine-désirante, merveilleusement bien dressé pour servir (bien malgré lui ?) les intérêts de l'hyper-classe, qui fait valoir son droit à une certaine "spatialité", DJ' de ses mobilités-"mobilitudes" multiples, qu'il soit porteur de murs des cités artificielles mais plus encore libéral-libertaire consommateur d'espaces et de biens matériels (3), tertiarisé, apéritifisé, nomadisant d'un espace "requalifié" signifiant (signifiant pour lui ; car ce signifiant ne renvoie qu'à lui-même et à sa "tribu") à un autre. Autrement dit, dans le dernier cas cet espace public urbain hypermoderne "festivisé" est investi par l'héritier direct du petit-bourgeois gauchiste-hippy spontanéiste ; il est l'ultime expression du parasitage néo-colonialiste du bourgeois culturel. Donner l'impression de re-tisser du lien social, de renouer avec des solidarités authentiques alors que seuls certains groupes (qui, certes, donnent l'impression du plus grand nombre) s'approprient, dans une perspective purement égotique, des pans de plus en vastes de l'espace public...De l'occupation libidineuse et ludique des villes en temps de paix... Destruction de l'intimité, place à l'intimisme de foule...à l'ère des masses (anomiques)...

Les intellectuels, conseillers du prince, sous-doués de la déconstruction, abstractionnistes du réel, spécialistes du néant, animateurs des cortèges mortuaires des saccages spectaculaires qui se réjouissent de la destruction de ce "monde ancien moisi" qui n'existe pourtant plus depuis des décennies sont, bien sûr, l'avant-garde de la "lutte des places" : tout appartient à tout le monde, sauf, de tout évidence, leur poste confortable (mobilité sociale...), le loft de ces partousards (souvent d'anciens logements familiaux acquis après relégation des classes populaires à bonne distance de leur quartier) ou leur maison de campagne achetée pour une poignée de cacahuètes grâce à la déportation des masses rurales (euphémisée en "exode rural" par des légions de sociologues, de géographes et de statisticiens) vers les camps de concentration de la modernité urbaine et (techno-)industrielle...La terreur à la campagne doit être camouflée par le discours de la libération par la ville, à la ville...Et, les procédés rhétoriques qui mènent à la négation des campagnes (elles n'existent plus !) comme à celle du prolétariat sont les mêmes. On dressera dans le même mouvement la "classe ouvrière" contre les classes moyennes pour mieux liquider ces dernières ensuite, par la valorisation politico-médiatique des discours de beaufs anti-fonctionnaires notamment.

 Spéculations...

L'unique fonction de ces pantins subjectivistes à roulettes -la boîte à outils foucaldienne sous le bras- enfonceurs de "portes ouvertes" (festives...) qui ne circulent plus qu'en "site propre" (4) est de donner une forme vaguement philosophique aux lieux communs de leur époque, de justifier un statu quo. Et avec quelle arrogance ! Il faut avoir fréquenté un de ces techno-populistes yuppies, néo-scientistes mystiques pour prendre la mesure de cette autoritaire connerie satisfaite (Ah, comment évoquer ce perpétuel petit air supérieur et agacé, si caractéristique de ces hystériques dont la volonté de toute-puissance infantile n'a jamais été contrariée ?!...). Des maquisards mondains, pour qui, toute désagrégation des valeurs qui permettaient de vivre dans un monde signifiant et familier est un formidable pas de plus vers ce que les adjudants de la pensée appellent "émancipation".

L'explosion de la cellule familiale remplacée par les "connaissances" et la bande de potes -quel horrible mot !- (ah, ces listes d'"amis", de véritables annuaires !), l'arrachement des individus à la terre de leurs ancêtres, la négation de la "nature humaine" qui ne serait qu'une construction sociale visant à imposer et légitimer des dispositifs de "normalisation" par incidence l'apologie des identités multiples ("Je" est un autre, Gilles Deleuze écrira que "je" n'existe pas, ce qui est encore plus radical), de la confusion-superposition de l'usage des lieux et des genres, mais aussi des temps (de travail, de loisirs...à foison) autrement dit la promotion de la déresponsabilisation et du parasitisme socio-spatial participent donc de cette reconfiguration du vécu spatio-temporel d'une violence inouïe, désormais sans limites fixes et évidemment impossible à assumer pour l'individu : confusionnisme, mélangisme, "shizoïdie"...De quoi fournir une patientèle intarissable à tous les praticiens des métiers "psy". 

Simple question rhétorique : comment ces intellectuels progressistes peuvent-ils ignorer que toute cette contestation ludique, toutes ces transgressions ne servent qu'à implanter et normaliser le marché du néo-capitalisme ? Parce qu'ils ne sont, tout simplement, consciemment ou non (très souvent l'inconsistance de leur culture politique milite en faveur de la seconde hypothèse), qu'une face de la pièce de ce néo-capitalisme qui ne peut guère s'embarrasser d'interdits pour étendre son Marché à l'infini. 

L'échec de toutes les idéologies, la fin des "grands récits" laissent un "Moi vide" au milieu d'un champ de ruines intellectuel, à la merci de tous les simulacres, de toutes les campagnes "marketing", toutes les impostures novlangagières, toutes les logorrhées de mutants, de toutes les théories fumeuses qui doivent combler un trou noir idéologique qui s'étend inexorablement...occuper l'espace... Désormais, anxiété chronique, dépression nerveuse, névrose personnelle et "objective" attendent n'importe qui au bout du chemin de l'après-histoire... Des solutions ? La personne contre la masse, l'esprit contre la matière, le Don contre le Marché, la qualité contre la quantité, la réalité et la vie contre le simulacre et le spectacle, le "cosmos" contre le chaos.

(1) jusqu'à quand l'un des derniers havres d'anti-bruitisme ne sera plus préservé de la présence de jongleurs, de joueurs de djembés et des cracheurs de feux au nom du "pas de temps mort", "pas d'immobilisme"...pas de réactions ?

(2)souvenir d'une visite de la nécropole des rois de Saint-Denis : des shorts Nike qui recouvraient des viandes logotisées, faces de haine, hyènes hargneuses mais spontanéo-festives et "mobilisées", avachies sur les escaliers qui mènent à la crypte des Bourbons

(3) on "consomme" ainsi tout autant de la place publique consacrée à des événements ponctuels tels les apéros "intervilles" (demain les partouzes Tweeter sponsorisées (parrainées !) par Les Grandes Gueules de RMC, NRJ12 et Bouygues Telecom ?) à destination d'une clientèle particulière et limitée, qu'on pratique la consommation ludique et libidinale dans des "shopping malls", accessible à cette même clientèle (les nouvelles classes moyennes d'argent principalement ; les plus pauvres, forcément frustrés, devant se contenter des miettes du festin-festif...Exciter l'envie sans jamais la satisfaire...

(4) on fera peu cas du fait que tout en défendant les transports doux, certains parmi eux prennent l'avion, parfois, six fois dans l'année

 


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9 réactions à cet article    


  • MagicBuster 27 juillet 2015 10:24

    Devinette :
    Une photo avec des filles bourrées vautrées par terre dans la rue à moitié à poil ;
    C’est de la publicité pour l’égalité des sexes ou c’est (juste) de la provocation ?

     smiley


    • Fergus Fergus 27 juillet 2015 11:30

      Bonjour, MagicBuster

      C’est aussi la réalité en certains lieux. Dans un article de 2010 intitulé Shoes tossing, alcoolisation et hurlements, je faisais allusion à deux filles observées à 1 heure du matin, totalement ivres et affalées sur le pavé pour le moins douteux de la rue de la « rue de la Soif » à Rennes. Un vrai cadeau pour les prédateurs...


    • Amiral terrestre 27 juillet 2015 11:16

      Excellent article mais beaucoup trop riche. C’est concis, violent et positivement assommant ! Vous allez voir défiler tous les ravis du coin smiley


      • Fergus Fergus 27 juillet 2015 11:24

        Bonjour, Amiral terrestre

        Cet article, effectivement intéressant par bien des aspects, brosse néanmoins un tableau de la France qui ne reflète que des aspects de notre pays assez largement circonscrits à des lieux touristiques ou branchés, et à des franges minoritaires de la population. Les constats n’en sont pas moins pertinents, mais il faut, à mon avis, se garder d’en tirer des conclusions générales.


      • alinea alinea 27 juillet 2015 14:55

        J’aime le fond, j’adore la forme mais je ne connais pas votre verve positive et je suis bien placée pour savoir que la colère, la déception, le dégoût sont de bonnes muses !
        Un terreau de révolte qui se heurte à l’impuissance, c’est une tempête de boue qui laisse un relent triste, comme un besoin de s’exiler sans pourtant trouver le lieu de l’exil. Alors une fuite dans tout ce qu’on a de blessé, une vie, une libido jungienne, un appel désespéré. Mais un réveil, dont on ne sait que faire...


        • Jean-Michel Lemonnier Jean-Michel Lemonnier 27 juillet 2015 20:44

          @alinea
          Je suis d’accord avec vous. Rien à ajouter. Peut-être la « stratégie » du Waldgänger, même quand toutes les forêts ont disparu ?...


        • alinea alinea 27 juillet 2015 21:50

          @Jean-Michel Lemonnier
          Certains mettent des oeillères, prônent l’égoïsme et font leur petit monde, un petit ilot de survie, qui peut servir d’exemple, ou vont dans des zones où la violence et la dureté de la vie sont plus franches ; je ne sais pas...


        • lsga lsga 28 juillet 2015 14:07

          ce que j’aime dans le Capitalisme, c’est qu’il détruit tout ce à quoi les réactionnaires sont attachés. 

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