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Accueil du site > Tribune Libre > Des économistes en déroute

Des économistes en déroute

 

Faire confiance aux économistes ?
                            Dans le contexte macroéconomique actuel, toujours aussi incertain, ils donnent de la voix
   Mais pas toujours de la manière la plus optimiste.
   Dix ans après le séisme de 2008, parti de Wall Street et de la crise des surprimes, une ou de nouvelles crises se profileraient à l'horizon, si l'on en croit le diagnostic de certains, l'essentiel des problèmes, surtout financiers, bancaires, n'ayant été réglé essentiellement que de manière esthétique.
 Selon Roubini, qui avait vu venir la tempête dans son pays, la ruée vers les Bitcoin serait la plus grande bulle de l’histoire de l’humanité . C'est possible, quoique on ne sache pas grand chose sur cette e-monnaie, totalement dématérialisée et pas définition opaque. Mais l'opacité est aussi grande dans le secteur bancaire, surtout dans sa partie masquée (shadow banking.)
 Les nuages s'amoncellent sur le monde de la finance, qui ne s'est pas réformée en profondeur.
  Selon la banquier Naulot, un effondrement financier est toujours possible....
...A contre-courant de ceux qui officient régulièrement sur nos antennes et qui ne voient pas de problèmes, souvent conseillers bancaires et semblant atteints de myopie.
  Il y a économistes et économistes.
 La discipline, nécessaire mais parfois imprudente, semble à un tournant.
       Les débats sont plus vifs qu'ils n'ont jamais été au sujet de la compréhension de la connaissance économique et de ses présupposés.
   Les effets de la crise, qui a pris (presque) tout le monde au dépourvu,, y compris l'ancien directeur de la Fed, Alan Greespan, y sont pour qielque chose.
   Certains découvrent enfin naïvement que l'économie n'est ni une science neutre, ni une science dure, ni une connaissance de type scientifique classique, mais qu'elle participe des sciences humaines, malgré certains de ses aspects économétriques, auxquels elle ne peut se ramener. La quantophrénie a régné trop longtemps, au détriment de la prise en compte de l'aspect qualitatif des phénomènes observés et de la critique des présupposés du moment.
   Les dogmes de l'économie néo-classique, à dominante mathématique, ont amené ses adeptes à se fourvoyer, comme la crise l'a mis en évidence. (*)
  Sa capacité d'anticipation a été prise de cours et son optimisme de base sur l'exubérance des marchés a été mise en défaut. Mais ne c'était pas la première fois. La capacité d'oublier, le manque de prudence méthodologique lié à l'appât du gain financier se sont une nouvelle fois manifestés.
  L'économie néo-classique s'est fourvoyée, en suivant des présupposés et des dogmes qui subissent aujourd'hui des démentis cinglants, notamment les croyances à l'existence d' individus rationnels et du marché spontanément autorégulé.
   La pensée de Hayek et de Friedman, imposée comme indépassable, vulgarisée et appliquée par M. Thatcher et R.Reagan sont à l'origine du tournant néolibéral des années 70, de la financiarisation tous azimuts de l'économie devenue mondialisée, au détriment des pouvoirs régulateurs étatiques.
  Le capitalisme actionnarial, c'est-à-dire le primat de la rentabilité financière, n'est pas seulement injuste et inefficace. Il engendre la souffrance au travail, il tue des gens et détruit notre écosystème. L'analyse économique dominante n'est pas simplement discutable, elle est souvent absurde. Et les politiques anticrises aggravent les crises ! Tout cela est à la fois stupéfiant, incroyable, stupide...
  Il n'est donc pas étonnant que l'on parle de la faillite des économistes, que l'on évoque une.crise de la science économique et de son enseignement.
   Comme si le débat critique et la confrontation des idées ne devaient pas être la norme en ce domaine, qui touche de si près aux choix politiques majeurs, comme Keynes et la politique économique de Roosevelt l'ont si bien démontré en leur temps.
   Les économistes classiques sont à la peine et beaucoup le reconnaissent, comme Krugman et Stiglitz,, surtout depuis la déroute de 2008. Mais certains, accrochés aux dogmes pourtant déconsidérés, peinent à le reconnaître encore
   Les dits prix Nobel ne changent rien...
    L'économie est l'affaire de tout homme cultivé, qui peut en comprendre l'essentiel.
 : Une certaine imposture économique n'a pas fini de vouloir s'imposer 
   Les modèles mathématiques ,si en vogue, ne sauveront pas une discipline déconsidérée par ses pratiques récentes qui étaient tout, sauf neutres.


(*) ... Thomas Philippon, auteur du Capitalisme d'héritiers (Ed. du Seuil, 2007), pointe du doigt la « trop forte segmentation de la recherche académique ». Faute d'« économistes généralistes », personne, ou presque, n'a pu observer la propagation de la crise, surgie d'un coin obscur du droit immobilier américain (le contrat subprime) pour se propager à l'économie réelle, passant par les dernières innovations de la finance (les mécanismes de « titrisation » et de crédit dérivés). « Il aurait fallu plusieurs cerveaux dans la même tête pour voir venir les choses », résume Philippon.
  Gilles Raveaud, professeur d'économie à l'Institut d'études européennes de l'université Paris-8, reprend l'argument, pour le pousser un peu plus loin : « Depuis des années, on a assisté à un morcellement du savoir économique terrifiant, avec l'apparition de spécialistes très pointus, ici sur le travail, là sur le commerce international... On se retrouve à l'université avec des thésards très calés sur leur sujet, mais dénués de toute culture générale en économie ! »

____Et Raveaud, qui connaît bien la recherche américaine pour avoir enseigné deux ans à Harvard, de s'inquiéter de ces manquements : « Un économiste peut traiter du chômage, sans rien connaître aux marchés boursiers ou aux banques... C'est conforme à la théorie de l'équilibre général, selon laquelle on peut analyser le fonctionnement d'un seul marché pris séparément, celui du travail par exemple, puisqu'on suppose que les autres sont naturellement à l'équilibre. Mais cela ne tient pas ! »
___En fait, la macroéconomie des dix dernières années a subi de lourdes transformations. Vexés de ne pas pouvoir prétendre au statut de scientifiques purs et durs, la plupart des économistes ont versé dans un formalisme mathématique effréné, sur les conseils de Milton Friedman et ses collègues monétaristes. Profusion de courbes, modèles et équations, qui ont éloigné les chercheurs du monde « réel ». Les maths sont devenues une fin en soi.
___Aveu de Thomas Philippon : « Nous étions devenus des enfants gâtés, puisque nous n'avions pas connu de vraie crise depuis longtemps. Sous la présidence Clinton, la politique monétaire était devenue répétitive. Notre intérêt pour le réel s'est donc logiquement atténué. »
___Une enquête étonnante, réalisée auprès des doctorants en économie des grandes facs américaines (téléchargeable ici), confirme ces propos. Plus de la moitié des personnes interrogées (51%) estiment que « connaître l'économie de façon approfondie » est « sans importance »... Et à peine 9% des thésards se disent convaincus du contraire (« connaître le réel est très important ») !...


Pour prolonger :

-  Lettre ouverte à Pierrot la Science

-   Faillite des économistes.

-  Pourquoi les économistes n'ont pas su prévoir la crise de 2008.

-  L’objectivité en économie est-elle possible ? 

-  Quelle théorie économique après la crise ? 

-  « L’imposture économique » Jean Gadrey

-  L'économie est-elle une science ?

-  Le rôle des mathématiques en économie 

-  La prochaine crise financière est annoncée 

-  Trop de capital dans le monde ?

- Prochaines crises financières 


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7 réactions à cet article    


  • BA 5 février 12:54

    A propos de la faillite de l’entreprise multinationale Carillion, qui comptait 43 000 employés :


    L’entreprise Carillion faisait certifier ses comptes par le cabinet d’audit KPMG. Pendant des années, KPMG a toujours certifié les comptes de l’entreprise Carillion !


    Dans le milieu des entreprises multinationales, tout est du mensonge, tout est du pipeau :

    - les bilans comptables sont faux et mensongers,

    - les cabinets d’audit le savent parfaitement, mais ils certifient quand même les comptes truqués,

    - tout ce petit monde passe sa vie à mentir,

    - comme d’habitude, les victimes sont les employés, qui perdent leur travail, et les retraités, qui voient le fonds de pension de l’entreprise Carillion faire faillite.


    Lundi 29 janvier 2018 :


    KPMG visé par une enquête du régulateur britannique.


    Le cabinet d’audit KPMG s’est occupé, entre 2014 et 2017, des comptes du géant du BTP Carillion, au coeur d’un vaste scandale financier.


    La pression était devenue trop forte. Pressé par Londres depuis des jours, le Financial Reporting Council (FRC), le régulateur britannique des cabinets d’audit, a annoncé ce lundi l’ouverture d’une enquête sur KPMG.


    Le FRC s’intéresse au rôle de KPMG dans le scandale de la faillite du groupe Carillion, que le cabinet d’audit a contrôlé pendant des années. Le géant du BTP a fait faillite le 15 janvier 2018, laissant potentiellement sur le carreau 43.000 employés, dont 20.000 Outre-Manche.


    Le régulateur va passer en revue l’examen des comptes de Carillion réalisé par KPMG entre 2014 et 2016 ainsi que sur une partie de 2017 en analysant en particulier la valeur des contrats et du fonds de retraite.


    A l’issue de l’enquête et s’il y a matière, le FRC peut infliger une pénalité financière ou porter l’affaire devant la justice. KPMG a de son côté indiqué vouloir coopérer pleinement avec le FRC et répète avoir agi avec Carillion de manière « appropriée et responsable ».


    L’annonce de cette enquête intervient alors qu’une commission parlementaire britannique accuse ce lundi le groupe d’avoir privilégié les dividendes sur le financement des retraites de ses salariés. Les rémunérations des dirigeants, jugées excessives, sont elles aussi pointées du doigt.


    Etranglé par une dette de 1,5 milliard de livres (1,7 milliard d’euros), Carillion avait vu sa situation financière se dégrader brutalement ces derniers mois. L’administrateur du fonds de pension de Carillion a annoncé lundi que pourrait subsister un déficit d’environ 990 millions de livres (1,12 milliard d’euros).


    https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0301220347783-kpmg-vise-par-une-enquete-du-regulateur-britannique-2148954.php



    • lacsap151 25 février 09:45

      C’est complètement dingue mais ne m’étonne pas. J’ai été commerçant pendant plus de 15 ans et tous les experts-comptables que j’ai eu me disais que sans faire de « black » on ne peut pas s’en sortir. J’ai demandé un jour à l’un d’eux d’aller expliquer aux services des impôts ce qu’il me conseillait dans son bureau mais, il n’a pas trouvé l’idée à son goût .
      Concernant les « crises financières » et les dettes souveraines on sait bien maintenant que la principale cause des dérèglements économiques est la confiscation de l’émission et du contrôle de la monnaie. < Peu importe les lois du moment que je contrôle la création monétaire>. Amshel Mayer Rotschild, vers 1857. 
      La création monétaire, qui devrait être normalement contrôlée par les états souverains, a été abandonnée au fil du temps à une poignée de banquiers privés qui règnent sur le monde entier. 28 banques « systémiques » détiennent à elles seules l’ensemble des dettes souveraines ( entre autres créances ) et , avec la complicité de « politiciens » et « hauts fonctionnaires » véreux ils imposent aux peuples les politiques austéritaires qui les ruinent.


    • BA 5 février 22:30

      Lundi 5 février 2018, vers 22 heures 02 :


      Effondrement de la bourse de New-York.


      ALERTE - Déroute des indices à Wall Street, le Dow Jones clôture en baisse de 4,61 %.


      https://www.romandie.com/news/ALERTE-Deroute-des-indices-a-Wall-Street-le-Dow-Jones-cloture-en-baisse-de-4-61/887555.rom



      • Ruut Ruut 6 février 09:54

        Cela fait longtemps qu’économiste = charlatant.
        Sinon il n’y aurais JAMAIS eu de crises boursières.


        • Ruut Ruut 6 février 09:56

          C’est pareil avec ton matériel informatique si tu as une panne (ou un piratage) c’est que ton informaticien (ou ton sous traitant) n’as pas fait son travail correctement faute de compétences ou de moyens (ils t’aura alors au préalable prévenu des risque que tu prenais pour ce dernier cas).


          • ZEN ZEN 6 février 10:11

            « La question n’est pas de savoir si une crise financière aura lieu mais quand. » Depuis des mois, des dizaines d’économistes et d’analystes multiplient les avertissements sur les risques portés par les marchés financiers. Tous jugent que la situation est intenable, tant les tensions et les déséquilibres se sont accumulés dans un système gorgé de liquidités. La hausse continue des marchés financiers au cours des six derniers mois, volant de record historique en record historique, au point de perdre de vue tout repère économique, a encore ravivé leurs craintes. Tout cela ne peut conduire qu’à une nouvelle crise, ont-ils répété à maintes reprises. (d’après Mediapart)


            • eddofr eddofr 6 février 10:31

              Le problème ce n’est pas la crise du système financier en lui-même.


              Le problème c’est que les marchés financiers ne sont pas isolés de l’économie réelle, et la ponctionnent pour éponger leurs pertes ou augmenter leurs profits.

              On devrait les obliger à jouer entre eux, sans possibilité de polluer l’économie réelle.

              Et là, qu’ils gagnent ou qu’il perdent, ce serait LEUR PROBLEME.


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