Die Meistersinger von Ankara
Le marché passé entre Madame Merkel et M. Erdogan avait quelque chose de méphistophélique et rappelait l’illusion dans laquelle se trouvait Faust quand il avait cru pouvoir établir un pacte avec le diable. On dirait que le parrain turc affectionne les livrets des opéras wagnériens, car il nous sert aujourd’hui la partition des "maitres-chanteurs". Dommage, ce ne sont pas ceux de Nürnberg, leur répertoire est trop limité.

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a déclaré dernièrement que la Turquie pourrait annuler l'accord passé avec l'Union européenne sur les flux de migrants si les règles d’attribution des visas pour les ressortissants turcs n’étaient pas assouplies au cours des deux prochains mois par les pays membres de l’Union Européenne.
Voilà un avertissement qui vient éclairer les dessous d’un accord controversé sur la vie des autres, impliquant le sort de centaines d’êtres humains candidats à la traversée de la mer Égée.
L’accord du 18 Mars prévoit que toutes les personnes arrivant sur les îles grecques en provenance de Turquie seraient renvoyées à moins que la Grèce ne leur accorde le droit d’asile. Pour chaque syrien renvoyé, l'UE accepterait un autre syrien envoyé directement par la Turquie. En retour, Ankara a obtenu des milliards d'euros pour faire face à plus de 2,7 millions de réfugiés syriens qui vivent déjà en Turquie.
Mais le premier ministre turc, M. Davutoglu s’est adressé mardi aux législateurs du Conseil Européen à Strasbourg en ces termes : « Si le régime des visas européens pour les citoyens turcs n’est pas réglé d’ici Juin, personne ne doit s'attendre à ce que la Turquie tienne ses engagements."
Le discours de M. Davutoglu a fait l’éloge de la magnanimité turque en disant que "s'il y avait un test sur l'humanité à l'échelle mondiale, la Turquie serait le seul pays à passer le test." Il a ajouté que la Turquie avait "rempli tous ses engagements », mais que les Européens, eux, n’avaient pas encore fourni tous les fonds promis. «
Il a précisé que les passages de Turquie en Grèce étaient tombés à 60 ou même parfois zéro personnes par jour : "C’est là une grande réussite ». (L'Organisation internationale pour les migrations, indique que la Grèce a connu moins de 70 arrivées par jour au cours des 10 derniers jours, en baisse de près de 1.500 arrivées par jour avant que la transaction ait eu lieu).
De son côté, en même temps, le président turc Recep Tayyip Erdogan rencontrait un représentant du Parlement de l'Union Européenne. Il a contesté un rapport, approuvé par le Parlement Européen la semaine dernière, qui critiquait les procédés utilisés par le gouvernement turc pour museler la liberté d'expression et faisait état d'une « régression dans la démocratie ». Il a affirmé notamment que ce rapport avait été préparé avec une « arrière-pensée destructrice."
Ensuite, il a donné cet avertissement : « l'UE a davantage besoin de la Turquie que la Turquie n’a besoin de l'UE." Pas si sûr ! Mais peu importe qui a le plus besoin de l’autre quand deux unijambistes s’appuient l’un sur l’autre pour marcher. Ce qui importe, ce sont les armes ignobles utilisées dans ces pourparlers pour préserver les intérêts des dirigeants.
« Le chantage suppose des menaces sous conditions pour extorquer des sommes auxquelles on n'a aucun droit. «
Maurice Barrès (1902)
10 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON










