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Accueil du site > Tribune Libre > Guy Mollet et le molletisme

Guy Mollet et le molletisme

Qu'est-ce que le molletisme ?

C'est la trajectoire qu'a montrée Guy Mollet.

Ce Normand était-il de gauche ? P'têt bin que oui, p'têt bin que non.

 

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Guy Mollet en 1959.

 Né dans l'Orne le 31 décembre 1905 et pupille de la Nation, Guy Mollet adhère à dix-huit ans à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Licencié en anglais, il devient professeur d'anglais et militant syndical. Il s'en trouve puni en étant muté à Arras. Mais 5 ans après, il devient secrétaire adjoint des Jeunesses socialistes du Pas-de-Calais.

Mobilisé en 1940 et fait prisonnier, libéré en juin 1941, il ne tarde pas à s'engager dans la Résistance et écrit pour le journal clandestin La Voix du Nord.

Il participe aux combats de la Libération et se trouve chargé de la commission d'épuration de Flers. 

En 1945 il est élu maire d'Arras, conseiller général et membre des deux Assemblées constituantes.

En 1946 il devient député du Pas-de-Calais et secrétaire général de la SFIO pour près d'un quart de siècle (jusqu'en 1969).

Chef d'un grand parti politique, il est incontournable et est nommé ministre d'État dans les gouvernements Blum (1946-1947) et Pleven (1950-1951) pour les Affaires européennes et vice-président du Conseil dans le cabinet Queuille (mars-juillet 1951).

Appui fidèle au gouvernement de Pierre Mendès France, farouchement atlantiste et pro Jean Monnet, il soutient l'adhésion de la France à la Communauté européenne de défense (CED).

Selon la BBC, qui se base sur des archives britanniques, Guy Mollet, anglophile convaincu, aurait proposé en septembre 1956 au Premier ministre britannique conservateur Anthony Eden, que la France fusionne au Royaume-Uni, avec un statut proche de celui de l'Irlande. Cette idée est rejetée par les Britanniques.

Mollet propose alors que son pays intègre le Commonwealth, projet séduisant davantage Eden mais restant lettre morte, ce qui amène la France à intégrer la Communauté économique européenne.

 

1er février 1956 – 13 juin 1957 : Président du Conseil des ministres français

 

Le 2 janvier 1956, avec Pierre Mendès France, François Mitterrand et Jacques Chaban-Delmas, il remporte les législatives d'une courte majorité sur un programme de modernisation économique et sociale et de paix négociée en Algérie. Il est nommé chef du gouvernement.

Cette promesse de paix n'engage que ceux ... (refrain connu, mais confrontée à la réalité, elle va mettre un terme à sa carrière et entrainer la gauche dans un purgatoire de 24 ans).

Atteinte de la quatrièmite (défaillance constitutionnelle de la 4ème qui fragilise une république autant que la maladie des os de verre les humains), la coalition se délite rapidement avec le départ du gouvernement de Pierre Mendès France, vice-président du Conseil, qui lui reproche de ne pas engager une véritable recherche de paix négociée en Algérie et de trop céder au lobby des Pieds-Noirs.

L'échec de cette coalition conduit à l'effondrement de la Quatrième République après la crise de mai 1958.

 

Le tournant : attention, virage dangereux.

Confronté, lors d'une visite à Alger le 6 février 1956, à l'hostilité violente (jets de légumes, cris, menaces de mort explicites) de la population d'origine européenne (appelée journée des tomates), puis à l'impossibilité de réunir une majorité parlementaire sur une ligne libérale en Algérie, il s'engage dans une politique répressive et refuse toute solution négociée avant la conclusion d'un cessez-le-feu.

Le 12 mars 1956, il demande et obtient le vote des pouvoirs spéciaux afin de renforcer son action répressive en incluant notamment :

  • la création d'une procédure de justice militaire de "traduction directe" sans instruction,
  • la légalisation des camps d'internement créés en 1955
  • et l'attribution aux militaires des pouvoirs de police.

Le vote des pouvoirs spéciaux marque la responsabilité politique de la guerre dans la mesure où il confère d'importants pouvoirs à l'armée.

Le projet prévoit dans les faits un vaste dessaisissement du pouvoir législatif au profit du gouvernement, habilité à prendre en Algérie, par décrets et sur la base d'un illusoire contrôle parlementaire, toute mesure jugée nécessaire dans les domaines administratif, économique, social et militaire.

 

Le président du Conseil engage la confiance de son gouvernement. Si la loi est rejetée, les députés doivent assumer une nouvelle crise ministérielle, en laissant la France sans direction politique. 

Je laisse les étudiants en droit constitutionnel de la 5ème établir la comparaison avec la motion de censure et le 49.3

 

Le 12 mars 1956, le projet de loi est adopté massivement par 455 voix contre 76, les opposants étant essentiellement les poujadistes et quelques modérés

 

 

Guy Mollet amplifie en effet la répression en doublant en six mois les effectifs militaires déployés sur place en envoyant les réservistes et le contingent (contingent = ensemble des jeunes qui, au cours d'une même année civile, sont appelés au service national actif).

 

Les effectifs de l'armée montent à plus de 400 000 hommes durant l'été 1956. L'armée se voit confier des pouvoirs de police et s'éloigne d'une gestion du conflit par le maintien de l'ordre tel que généralement présenté.

Lacoste, convaincu d'une victoire imminente sur le FLN parle de « dernier quart d'heure ».

 

Cette loi est étendue à la métropole par la loi du 26 juillet 1957, et permet notamment l'assignation à résidence dans des centres fermés, les centres d'assignation à résidence surveillée.

 

 

La torture

Dès le 6 avril 1956, il demande au comité international de la Croix Rouge d'envoyer une mission en Algérie pour enquêter sur les conditions de vie des militants du FLN (Front de libération nationale, pour l'indépendance de l'Algérie) détenus par les autorités françaises.

En octobre 1956, il rencontre Hubert Beuve-Méry et lui demande des précisions sur les accusations de torture pratiquées par certains soldats. Le directeur du Monde lui ayant remis un dossier d'une vingtaine de feuilles, Guy Mollet écrit à Robert Lacoste, lequel lui répond que des sanctions ont été prises chaque fois que des exactions ont pu être prouvées, et que les accusations relayées par Beuve-Méry sont presque toutes mensongères.

De nouveaux rapports lui étant remis (l'un de la Croix Rouge, l'autre de Jean Mairey, directeur de la Sûreté nationale), et certains journaux multipliant les accusations, le gouvernement Mollet crée une « commission permanente de sauvegarde des droits et libertés individuels », dirigée par Pierre Béteille, conseiller à la Cour de cassation, en avril 1957.

Aucun parlementaire n'en est membre, les députés et sénateurs étant accusés de partialité, et la commission est entièrement libre de son organisation.

La pratique de la torture ne cesse pas, mais plusieurs sanctions disciplinaires sont prises, plusieurs procédures judiciaires sont entamées contre des tortionnaires présumés, et plusieurs centaines de personnes internées sont libérées.

Enfin, Guy Mollet autorise la Commission internationale contre le régime concentrationnaire à diligenter une enquête. Celle-ci conclut, en juillet 1957, qu'au cours du mois d'avril, la torture semble avoir diminué, et que les conditions de vie dans les camps d'hébergement sont globalement satisfaisantes. 

A un problème des droits de l'Homme, en l'occurrence l'atteinte à la liberté, et ce qu'elle a de plus vile, la torture, Mollet applique le mot de Clémenceau "Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission".

 

Expédition militaire au Proche-Orient

Le naufrage de la politique intérieure ne suffisant pas, il y ajoute celui de la politique étrangère. Entre octobre et novembre 1956, Guy Mollet associe la France à la Grande-Bretagne et à Israël contre l'Égypte lors de l'expédition désastreuse consécutive à la nationalisation de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez par Nasser. 

 

Autres mesures

Le cabinet Guy Mollet fait adopter une troisième semaine de congés payés, la vignette automobile pour financer l'aide aux personnes âgées sans ressources, des mesures d'aide au logement.

Il accorde leur indépendance à la Tunisie et au Maroc.

Il fait voter la loi-cadre Defferre, qui accorde l'autonomie à l'Afrique noire et annonce l'indépendance.

En mars 1957, ses ministres Christian Pineau et Maurice Faure signent les traités instituant la Communauté économique européenne (CEE). 

Après avoir été mis en minorité par l'Assemblée nationale, le cabinet Mollet, qui détient le record de longévité de la IVe République, chute en mai 1957.

 

Résumé

Guy Mollet avait tout pour devenir une homme de gauche.

Il a montré son engagement syndical, son courage dans la Résistance, sa conviction dans sa jeunesse et son sens de la tactique politique en parvenant au sommet de l'état.

Mais en quelques mois de chef de gouvernement, il devient celui qui réagit en homme de guerre face aux évènements d'Algérie et à ses nombreux attentats contre les populations civiles des départements d'Algérie et de métropole, de toute confession et de tous milieux sociaux confondus. Il envoie des jeunes de 20 ans dans une guerre qui ne veut pas avouer son nom et qui les détourne à vie du socialisme.

 

Il laisse en souvenir une mesure bureaucratique, la vignette automobile, qui n'arrivera pas à résoudre le problème des personnes âgées sans ressources.

 

Il laisse surtout l'image d'un homme, dont les promesses électorales ont duré ce que durent les roses, l'espace d'une campagne électorale.
 

Il faudra près d'un quart de siècle avant que la gauche revienne au pouvoir.

 

Définition

Le molletisme est l'attitude qui consiste à associer un discours de gauche et la pratique d'importants compromis avec la droite.

 

Toute ressemblance avec des personnages et des faits actuels serait profondément regrettable.

 

 

Merci https://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Mollet


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10 réactions à cet article    


  • sarcastelle sarcastelle 19 juillet 2016 11:45

    Qui eût cru qu’on parlerait encore de Guy Mollet en 2016 ! 


    • invino invino 19 juillet 2016 11:53

      @sarcastelle
      Qui eût cru qu’on aurait encore la SFIO ?


    • Alren Alren 19 juillet 2016 11:54

      Guy Mollet était un « socialiste » qui ne voulait surtout pas une France socialiste !

      C’était un Rocard, un Hollande, un Walls, un Macron, avant la lettre, aussi détestable qu’eux !

      Sans compter sa lâcheté devant des pieds-noirs (minoritaires mais violents) partisans d’importer l’apartheid sud-africain dans les départements français d’Algérie, au mépris des fondements de la République !


      • JC_Lavau JC_Lavau 19 juillet 2016 20:03

        @Alren. On a posé la question à Georges Catroux : « Qu’auriez-vous fait si Mollet vous avait confirmé votre désignation comme résident général malgré les manifestations des pieds noirs ? »
        « Ces gens là m’auraient tué. », répondit Catroux.

        Réflexion faite, je maintiens bien l’accusation de lâcheté et d’absence de colonne vertébrale chez Guy Mollet. Sauf qu’il fallait ruser pour préserver la vie de Catroux : avoir déjà prévu et rendu public quel homme à poigne serait là pour remplacer Catroux s’il lui arrivait malheur. Certes Catroux était irremplaçable, mais il fallait user de ruse et de menace habile pour le préserver, lui. Désolé, j’avais douze ans à l’époque, je ne sais pas du tout proposer un nom pour l’homme de rechange.
        Catroux avait 79 ans en 1956. Il aurait fallu trouver un militaire né au plus tôt en 1895, et de préférence vers 1905, avec au minimum deux étoiles, et opposé aux guerres coloniales.
        Né en 1912, Georges Buis, aide de camp de Catroux au Levant, n’avait que les galons de lieutenant-colonel en 1956... Et depuis 1945, les galons on ne les gagnait qu’en guerres coloniales. Pas simple !


      • JC_Lavau JC_Lavau 20 juillet 2016 12:12

        @Alren. Un exercice fort cruel consisterait à énumérer les hommes politiques ou militaires de ce temps là, qui auraient pu mener une politique de décolonisation, au moins partielle, de l’Algérie.
        Sortis de Pierre Mendès-France, André Philip et Georges Catoux, je crains qu’on n’en trouve pas un seul, sauf éventuellement au PCF, et en tout cas pas chez les gaullistes.

        Au moins partielle, car le leurre que plus tard De Gaulle a fait monter par Peyrefitte, celui de la partition de l’Algérie, eût probablement été réalisable en 1956. Toutefois il eût fallu une grande audace intellectuelle, et une étroite concertation avec les militaires, voire un référendum national. La totalité des partis représentés à l’Assemblée était violemment hostiles à l’idée même de référendum, qui aurait empiété sur leur toute-puissance d’irresponsables.


      • Jeekes Jeekes 19 juillet 2016 13:28

        Guy Mollet ?


        C’était « l’ami bidasse » ?
        Mais de gauche ? Comme tous les fauxscialistes quoi... 

        • Sacotin Sacotin 19 juillet 2016 21:35

          Pourquoi exhumer ce fossile qui a bousillé notre jeunesse, avec les Max Lejeune, Lacoste et cie et qui s’affublaient du mot socialistes pour mieux nous empapaouter ! 




          • Saltz Saltz 20 juillet 2016 08:13

            @Sacotin

            Ce fossile était plus jeunes que les dirigeants actuels.

            Il montre parfaitement la dérive

            • entre d’une part le souhait des électeurs et la couleur de l’étiquette du candidat
            • et d’autre part l’exercice du pouvoir.

            L’histoire ne se répète pas mais elle bégaie.


          • JC_Lavau JC_Lavau 20 juillet 2016 09:15

            Je ne me souviens plus où était cette analyse de contenu des discours et surtout des écrits de Guy Mollet : affirmation théorique très forte MAIS contre-pied quant à son application, une chose MAIS son contraire.

            A titre individuel, cela relève du psychothérapeute, métier qui en ce temps là n’était pas encore inventé, du moins pas encore diffusé en France (et même soixante ans après, nous demeurons encore de grands retardataires en France). A titre collectif, qu’une telle contradiction perpétuelle ait pu prendre la tête de la SFIO, là c’est un vrai problème politique d’aberration collective.

            Ce parti ne savait plus jouer son rôle public. Il fut un temps où tous les membres de la SFIO de tel ou tel bled étaient tous conseillers municipaux. En pratique, ils ne savaient plus gérer que du clientélisme. En Norvège au même moment, l’Arbeidet Folkeparti, encore au pouvoir, était lui aussi réputé pour s’être gangrené de corruption et de clientélisme.

            Dans tous les cas, un critère essentiel : A qui rend-on compte au juste ?

            Georgette Elgey précise que ce fut l’armée qui mit un terme au difficile accouchement constitutionnel en déclarant que ce serait la dernière constitution votée qu’elle soutiendrait, et basta ! Quelle que soient ses imperfections - nombreuses, notamment grâce aux précautions accumulées par André Philip contre Charles de Gaulle.


            • robert 20 juillet 2016 10:28

              Les oeufs mollets cela vient aussi de lui ?

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