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Kagamé-Wrong (suite et pas fin ?) – « Macron de Paris à Paris »

Ante-scriptum :

1 – Mon précédent article n’a reçu, étrangement, aucune réaction. Devrai-je donc trouver un titre plus « accrocheur » pour mes prochaines « productions » ?

2 – Le titre actuel fait référence à « De Nuremberg à Nuremberg » de Frédéric Rossif (1988)[1] et à « D’Arusha à Arusha » de Christophe Gargot(2008)[2].

 

Dans mes livraisons précédentes[3] sur : « Do not Disturb – The story of a political murder ….. [4] » de Michela Wrong, je n’étais pas encore à même de formuler, déjà, toutes les questions que ce livre faisait se bousculer dans mon esprit, compte tenu de leur grand nombre et de la simultanéité de certains faits d’actualité qui en ont diminué l’impact de la sortie. Je ne pense pas que je pourrai en faire une énumération exhaustive, de ces questions, et encore moins un développement complet et précis des réponses potentiellement « exactes » que je voudrais y donner. J’essayerai donc de me limiter aux quelques points repris ci-après car la matière est trop dense pour être épuisée. Parmi les faits d’actualité dont la concomitance d’avec le livre de Michela Wrong me parait troublante j’envisagerai :

1) La pandémie « Sar Cov 2 » et l’information « Génocide des Tutsi du Rwanda » ;

2) Les « relations » franco-rwandaises (Macron de Paris à Paris - Suite)

3) La “vidéo-conférence” aux Pays–Bas : “How can Rwanda achieve true reconciliation and shared prosperity ?”[5] avec, entre autres, l’ex - Ambassadeur de Belgique au Rwanda (1990-1994)

 

En introduction, j’évoquais donc la convergence de certains faits d’actualité. Je réserve mes réflexions sur la question « Franco-Rwandaise » et sur la « Conférence aux Pays –Bas » à la prochaine livraison tant les nouvelles sur ces sujets se bousculent, en permanence.

 

La pandémie Sar Cov 2 et l’information « Génocide des Tutsi du Rwanda »

Evidemment, à propos de faits d’actualité, on pense, en premier lieu, à la « covid-19 », à la « stratégie de communication en période de pandémie[6] », à la « démystification » et à la gestion de l’information (rumeurs et conspira - plotisme[7]).

Quand on « sort » de la lecture des 510 pages, environ, de l’ouvrage de Michela Wrong, on se doit de relire les 14 pages de l’introduction qui est évidemment écrite après la rédaction de l’ensemble des 21 autres chapitres. En tant que journaliste « freelance », l’auteur a, honnêtement (et « naïvement » ?), estimé qu’elle devait confronter (pour confirmation) ce qu’elle croyait savoir, par la presse de 1994, du génocide des Tutsi du Rwanda, à la réalité de terrain post-génocide, au Rwanda même. Mais, ce faisant, elle a dû remettre en question ses convictions. Elle a connu une évolution courageuse et rare dans le contexte « géopolitique » et « informationnel » du moment. Comme je l’ai dit précédemment, son point de vue a connu un revirement à 180[8].

Lors de cette évolution, elle a été amenée à la découverte, entre autre, d’un des aspects les plus originaux de la culture rwandaise : l’« ubwenge ». Ceci pourrait paraître un détail mais a cependant toute son importance dans l’approche de la tragédie rwandaise. Michela Wrong évoque l’« ubwenge », dans l’introduction dont question ci-dessus, en des termes qui sonnent encore fort « héritages de l’époque de Ewart S. Grogan (1899) » : « Lies, lies, lies, I was sick to death of them[9] ». Car, à propos du kinyarwanda, il faut se souvenir qu’André Coupez[10] en 1958 précisait déjà : "Les membres des divers groupes sociaux peuvent communiquer entre eux en présence de profanes sans être compris de ceux-ci, grâce à des langages secrets dont la phonologie est celle de la langue commune, mais qui possède un lexique spécial de quelques centaines de mots et un nombre limité de particularités morphologique". ("Langues secrètes au Ruanda Burundi" - Folia Scientifica Africae Centralis - Septembre 1958). Cela fait évidemment songer aux caractères contradictoires et chaotiques actuels dans toutes les communications sur la « pandémie » : la phonologie, la lexicologie et la morphologie des discours des « informateurs » qui sont formatés pour une narration intentionnellement orientée (angoissante et/ou rassuriste, complotiste et/ou scientifique, révisionniste et/ou négationniste ... etc.) et où les chiffres ont évidemment leur importance. En passant de X à 2X « cas », par jour on peut mathématiquement parler de 100% d’augmentation des cas. Mais combien vaut le « X » en question ? Donc ici, il ne s’agit pas d’un mensonge ; c’est de l’« ubwenge ». De même dès l’invasion du 01/10/90 du Rwanda par l’Ouganda, les infos annonçaient les « rebelles ne sont déjà plus qu’à 90 km de la capitale rwandaise ». Effectivement de Kagitumba (poste frontalier entre l’Ouganda et le Rwanda, à la limite nord de la réserve de chasse du Mutara et du Parc de l’Akagéra) et Kigali, il y a 90 km, à vol d’oiseau. Par la seule route carrossable de l’époque, pour un convoi militaire motorisé, il y a 191 km ..... « Plus qu’à 90 Km », ce n’est pas un mensonge, c’est de l’« ubwenge ». Le 07 avril 1994 environ 12h après l’attentat sur le Falcon 50 de la présidence rwandaise, RFI[11] annonçait, aux nouvelles de 8 heures que « trois Casques Bleus[12] belges avaient été tués, lors d’une embuscade, sur la route de l’aéroport  ». Vers 12h, ce même 7 avril, le « Peloton Mortier » du Lieutenant Lotin (10 hommes de la Minuar) se laisse désarmer et emmener au camp Kigali où les 10 hommes sont assassinés. Dans la presse européenne on a très rapidement parlé de 13 morts. Est-ce de la propagande ou de l’« ubengwe ». Le Major néerlandais de la Minuar Robert Van Putten estime à 11 le nombre de corps qu’il aurait vu à la « morgue » du CHK[13]. Sont-ce des erreurs ou l’ubwenge ?

Et à propos des chiffres, je voudrais citer deux exemples :

1 - Dans le film : « "La Vendange, les fantômes du Rwanda"[14], Philippe Gaillard, Chef de la délégation du CICR à Kigali en 1994 (qui est resté au Rwanda durant le génocide en sauvant la vie d’au moins 80.000 Tutsis) dit : « Je me souviens qu’après une semaine on a reçu un coup de téléphone de la BBC qui nous a demandé, en anglais : « Vous estimez à combien le nombre de personnes massacrées ? ». J’ai dit : 250.000. Ils ont téléphoné une semaine après et ils me disent : « La semaine passée, Monsieur Gaillard, vous nous avez parlé de 250.000 morts. Quelle est votre nouvelle évaluation ? » J’ai dit 500.000. Et une semaine après, ils m’ont retéléphoné en me reposant la même question et cela a été la dernière fois qu’ils m’ont posé cette question car je leur ai répondu « After half a million, sir, I just stopped to count ». Chiffres effroyables 500.000 morts comptés en 15 jours. A la fin du Génocide, en 100 jours, on estimera à 1.200.000 le nombre de morts.

Michela Wrong rapporte que Seth Shendasonga, le premier Hutu à rejoindre le FPR, en 1991, Ministre de l'Intérieur et du développement communal dans le premier gouvernement rwandais post-génocidaire (juillet 1994 et août 1995), réfugié à Nairobi (Kenya), en 1995, avait déclaré, à l’appuis d’une liste des victimes, district par district, que la FPR avait fait au moins un demi-million de morts Hutus, avant et après la chute de Kigali.[16] (On July 10 1996 - Press conference in Nairobi’s media center in Chester House). Seth Shendasonga a été assassiné le 16 mai 1998 à Nairobi.

2 – Très rapidement, le chiffre de 10.000 à 40.000 cadavres rejetés dans le Lac Victoria a été avancé par le gouvernement ougandais (https://www.youtube.com/watch?v=SYFUZ-modb0 et/ou https://www.international-alert.org/fr/media/fractured-lives). L’origine de ces cadavres serait l’« Akagéra à 60 miles de la frontière ougandaise », venant du Rwanda. Or l’Akagéra depuis Kigali (Nyabarongo) fait près de 300 km à travers les papyrus , les marais, les crocodiles ....

Quand on sait ce que connait Michela Wrong sur ce qui s’est passé en Ouganda, dans les années de la prise de pouvoir de Musévéni, quand on y adjoint les approches de Helen C. Epstein[15] et à la lecture des chiffres ci-dessus, ne peut-on se demander comment a-t-il été possible que la « Communauté Internationale » soit restée impassible devant ces chiffres pendant plus de 100 jours ?

 

Il faut remarquer que Michela Wrong commence son introduction en citant le paradoxe d’Epiménides de Crète : « Tous les Crétois sont des menteurs » .... Or l’ubengwe, au contraire et/ou en plus du mensonge pur et simple, de la fourberie opportuniste ou de la diplomatique langue de bois des membres d’une classe socio-culturelle bien spécifique, vaudrait la peine d’être abordé comme un art oratoire qui pourrait aussi être perçu comme un art martial. Et justement l’oralité est bien une partie de la communication étudiée en sociologie en tant que « sport de combat[16] » (Bourdieu). Il faut garder à l’esprit à propos de la communication, utilisée principalement par ceux des membres des classes qui monopolisent les instruments de pouvoir, qu’elle en appelle, cette communication, aux structures qui tiennent à la fois de la « jésuitique », de la propagande « type Edward Bernays » et des PsyOps[17]. L’ubengwe, lui, tient aussi aux non-dits intentionnels, aux silences magiques mais aussi à « ce qui ne peut être dit et qui doit donc être tu » (Wittgenstein[18]) : le non verbal, le suggéré, la gestuelle, le sacré, l’indéterminé, le devin, le sorcier, l’envoûtement, le vacillement, la séduction, le rituel, la symbolique ....

 

(A suivre)

 

[2] Livre-DVD – Filigranes Edition

[4] Ed : « 4thEstate-London « ISBN 978-0-00-823887-2 (2021)

[9] « Mensonges, mensonges, mensonges j’en étais malade à en mourir » (traduction personnelle).

[10] Linguiste de renommée mondiale, auteur du dictionnaire Kinyarwanda-Françaie (†2006)

[11] Madeleine Mukamabano ? Il semblerait que l’INA n’a pas d’enregistrement de l’émission de 8h du 7/4/94.

[12] Troupes de la MINUAR

[15] « Another fine mess – America, Uganda , and the war on terror” - Columbia Global Report

[18] « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ».


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2 réactions à cet article    


  • Bertrand Loubard 15 juin 09:23

    A propos du parallélisme, sur le plan de l’« organisation PsyOp », entre la gestion de la crise du génocide des Tutsis du Rwanda et celle de la Covid16, les deux stratégies dont question ci-dessous seraient intéressantes à analyser.
    https://bepax.org/publications/le-programme-ndi-umunyarwanda-une-opportunite-d-expression-vraie-pour-les-rwandais.html
    (« Cet exercice suscite l’indignation au sein de la population et dans l’opinion générale, qui l’apparentent à de la culpabilisation d’enfants ».)
    et
    https://www.youtube.com/watch?v=-PvWUrqHoTE&t=8s
    ou
    https://www.agoravox.tv/actualites/medias/article/bild-demande-pardon-89846

    Bien à moi.


    • Bertrand Loubard 25 juin 21:06

      A propos des cadavres dans la Lac Vitoria

      Reporters would later recall, with retrospective unease, how eerily quiet the first areas captured by the FPR had always seemed. When bodies with their hands tied kandoya-style behind their backs surfaced in Lake Victoria, brought by the Kagera and Nyabarongo Rivers , many observers wondered how fresh genocide victims could be washing down from areas that the FPR had long cleared of interahamwe

      Les journalistes se souviendront plus tard, avec un malaise rétrospectif, à quel point les premières zones capturées par le FPR avaient toujours semblé étrangement calmes. Lorsque des corps avec les mains attachées à la kandoya derrière le dos ont fait surface dans le lac Victoria, amenés par les rivières Kagera et Nyabarongo, de nombreux observateurs se sont demandé comment de nouvelles victimes du génocide pouvaient s’écouler des zones que le FPR avait depuis longtemps nettoyées des interahamwe.

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