Or, que révèle ce monsieur interrogé vendredi 25 juin 2010 sur TF1 dans l’émission « Coupe du Monde FIFA 2010, Le Mag » (1) ? Rien ! Manifestement, il a réfléchi. Les nuits ou quelques stratèges lui ont porté conseil : nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire. Ce principe fondamental qui régit la relation d’information est respecté à la lettre comme il se doit.
1- Deux informations extorquées, révélées à son insu et contre son gré
Si, malgré tout, il est deux informations extorquées - donc plus fiables - qu’on retire de l’ interview du joueur, elles sont évidemment livrées à son insu et contre son gré puisqu’elles lui sont nuisibles.
1- L’une est son infatuation.
Ces stars du football, adulées à longueur d’années, d’antennes et de colonnes de journaux finissent par avoir d’eux-mêmes une haute idée au point de croire entretenir avec "le peuple français" une relation privilégiée. Ainsi Evra ne concevait-il pas, après cette déroute, « de partir en vacances sans avoir parlé aux Français » ! Non à ses supporters, ce qui s’admettrait, mais « aux Français » ! Le ton pontifiant de l’interview donne la mesure de cette infatuation. Peut-il même concevoir qu’il y ait des Français que les milliardaires incultes de son espèce n’intéressent pas ? Sans doute pas !
2- L’autre information est une expression gravement incorrecte, source inévitable d’incompréhensions.
Même si on en avait le soupçon, à force d’ entendre ces individus réciter leurs balivernes stéréotypées lors d’interviews incessantes, on n’imaginait pas comme une star du football pouvait à ce point maltraiter la langue française et friser l’illettrisme.
- Des mots sont impropres : Evra parle déjà de « cicatrice (encore) ouverte » alors qu’il s’agit d’une « blessure » qui vient d’être infligée. Il regrette « l’impact social » au lieu de l’atteinte portée à la réputation de l’équipe de France par son refus d’entraînement. Le titre du journal L’Équipe sur l’injure ordurière d’Anelka est présenté comme une possible « explosion de la presse » : « Donc après voilà y a eu un titre qui fait mal à tout le monde. Mais est-ce que c’est pas une explosion de la presse de tout ce qu’on leur avait pas donné dès le début ? » Le mot « explosion » signifie-t-il « vengeance » dans ce sabir ? Comprenne qui pourra ce charabia !
- Des constructions syntaxiques élémentaires sont, d’autre part, ignorées : « Sortir si un tel avait fait ça, ça se serait passé mieux » - « Donc à partir de là tout le monde sera tiré de droite à gauche pour donner quelques informations. » - « J’ai été interdit de la liberté d’expression » - « Je devais me présenter à cette presse pour faire les excuses de notre geste maladroit » - « Et donc c’est quelque chose que j’ai entretenu avec Mme la ministre » – « C’est pour ça que la douleur a été doublement. » - « Plus que les Français quand ils ne m’ont pas vu sur le terrain n’a fait que confirmer les « on-dit ». » - « J’ai fait mon rôle », répéte-t-il à plusieurs reprises. « Et c’est vrai que j’ai eu l’impression que c’est un peu moi qui a payé tout ça »…
À ce degré d’incorrection, faut-il s’étonner qu’il puisse y avoir avec des individus aussi ignares des difficultés de compréhension ?
Une information donnée tissée de leurres
Si incultes qu’ils soient, pourtant, ces individus richissimes n’en sont pas moins madrés, pour peu qu’ils soient conseillés. On en juge par la gamme de leurres dont a joué Évra pour s’autojustifier et s’exonérer, lui et son équipe, de leurs responsabilités.
1- Le premier est le leurre de diversion qui détourne l’attention du problème posé. Il permet ainsi de ne pas parler des raisons de l’échec de l’équipe de France.
- À la question « Justement, quelles sont les raisons d’un tel fiasco ? », Evra a, par exemple, le culot de répondre : « Je pense que tout d’abord la raison d’un tel fiasco, c’est sur un plan sportif. Je pense que beaucoup de gens ont tendance à oublier qu’on s’est pas qualifié pour un premier tour de coupe du monde. C’est ça la vraie raison. » (sic !) Autrement dit, ou Évra est idiot et ne comprend pas la question ou il feint de ne pas comprendre et prend son interlocuteur pour un imbécile : qui ignore, en effet, que ces pitres ne se sont pas qualifiés ?
- Ensuite il fuit à nouveau la question des responsabilités parce que, dit-il, « l’heure elle est pas à remuer la douleur de tous ces Français ». La prétendue « douleur des Français » est-elle le sujet posé ? Cette compassion est-elle d’ailleurs bienvenue de la part d’un de ceux qui sont responsables de cette prétendue douleur, si toutefois elle existe chez « tous ces Français ». Beaucoup au contraire se réjouissent de cet échec dans l’espoir d’un nettoyage des écuries d’Augias..
- Enfin, il regarde vers un avenir supposé radieux pour oblitérer un passé irrémédiablement désastreux et se lance dans de grandes promesses… qui n’engagent que ceux qui y croient, comme dit M. Pasqua. « Je pense qu’il faut relever la tête et voir l’avenir venir », s’écrie-t-il. « Mais la chose que je peux dire, assure-t-il, c’est que le futur sélectionneur de l’équipe de France aura des joueurs unis et soudés pour redorer l’image de l’équipe de France. Parce que je pense à l’heure actuelle c’est ça le plus important ». De la part d’individus qui viennent de faire la preuve du contraire, pareille promesse n’elle pas saugrenue ?
2- Le second leurre est la tautologie, qui consiste à énoncer des vérités d’évidence. Il aide à remplir le temps d’antenne pour ne rien dire. Qui peut croire, en effet, que le but de la prochaine équipe de France sera de « gagner des matchs » ? Et au cas où Evra n’aurait pas été compris, il fait dans la redondance : « gagner des compétitions », répète-t-il.
3- Le troisième leurre est le leurre de l’euphémisme qui consiste ici à minimiser la gravité d’un acte.
- Evra regrette-t-il la décision fautive de ne pas s’entraîner ? « Je pense que c’est un geste maladroit, convient-il. On s’en est excusé. »
- Mais il se reprend : il regrette non pas l’acte mais ses conséquences qu’il nomme dans son sabir « son « impact social ». Il ne se repent donc pas de cet acte répréhensible, mais déplore seulement qu’il ait été mal reçu : les responsabilités sont reportées sur autrui.
- Mieux il ose présenter cet acte de rébellion comme un acte inspiré par l’amour ! « Après je vous dis, on était dans de telles conditions que des fois par amour on peut faire des gestes de maladresse ». On le sait depuis le pavé de l’ours mal léché dont une fable de La Fontaine raconte la triste ’histoire.
4- Le quatrième leurre est le leurre de la pression du groupe. Comme l’ont montré les travaux de Solomn Asch, le groupe tend à être le critère de la normalité au point que l’individu qui n’adopte pas son point de vue, en vient à se croire anormal. C’est la raison qui le conduit à se conformer à l’opinion du groupe par sécurité et confort, même quand le groupe a manifestement tort. Evra insiste donc sur l’unanimité des joueurs dans la rébellion : « Ça a été une décision du groupe (…) Il y en a pas un seul qui voulait descendre de ce bus et ça je vous le dis avec vraiment une honnêteté totale ». Or, est-ce que l’unanimité d’un groupe dans la commission d’une faute exonère pour autant ses auteurs ? Evra veut le faire croire.
5- Le cinquième leurre est le leurre d’appel humanitaire où les joueurs - C’est le pompon ! - n’hésitent pas à se poser en « victimes » au point qu’on en oublie qu’ils ont leur part de responsabilité dans le désastre. Evra souffre et gémit : « On est vraiment désolé et abattu (…) On a tous mal à l’heure actuelle ». Puis la décision de l’entraîneur de l’interdire de conférence de presse a accru sa souffrance : « Ça a été vraiment aussi un moment très difficile à vivre pour moi et surtout aussi pour l’équipe parce que c’est la première fois de ma vie que j’ai été interdit de la liberté d’expression (…) Ça a beaucoup fait mal ! » Pis, Evra, exclu du dernier match, se présente en victime expiatoire : « C’est vrai que j’ai eu l’impression que c’est un peu moi qui a payé tout ça ».On a compris : le pauvre Evra, gros bobo !
6- Le sixième leurre est le leurre du patriotisme. Evra qui avec son équipe vient de montrer le peu de respect qu’ils avaient pour le maillot national, ose proclamer que « l’équipe de France appartient à personne, (qu’) elle appartient au peuple » ; et il redouble d’ardeur patriotique dans une profession de foi qui s’apparente, sans gêne aucune, à une offre de services futurs dont on se passerait bien : « Je pense que je serai toujours fier, dit-il, de jouer pour mon pays, porter son maillot qui me tient à cœur ». Que n’y a-t-il songé quand il l’avait encore sur le dos ?
7- Le septième leurre, enfin, est le leurre de l’insinuation. Evra lance au passage un avertissement déguisé à l’intention de ses coéquipiers : « Et j’espère, déclare-t-il, que tout le monde restera honnête parce qu’après, avec tout ce qu’on entend, j’espère que sur ce point-là on restera honnête jusqu’au bout. Et on est resté uni jusqu’au bout. »
- En premier lieu, il formule par litote un espoir qui peut-être entendu comme une exigence, sinon une menace : n’est-ce pas lui a lancé la chasse au « traître » qui aurait rapporté au journal « L’Équipe » les injures d’Anelka ? Curieusement TF1 s’est gardé de l’interroger sur les suites de son enquête.
- En second lieu, l’honnêteté qu’il attend de ses coéquipiers, résonne comme une ambiguïté volontaire : s’agit-il de l’honnêteté qui consiste à dire ce qui s’est passé ou de celle qui commande de respecter entre joueurs une promesse commune de silence ?
Parler la langue française, comme on joue au football, avec ses pieds n’interdit pas, on le voit, de manier les leurres avec dextérité pour ne livrer que la représentation des faits que l’on juge la plus conforme à ses intérêts. On ne peut écarter cependant qu’Evra ait été conseillé pour amuser la galerie : son interview est une autojustification tissée de leurres qui évite de livrer la moindre information compromettante. Même invité par TF1 à incriminer l’entraîneur, il s’est refusé à le faire et à admettre l’existence d’une « fracture » entre lui et les joueurs : « J’ai pas de réponse vraiment », a-t-il répondu sans rire. Il semble, du coup, que l’interview n’ait eu pour objectif que de rappeler leur ligne de conduite à tous les joueurs de l’équipe pour qu’il n’y ait pas de nouveaux « traîtres » qui brisent la loi du silence. Paul Villach
(1) Interview de Patrice Evra, capitaine de l’équipe de France de football, sur TF1, le 25 juin 2010 (9 minutes 15)
TF1 . - Première interview après cette coupe du monde : c’était important pour vous ?
Evra . _ Oui, c’était vraiment très important.Parce que je pense que j’allais pas partir en vacances sans avoir parlé aux Français. Doncc’était vraiment important et quelque chose de logique puisque comme j’avais dit, je dirais mon sentiment.
TF1 .- Justement, quelles sont les raisons d’un tel fiasco ?
Evra . – Je pense que tout d’abord la raison d’un tel fiasco, c’est sur un plan sportif. Je pense que beaucoup de gens ont tendance à oublier qu’on s’est pas qualifié pour un premier tour de coupe du monde. C’est ça la vraie raison.
Après, trouver les responsables, sortir si un tel avait fait ça se serait passé mieux. Je pense que personne n’est assez lucide pour dire ce qui s’est vraiment passé parce que la cicatrice est ouverte. Et on a tous mal à l’heure actuelle. Donc je pense que y a eu ce fiasco, on est vraiment désolé et abattu mais je pense qu’il faut relever la tête et voir l’avenir venir.
TF1 .- Est-ce que vous ne regrettez pas cet acte de ne pas vouloir vous entraîner ? Et comment ça vous est venu ?
Evra .- Comme je vous ai dit, je pense que c’est un geste maladroit. On s’en est excusé. Mais que ce soit bien clair, ça a été une décision du groupe, une décision du groupe, et que quand y a eu ce moment d’hésitation de pouvoir descendre du groupe (sic), c’est-à-dire que le groupe est resté uni jusqu’au bout. Personne, il y en a pas un seul qui voulait descendre de ce bus et ça je vous le dis avec vraiment une honnêteté totale. Et j’espère que tout le monde restera honnête parce qu’après, avec tout ce qu’on entend, j’espère que sur ce point-là on restera honnête jusqu’au bout. Et on est resté uni jusqu’au bout.
TF1 .- Vous l’avez regretté de ne pas vous être entraîné ou pas du tout ?
Evra .- On a regretté l’impact social que ça eu sur tout le monde. Après je vous dis, on était dans de telles conditions que des fois par amour on peut faire des gestes de maladresse.
TF1 . – Patrice, les raisons, tout le monde a envie de les savoir : est-ce que vous avez été harcelé pour donner des réponses ? Comment ça va se faire ?
Evra .- Comment ça va se faire ? Je vous le dis sincèrement une enquête sera ouverte par le ministère et tous les joueurs seront entendus. Donc à l’arrivée chacun va dire ce qu’il a vécu et dire la vérité. Donc à partir de là tout le monde sera tiré de droite à gauche pour donner quelques informations. Mais je dirais l’heure elle est pas à remuer la douleur de tous ces Français. C’est pas aujourd’hui qu’il faut commencer à tirer sur qui que ce soit.
TF1 .- Pour revenir à cet épisode du bus : vous vouliez vous expliquer lors de la conférence de presse d’avant match comme c’était prévu ? Raymond Doménech ne vous a pas permis de vous exprimer. Vous avez été fortement agacé. Comment ça s’est fait ?
Evra .- Ça a été vraiment aussi un moment très difficile à vivre pour moi et surtout aussi pour l’équipe parce que c’est la première fois de ma vie que j’ai été interdit de la liberté d’expression. Mais là on parle plus de Patrice Evra, on parle du capitaine de l’équipe de France, on parle d’un groupe. Je devais me présenter à cette presse pour faire les excuses de notre geste maladroit, de l’impact social qu’a causé notre geste. Et donc d’avoir eu cette interdiction, là on dépassait tout. Ça a beaucoup fait mal que ce soit à moi et surtout au groupe. Et je pense que les Français auraient eu ce besoin d’entendre, de voir un visage après ce qui s’était passé. Et donc c’est quelque chose que j’ai entretenu avec Mme la ministre et ses conseillers et le président de la fédération et M. Raymond Doménech. Et elle aussi a compris cette incompréhension quand j’ai dit que j’avais eu l’interdiction de me présenter à cette conférence
TF1 .- On peut dire que c’est une fracture entre Raymond et les joueurs ?
Evra . - J’ai pas de réponse vraiment et je sais pas si le sélectionneur décidera d’en donner, mais on a été touché, on a vraiment été touché, je pense comme les Français ont été touchés de voir personne à cette conférence.
TF1 .- C’était important pour vous de vous exprimer là-dessus ?
Evra . - C’était vraiment important parce que c’était un sentiment sincère. Je pense que c’était primordial.
TF1 .- Les raisons qu’il a données, il a dit « Oui y a assez de parler, faut se montrer sur le terrain. »
Evra .- Mais je venais à la conférence de presse pour aussi parler du match. Je disais que maintenant il fallait remettre la balle au centre. Concentrons-nous sur le football. Mais je venais aussi pour des excuses, pour l’ensemble du groupe. Donc après me dire ce qu’on veut, on m’a refusé, mais il y a une incompréhension totale pour cela.
TF1 .- Justement ce dernier match, vous n’avez pas été titulaire. Est- ce que c’était une punition, une sanction ou un choix de votre part ? Tout a été écrit là-dessus, vous ne pouviez pas jouer ?
Evra .- J’étais totalement en condition de jouer ce match. C’en est aucun choix de ma part. C’est pour ça que la douleur a été doublement. Plus que les Français quand ils ne m’ont pas vu sur le terrain n’a fait que confirmer les « on-dit ». Et ça j’ai été vraiment beaucoup touché. Et j’vous dit, j’ai fait mon rôle jusqu’au bout parce que je suis comme ça. Je pense qu’il faut respecter les choix d’un entraîneur, qu’ils soient difficiles à accepter, mais il faut les accepter, ça c’est mon éducation. J’ai fait mon rôle jusqu’au bout, c’est-à-dire, j’l’ai fait avant le match, dans mon discours sur le terrain, pendant le match et je l’ai fait à la fin du match. Et voilà ! J’ai été touché, mais comme j’ai dit, j’étais venu pour parler pour l’ensemble du groupe. Et c’est vrai que j’ai eu l’impression que c’est un peu moi qui a payé tout ça
TF1 .- Avez-vous des craintes sur certaines retombées notamment, des chamboulements qui vont arriver au sein de la fédération, et de payer cette coupe du monde ?
Evra .- Des craintes non ! parce que je suis resté honnête jusqu’au bout. Donc après, il y aura des conséquences. C’est normal puisque tout le monde a été touché surtout par cet échec sportif. Des changements, c’est obligé qu’y en aura ! Mais voilà, je pense que je serai toujours fier de jouer pour mon pays, porter son maillot qui me tient à cœur. Donc à partir de là après, il y aura des choix qui seront faits. Mais la chose que je peux dire, c’est que le futur sélectionneur de l’équipe de France aura des joueurs unis et soudés pour redorer l’image de l’équipe de France. Parce que je pense à l’heure actuelle c’est ça le plus important. Après, y a pas de miracle, c’est gagner des matchs, gagner des compétitions et s’ouvrir au public. Parce que je pense l’équipe de France, elle appartient à personne, elle appartient au peuple. Et voilà, il faut redonner cette impression, c’est une obligation.
TF1 .- Et le public et les médias, on a eu l’impression que c’était une véritable guerre ?
Evra .- Depuis le début des prises de fonction du sélectionneur, c’est une véritable guerre, une haine. Pour ça que j’dis y a un moment, la presse fait partie du jeu. Et si chaque jour tu donnes pas ce que logiquement ils devraient savoir, c’est-à-dire aller voir tous les joueurs qui devraient parler. Pour ça je dis à tous les joueurs ne jamais refuser d’aller à la presse malgré qu’on peut dire que tu es nul, qu’on peut te critiquer, tout ce que tu veux, mais va parler, parce que t’as des choses à dire. Cette interdiction, tu laisses aux gens le pouvoir de dire plusieurs méchancetés sur ton cas. Donc après voilà y a eu un titre qui fait mal à tout le monde. Mais est-ce que c’est pas une explosion de la presse de tout ce qu’on leur avait pas donné dès le début ? »