• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > La morale et l’action

La morale et l’action

La morale est incompatible avec l’action. C’est là une vérité terrible, insoutenable, et pourtant plus je vieillis plus je m’en convaincs.

On trouve chez Plutarque une anecdote significative, à propos d’Alexandre le Grand : « Il faisait le plus grand cas de l'lliade, qu'il appelait la meilleure provision pour l'art militaire. Aristote lui donna l'édition de ce poème qu'il avait corrigée et qu'on nommait l'édition de la cassette. Alexandre, au rapport d'Onésicritus, la mettait la nuit sous son chevet avec son épée. » Alexandre dormait avec l’Iliade ; il est impossible de l’imaginer dormir avec les œuvres complètes de Platon. Pour agir, il ne faut pas chercher le Bien en soi, il faut lire des récits de batailles, d’égorgements, de carnages.

Et si l’on se penche un peu sur la question, quel a été le rapport des grands philosophes moralistes à l’action, à la vie active ?

Socrate, mis à part quelques expéditions militaires, n’a jamais quitté les murs d’Athènes. 

Platon a mené une vie de professeur. Les trois expéditions qu’il a faites en Sicile pour y établir le gouvernement idéal se sont soldées par trois échecs, dans des circonstances assez humiliantes pour lui.

Plutarque était prêtre d’Apollon à Delphes. Il a mené une vie rangée de père de famille, sédentaire, répétitive, sans faire de vagues.

Examinons à présent la vie des hommes d’action. Nous avons évoqué Alexandre. Qu’en est-il de César ? Qu’en est-il de son rapport à la morale ? Pour ce que nous en savons, il penchait vers l’épicurisme. Nulle part, dans son récit de la Guerre des Gaules, on ne trouve la moindre considération morale. Il ne reconnaît et ne loue que deux vertus : la prudence, le courage.

Ainsi, il faut choisir : une vie morale mais contemplative, ou une vie active mais dégagée de principes moraux. C’est là un choix proprement impossible à première vue. Mais le monde moderne n’a-t-il pas déjà choisi pour nous ?


Moyenne des avis sur cet article :  2.38/5   (16 votes)




Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • Article qui vient à point étant plongée dans la vie de l’Empereur Julien qui conjugue parfaitement guerre et philosophie. Comme s’il avait déjà bien intégré l’esprit du Yi JING 

    extrait. Or si l’on s’estime heureux de quitter le champ de bataill, sans avoir éprouvé aucun échec, on montre plus de force et de courage encore, à résister à la mauvaise fortune. Qui dirait en effet, qu’un pilote est habile parce qu’il gouverne bien son navire, sous un ciel serein et lorsque la mer est tranquille....Au contraire, quelle supériorité ne déploye pas un rocher, qui sait pressentir la tempête, et les moyens de s’y soustraire.

    • Coriosolite 19 mai 18:31
      Bonsoir,

      Votre article est-il une évocation de l’impératif catégorique kantien ou (pourquoi pas) de « l’insurrection morale permanente » formule de JL Mélenchon, entre autres interrogations sur la question « politique et morale couple infernal et introuvable » ?
      Ou autre chose encore qui ne soit pas un souvenir des années bac philo ?

      Cordialement

      • Jean Roque Jean Roque 19 mai 19:03

         
        Socrate a été hoplite, il vénérait la Cité, c’est pour ça qu’il a accepté sa condamnation par le jugement légal, et a refusé l’exil.
         
        Dans la guerre des Gaules il y a des considérations sur les sacrifices humains des celtes, barbares pour César.
         
        L’essence de l’État est constitué par la vitalité éthique. La guerre est l’héroïsme de la liberté humaine, l’éthique pure.
         
        « La guerre comme état dans lequel on prend au sérieux la vanité des biens et des choses temporelles qui, d’habitude, n’est qu’un thème de rhétorique artificielle, est donc le moment où l’idéalité de l’être particulier reçoit ce qui lui est dû et devient une réalité. La guerre a cette signification supérieure que par elle, comme je l’ai dit ailleurs : ‘la santé morale des peuples est maintenue dans son indifférence en face de la fixation des spécifications finies de même que les vents protègent la mer contre la paresse où la plongerait une tranquillité durable comme une paix durable ou éternelle y plongerait les peuples. ’ »

        ’Principes de la Philosophie du droit’ Hegel


        • sls0 sls0 19 mai 22:58

          On choisi les deux sans problème.

          Vous avez compris j’ai une préférence pour Socrate.
          Vous auriez mieux fait de lire Henri Vernes l’auteur de Bob Morane, tout est action dans un esprit chevaleresque.
          Sortir son nez des bouquins pour découvrir le monde c’est pas mal aussi.
          Chez certains guerriers j’y ai vu de sacrées qualités humaines. Pour voir, des conditions parfois extrême ça aide.
          C’est quoi la morale, j’aime bien le minimalisme à la Chamfort : Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà je crois, toute la morale.
          La morale est compatible avec l’action si je m’en tiens à Chamfort.

          • l' hermite Meshuggah 19 mai 23:17

            La morale est incompatible avec l’action. C’est là une vérité terrible, insoutenable, et pourtant plus je vieillis plus je m’en convaincs.


            l’ action a pourtant sa part de morale ... c’ est notre boulet pour courir un cent mètre haies

            • bob14 bob14 20 mai 09:54
              La morale l’action et la mafia...un pléonasme en politique...

              • Ciriaco Ciriaco 20 mai 10:33

                Isolé, un individu pourra exercer son pouvoir individuel selon les termes de la société libérale - l’être dans le marché, avec une retenue qui peut être interprétée comme la marque d’une austérité alors qu’il s’agit du simple fait, celui que nous répétons sans cesse, que le marché ne répond pas, ignore et bafoue certaines aspirations.


                Il y a donc là une réalité morale vis-à-vis de l’action pour qui connait ces différences en lui. Le sens de l’action s’inscrit dès lors plus dans le collectif, en terme revendicatif et il revêt un caractère politique, pris dans le bon sens du terme.

                A ce stade, la question de la morale dans le pouvoir collectif devient très vivante ; elle se nourrit de l’expérience d’une vie on ne peut plus socialement située et renseignée quant aux conséquence de cet ancrage, tout en prenant en compte les complexités et les différentes échelles de l’agir dans ce cadre.

                Cela nécessite de gros efforts et est bien sûr très éloigné du meurtre symbolique, exercé à plein régime dans la société de l’information et du culte individuel, qui permet d’accéder au pouvoir et à la réalisation de soi.

                • Jean Keim Jean Keim 20 mai 18:02
                  Agir ou réagir...
                  C’est quoi une réaction ? 
                  Prenons un exemple simple : nous nous promenons dans la rue et nous voyons une personne à l’air misérable faire la manche, toute personne normalement humaine, je dis bien humaine, spontanément va mettre la main dans sa poche pour prendre son porte-monnaie, cela est une action, mais la pensée entre en lice et formule un truc du genre : mais pourquoi elle ne travaille pas cette fainéante et la main ressort vide de la poche et son propriétaire passe son chemin en détournant le regard, là il y a réaction qui vient toujours après la pensée.
                  Et une action ?
                  Quand nous sommes dans une action vraie nous ne pensons pas à Platon, Socrate ou Alexandre, nous agissons voilà tout.

                  Alexandre, César, Napoléon, la plupart du temps n’étaient pas des hommes d’action, ils agissaient avant tout en suivant un dessein, en tacticien, en homme en quête de gloire, de puissance, ils réagissaient à leur démon intérieur, dans la bataille Alexandre, un hoplite, un légionnaire ou un grognard étaient peut être dans l’action, c’est l’état mental qui assure la plus grande chance de survie dans un combat.


                  • Christian Labrune Christian Labrune 20 mai 18:26
                    La morale est incompatible avec l’action. C’est là une vérité terrible, insoutenable, et pourtant plus je vieillis plus je m’en convaincs.
                    ===============================
                    à l’auteur,
                    Cette formulation à l’emporte-pièce n’a pas beaucoup de sens. Que l’homme d’état puisse être obligé quelquefois de s’affranchir de la morale, on en a été conscient très vite, et bien avant Machiavel, Je relisais il n’y a pas si longtemps les Mémoires de Louis XIV à propos de l’exercice du« métier de roi » ; les questions morales sont partout présentes, orientent la réflexion, prétendent déterminer l’action. Le bonhomme aura commis bien des erreurs, sans doute, y compris morales, mais c’est que l’action, comme disait Baudelaire, « n’est pas la soeur du rêve ».

                    Bref, le thème du bon gouvernement a toujours été, dès le moyen-âge, et particulièrement après Thomas d’Aquin, au centre de toute réflexion sur la politique ; à la fin de la Renaissance, La République de Jean Bodin n’y fait pas exception, et les tragédies de Corneille mettront admirablement en valeur, pour un public élargi, ce type de questionnement.

                    Vous ne pouvez pas dire, si vous considérez des hommes d’action comme Churchill ou De Gaulle, qui ont laissé des témoignages écrits sur ce qu’ils avaient essayé de réaliser - et assez bien réussi - que la réflexion sur la morale leur soit étrangère ; elle est même à l’origine de leurs engagements.

                    • Jean Roque Jean Roque 20 mai 18:40

                       
                       
                      HÉROS DU BOBO = CHIURE
                       
                       
                      Nappée de diarrhée victimaire...
                       
                      Lâche migrant qui ne se bat pas pour son pays, et autres pôôvresses actrices victimes du machisme des favelas d’Hollywood
                       
                       
                      Le héros du gogochon est à son image, une petite merde, celle finale de l’Occident.


                      • Blé 21 mai 12:46

                        A quoi sert la philosophie quand on arrive dans un XXI siècle plus barbare que jamais ?

                        Pierre Rabi a eu l’intelligence des gens qui observent la terre, la cultive, la travaille et l’aime pour se faire une philosophie qui part d’actions pour le bien et le mieux des êtres humains.

                        Ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui, ce sont des êtres humains qui potassent moins la philosophie et réfléchissent un peu plus à l’émancipation des êtres humains par rapport à l’argent, à la guerre, aux profits indignes grâce à la suprématie de l’argent sur tout le reste des activités humaines.


                        • shadrack shadrack 21 mai 12:57

                          @Blé

                          Votre belle réflexion, idéaliste en diable..., n’est-elle pas un plaidoyer pour l’idée de Dieu ?

                          « quand on arrive dans un XXI siècle plus barbare que jamais ? »
                          Cette assertion reste à démontrer : historiquement, c’est inexact.

                          « Le XXI siècle sera spirituel ou ne sera pas » semble t-il inévitable ?



                        • @Blé


                          Relisez : Le blé en herbe. Peut-être y trouverez-vous un peu de grain pour votre moulin à réflexion. 

                        • Blé 22 mai 13:56

                          @shadrack

                          Ma réflexion n’est pas un plaidoyer pour l’idée de Dieu ou d’ un dieu mais pour l’idée d’une spiritualité.

                          Essayé de rationaliser l’irrationnel débouche sur le spirituel. La spiritualité n’a pas besoin de philosophe encore moins besoin d’une religion ou d’un Dieu.

                          Ce qui n’est pas le cas des religions et des philosophes qui se sont emparés de la spiritualité (certains l’ignorent) pour imposer un pouvoir, leur pouvoir sur les esprits. C’est à cela que je pense car la « civilisation » telle qu’elle est aujourd’hui reste grandement barbare (traitement des personnes âgées, des immigrants, des handicapés, etc...)


                        • Adepte de Kabaleb, celui-ci revient souvent sur la problématique du « passage à l’acte ». C’est très complexe. L’agir étant déterminé par les parts d’ombres et souvent noires de l’inconscient. Ssi l’individu en avait conscience, il n’agirait pas ses pulsions perverses. Question : selon quel critère pouvons-nous juger de la perversité d’un passage à l’acte ?


                          • titi 21 mai 13:36

                            @L’auteur

                            C’est quoi la morale ?

                            Comment la mesure-t-on ?


                            • Jean Roque Jean Roque 21 mai 19:36

                               
                              La morale politique n’est pas la morale individuelle, depuis Aristote on savait ça, mais le Flamby aime se branler à la sainteté


                              • Taverne Taverne 22 mai 09:49

                                Mais !!! Que faites-vous de Marc Aurèle, homme d’action et penseur ? « Pensées pour moi-même. »
                                Un oubli de taille.

                                « La morale est incompatible avec l’action. » C’est un jugement lapidaire : la morale a été créée pour l’action. Sans l’action, elle n’a pas de raison d’être. Cela dit, elle se prête mieux à l’esprit de celui qui regarde agir qu’à l’esprit de celui qui agit.

                                La morale est à jeter, seule compte l’idée du Juste, qui se montre dans la symétrie.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Laconique

Laconique
Voir ses articles






Les thématiques de l'article


Palmarès