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Accueil du site > Tribune Libre > Le capitalisme dans sa phase ultime ?

Le capitalisme dans sa phase ultime ?

Les événements en cours nécessitent du recul pour être compris.

Le système dans lequel nous sommes installés ne date pas d’hier, mais a ses origines aux Pays bas et au Royaume uni, avec la création des sociétés anonymes.

C’est le développement industriel qui a permis au système sa complète domination. Dans un premier temps, les produits étaient destinés au développement des infrastructures industrielles (comme les chemis de fer) ou à une minorité privilégiée. Des périodes de prospérité, d’innovation, d’extension de la productivité étaient suivis de crises, d’effondrement de la production, de chômage massif, dont deux ont débouché sur des guerres mondiales.

Après la deuxième guerre mondiale, le modèle fordien, l’élévation de la productivité, ont renforcé le système, devant désormais faire face à la concurrence du socialisme. La société de consommation pouvait offrir aux travailleurs un échappatoire à l’aliénation. En ce sens, mai 68 a été une crise de développement, les étudiants voulant la liberté qui était inscrite en filigrane dans la consommation et les travailleurs en désirant les produits eux-mêmes.

Le capitalisme a ainsi accru son efficience, faisant entrer la classe ouvrière dans le mirage de l’ère de la prospérité.

Le premier choc fut celui de la crise du pétrole, en 1973, provoquant le début de l’extension du chômage, qui était en réalité la crise du modèle consumériste par la baisse des taux de profit. En France, l’ère Giscard commençait, avec un desserrement du point de vue sociétal et un resserrement du point de vue social.

Face à cette perte de taux de profit, s’est dessiné progressivement un nouveau modèle, dans lequel la production réelle de produits physique a été remplacée par des produits ou services immatériels. Bill Gates fait alors sensation avec ses logiciels MS DOS, Windows, Word et Excel. D’abord sur disquettes, puis sur CD ROM, puis téléchargeables, le vecteur de fabrication, et donc son coût, devenait négligeable face au prix final du produit. La plus-value explosait, ne nécessitant plus de reproduction unitaire du travail, le système capitaliste avait trouvé une nouvelle manne et s’est converti en un système fianciaro-immatériel.

La reproductibilité a concerné non seulement les logiciels, mais tout dont l’écart entre la part immatérielle et matérielle était suffisant pour créer des profits importants. La partie immatérielle peut être le produit lui-même (logiciel), un brevet (vaccin), une marque (produits à bas coût vendu chers par la renommée de la marque), ou une partie du produit qui contient de l’immatériel (un objet connecté). Le vecteur lui-même peut être le produit ou un service. Par exemple, Google est un vecteur de profit immatériel, mais l’usager n’est pas le client, mais le matériau pour un client qui peut être une entreprise (annonceur), ou un service d’État (surveillance et contrôle).

Le système a ainsi bien fonctionné jusqu’en 2008, lorsque la financiarisation de la société a été remise en question. Par ailleurs, la concurrence, les logiciels open source, la lucidité croissante des utilisateurs, ont progressivement contribué à affaiblir le système.

L’un des vecteurs de cet affaiblissement a été le hiatus progressif entre l’Occident et la Russie et la Chine, qui se sont mis à créer des services parallèles et indépendants des grandes entités capitalistes occidentales. Ce fut une des raison de la crise, puis de la guerre, entre l’Occident et la Russie, associé au désir d’accéder à ses ressources précieuses.

Le système devenu turbo-capitaliste immatériel avait besoin d’une porte de sortie, celle-ci fut l’espoir contenu dans l’IA, redonnant du souffle aux entités capitalistes immatérielles. Cependant, cet espoir est mis en cause durablement par les besoins énergétiques nécessaires au fonctionnement des data center. On revient de fait au modèle du capitalisme classique, puisque l’information donnée par l’IA n’est pas reproductible à l’infini sans coût, mais au contraire demande une quantité d’énergie avec un coût qui plombe durablement les taux de profits, et nécessite de la part du client un investissement qu’il peut ne pas vouloir assumer. On entre à nouveau dans une impasse.

La sortie de cette impasse passe par un client fiable, financièrement bien doté quoiqu’il advienne, souverain de ses choix, autrement dit, un État. Que peut demander un État déjà surendetté à une entreprise de ce niveau, sinon la préparation de la guerre.

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La guerre devient ainsi la seule porte de sortie valable pour sortir des crises répétitives du système capitaliste, puis turbo-capitaliste, devenant ainsi un système polemo-capitaliste.

D’où la volonté d’extension à tout prix de la guerre, quoi qu’il en coûte, puisque seule celle-ci va assurer la poursuite de hauts taux de profits souhaités par le système. Quant au chaos généré par elle, il est également souhaité dans la mesure où il contribue à l’affaiblissement de la population, voire son extinction, qui à la fin constitue le réel objet de cette guerre perpétuelle.

En ce sens, la montée des prix de l’essence, la destruction des systèmes d’éducation, de santé, de justice, de transport, la division violente des populations entre fascistes et anti-fascistes, jeunes et vieux, immigrés et autochtones, fait aussi partie de cette guerre, car toutes ces structures ont un coût désormais jugé inutile, puisqu’il n’y a plus ni besoin de main d’œuvre ni de consommateurs, mais de guerriers et de victimes et que les divisions internes sont les bienvenues. Seule une petite élite restera intégrée dans le système de production en grande partie immatériel.

Mais ainsi, le système capitaliste ne se situe plus dans la perspective d’un avenir radieux, d’une extension perpétuelle, mais au contraire de contraintes chaque jour plus insupportables, d’un avenir toujours plus sombre, et finalement d’une extinction possible de la civilisation par l’usage sans retenue de systèmes de destruction qu’il ne contrôle plus.

Dans cette mesure aussi, il est normal que ce soient les jeunes qui s’emparent de la protestation, car ce sont eux les futures victimes de cet avenir sans futur.


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2 réactions à cet article    


  • Étirév 28 octobre 16:55

    Aujourd’hui, le monde capitaliste et le monde socialiste évoluent vers le même type de société. Le poids de l’administration, l’omnipotence de l’Etat, la puissance des multinationales et des grands intérêts financiers, font que les hommes ne sont guère plus que des pantins en face de ces gigantesques pouvoirs. Ceux-ci aspirent au mondialisme, à une société uniformisée qui leur offrirait, par toutes ses possibilités d’exploitation, une puissance inégalée et un pouvoir absolu.
    En 1964, dans « Humanisme et Culture », Edgar Faure écrivait : « Le système capitaliste de l’Occident et le socialisme de la Russie (aujourd’hui on pourrait dire des « BRICS ») cheminent l’un vers l’autre, vers la solution de synthèse ».
    La « solution de synthèse » dont il est question ici, n’est-elle pas, en effet, l’aboutissement de cette fausse unification finale dont parle l’Apocalypse de Jean, ce processus désagréable qu’aujourd’hui nous voyons bien réellement se mettre en place sous la forme d’un « Supergouvernement » mondial régulateur que les « Puissance d’argent » (banques et multinationales) contrôleront totalement, et que l’on désigne généralement aujourd’hui du doux nom de « Nouvel Ordre Mondial » ?
    NB : Quels sont les deux grands ennemis de la civilisation dont nous nous glorifions d’être les tenants ? Il y en a deux, inégalement redoutables, mais causes certaines et les plus effectives du malaise mondial : la finance ou le capitalisme international d’une part, le bolchevisme ou le communisme de l’autre. Celui-ci n’est souvent que la forme brutale du premier. En tout cas ils se tiennent par les liens les plus étroits, l’un aidant l’autre et le subventionnant. Tous deux créent la panique, prélude à la terreur, par la propagation des fausses nouvelles, la suggestion d’une presse à gages, qui démoralise l’adversaire et qui décourage la résistance. Tous deux soudoient les révolutions, renversent les gouvernements, dépossèdent les souverains. Tous deux organisent la spoliation de l’épargne et de la propriété. Tous deux produisent, ou imposent, l’égalité dans la ruine et dans la misère. Poussé par des instincts de lucre ou de domination, égaré aussi par le rêve impossible de Babels humanitaires, le capitalisme international s’abat brutalement sur le pauvre monde ; il renverse, bouleverse et saccage pour l’assouvissement de la plus grossière cupidité, ou la réalisation des plus creuses chimères. Avec tous ses calculs, il agit comme une force aveugle, qui produit et qui détruit avec l’inconscience de la nature.
    Autant le capital est sage, réglé, conservateur, prévoyant dans son principe, autant le capitalisme international est révolutionnaire par essence, insoucieux de la mesure, de la stabilité, comme de l’avenir, ignorant du bien et du mal, amoraliste absolu.
    Dans quelle mesure le communisme bolcheviste peut-il se passer de cette finance destructrice, semeuse de révolutions, de guerres atroces et de ruines, c’est ce qu’il faudrait pouvoir examiner de près. Ceux qui jouent ce jeu sinistre ne se montrent pas à visage découvert.
    Un « Plan » à Long Terme ?

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