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Le monde complexe en l’homme. Son double moi, sa pensée et sa destination dans l’existence

 Dans un livre « La destination de l’homme » que J. G. Fichte (1) a écrit et publié en 1800, et qu’il veut qu’il soit « populaire » : « Ce livre n'est pas destiné aux philosophes de profession (...) Il devrait être compréhensible pour tous les lecteurs qui sont, d'une manière générale, capables de comprendre un livre » et qui peut constituer une meilleure introduction à une pensée difficile. Prenons un passage (pages 35 à 38) dans la première partie du livre, « Le doute ».

« Moi, avec tout ce qui m’appartient, avec tout ce qui est à moi, je suis emprisonné dans les liens de la nécessité. Pour mieux dire, je suis un des anneaux de sa chaîne inflexible. Il fut un temps où je n’étais pas encore ; d’autres me l’on dit du moins qui vivaient alors, et bien que je n’ai jamais eu par moi-même la conscience de cette époque dont ils m’ont parlé, j’ai été contraint qu’ils disaient vrai. Il fut un temps où je naquis ; où après avoir peut-être déjà été pour d’autres, je fus aussi pour moi-même ; où se manifesta en moi la conscience de ma propre existence. Depuis lors, ce sentiment ne m’a jamais quitté, je n’ai jamais cessé de sentir au dedans de moi, des facultés, des passions, des désirs, des besoins : en un mot, j’ai été un être de telle ou telle espèce appelé à vivre dans le temps.

Je ne suis pas né de moi-même. De toutes les absurdités la plus choquante serait, sans doute, de supposer que j’ai été avant d’être, que j’ai préexisté à ma propre existence, afin de me la donner. Je suis par conséquent le produit d’une force dans le siège est au-dehors de moi. D’un autre côté, comme je suis partie intégrante de la nature, cette force qui m’a donné l’être ne saurait être qu’une force universelle qui se manifeste dans la nature entière. Le moment de ma naissance, ainsi que les attributs essentiels qui me constituent et avec lesquels je suis venu au monde, ont dû être déterminés par cette force, et il en est de même aussi sans doute de toutes les façons diverses par lesquelles ces attributs se sont jusqu’à manifestés dans le monde, de toutes celles par lesquelles ils s’y manifesteront à l’avenir. Il était de toute impossibilité qu’à ma place un autre naquit. Il serait de même de toute impossibilité que je fusse à un seul instant de mon existence autre que je ne suis en effet.

Mes actes, il est vrai, sont toujours accompagnés d’un sentiment de conscience ; ils le sont parfois de réflexions, de volonté, de résolution ; mais cela ne témoigne de rien autre chose que de certaines modifications de la conscience, et ne peut infirmer en rien ce que je veux dire. Il est dans la nature des plantes qu’elles croissent et se développent ; il est dans celle des animaux qu’ils se meuvent volontairement ; c’est ainsi qu’il est dans la nature de l’homme de penser. Pourquoi supposerais-je que la pensée soit une chose qui appartienne plus en propre à l’homme que je n’ai supposé que la faculté de croître appartienne à la plante, celle de se mouvoir à l’animal ? Serait-ce parce que la pensée est en elle-même plus noble, et chose d’un ordre plus élevé que l’organisation des plantes et le mouvement des animaux ? Ce serait là une raison qui ne mériterait pas d’avoir quelque influence sur l’esprit d’un observateur impartial et de sens rassis. Serait-ce parce que je ne puis me rendre compte comment il se ferait qu’une intelligence en dehors de l’homme pensât dans l’homme ? Mais puis-je me rendre un compte plus satisfaisant de la façon dont il se fait que d’autres forces, dont le siège n’est pas davantage dans les plantes ou les animaux, fassent pourtant croître les plantes et mouvoir les animaux ? Ne faut-il pas admettre une fois pour toutes que les forces primitives de la nature sont inexplicables en elles-mêmes par la raison que ce sont elles qui servent à tout expliquer.  »

Que peut-on dire de la pensée de Fichte sur lui-même, sur la nature dont il fait partie intégrante ? Il y a ce questionnement légitime qu’il pose, mais n’obtenant pas de réponse, il déduit que tout revient aux forces primitives de la nature qui sont inexplicables mais expliquent le tout sans que l’homme puisse comprendre l’essence de la nature. En clair, il n’est pas donné à comprendre le tout pour la simple raison qu’il perdrait son sens même d’exister.

On peut comprendre cette impossibilité de comprendre le tout, la nature, comme une protection de l’homme dans son sentiment d’exister. Et c’est l’intérêt donné à l’homme pour comprendre et se comprendre, de s’interroger en permanence de sa nature d’être. Du moins pour le philosophe qui fait métier la compréhension de la nature humaine. L’homme tout court quel qu’il soit peut aussi s’interroger, il viendra lui aussi à la même conclusion. Une « intelligence extérieure à tout gouverne le monde ». Et là encore, l’humain n’est pas certain que cette intelligence soit extérieure à l’homme.

Peut-on penser comme le dit Fichte « Serait-ce parce que je ne puis me rendre compte comment il se ferait qu’une intelligence en dehors de l’homme pensât dans l’homme ? » Rien ne prouve que cette intelligence qui pense dans l’homme soit en dehors de l’homme. Il est peut-être plus logique de dire que l’« Intelligence universelle » est à l’intérieur de chaque partie dusse-t-elle être infinitésimale dans l’univers. L’univers serait alors l’expression de cette Intelligence universelle.

Mais ceci étant, au-delà de l’homme, qu’est-ce que la nature ? Fichte n’a pris que la plante qui croît et l’animal qui se meut. Et ce qui ne croit pas ni ne se meut ? Que ce soit la pierre, un objet quelconque inanimé ? Pour comprendre, je reprends une réponse que j’ai donnée à un commentaire qui m’a été transmis. (2) « Supposez que vous êtes une chaise et ayez une pensée, et là, vous regardez le menuisier qui vous a conçu à partir du bois. Donc, parti d’un morceau de bois, le menuisier vous transforme en chaise. Et il vous vend à des gens qui vous mettent dans la salle à manger, par exemple. Et vous, en tant que chaise, passiez votre vie dans cette maison. Et on s’assoit sur vous matin et soir, vous avez une pensée, et vous regardez le temps passé. On vous nettoie, puis un jour, un de vos pieds se brise, on vous répare, et ainsi de suite jusqu’à ce que vous ne pouvez plus être une chaise. Donc, d’autres chaises neuves.

La question qui se pose, vous étiez une chaise pensante, on vous déplaçait, mais imaginez que c’est vous qui l’on déplaçait, c’est-à-dire les gens qui vous déplaçaient en fait étaient invisibles. Vous fournissiez un travail puisque ces gens vous déplacez et vous servez à quelque chose. Et ces gens en fait sont vos pensées que vous ne connaissez pas. »

En fait, cet exemple sur la chaise que l’on a doté de pensée alors qu’elle ne pense est révélateur des éléments qui composent la Nature. Au-delà même de la pensée, on peut considérer que le menuisier, en créant une chaise, a créé une intériorité dans cette chaise, en clair ce pour quoi elle doit servir. Cette chaise, utile à l’homme, joue un rôle dans son existence, elle fait partie de son existence. Le menuisier qui l’a construite ne l’a pas construite sans un objectif précis, sans une pensée constructive précise. La chaise a donc un rôle dans l’existence de l’homme. Ce qui est valable pour la chaise est valable pour la pierre, pour le sable, pour l’arbre et le bois qu’il donne ensuite. Enfin pour tous les composants de la nature. L’air par exemple nous permet de respirer.

Le milieu dans lequel vit l’homme est son extériorité, ou encore son moi extérieur. Un peu comme cette chaise confrontée à son milieu extérieur. Certes la chaise ne pense pas, la pierre, le sable et tous les composants de la terre qui n’ont pas de vie proprement dite, mais ils existent et contribue au monde humain. Ils n’ont pas de conscience, mais ils subissent tous l’extériorité, de plus ils ont une destination dans le sens qu’ils servent dans l’écosystème terrestre. L’homme a besoin d’air pour respirer, il a besoin d’eau pour boire, des fleuves, il a besoin de terre et de plantes qui y poussent pour se nourrir, il a besoin d’animaux pour se nourrir, il a besoin de pierre, de sable, de bois, de fer pour construire ses habitations et son industrie. Donc l’existence de l’homme dans son milieu terrestre est un tout. Tout est nécessaire dans ce tout. On doit dire que l’extériorité répond à son intériorité. Que ce soit pour les besoins de son corps qui est une nécessité que pour cette intériorité dépendante de cette extériorité. En clair, il est par lui-même, mais aussi par ce qui est extérieur à lui.

Mais dans ce tout, qu’est-il réellement ? Si la chaise a une intériorité et qu’elle a une fonction pour son emploi pour l’homme, donc confronté à son extériorité et servant pour cette extériorité qu’elle n’a pas choisi, puisque le menuisier qui est l’homme l’a construite l’a construite pour qu’elle lui serve, dès lors, on peut se poser à juste raison une question préalable pour la connaissance du sens de l’homme dans l’écosystème terrestre. La question est simple. « L’homme a-t-il réellement construit la chaise ? Et par quel moyen  ? » La réponse tombe d’elle-même, bien sûr c’est l’homme qui a construit la chaise. Le problème qui se pose néanmoins est que s’il a construit la chaise, ce n’est par ses moyens propres mais par ceux qui lui ont été donné par comme dit Fichte « par les forces primitives de la nature qui sont inexplicables en elles-mêmes  ». Et le moyen essentiel dans tout ce qui fait l’homme dans son existence est sa « pensée ». En clair, ce n’est pas lui qui a construit la chaise mais sa pensée qui a pensé en lui ce qui est nécessaire pour les besoins de son existence. Donc sa pensée joue un rôle de véhicule, et aussi de transmetteur d’ordre de ce qu’il doit faire entre son moi intérieur et son moi extérieur.

Évidemment, dans ce contexte, dans ce raisonnement, l’homme doit s’abstraire, sortir de son intérieur et se regarder dans sa réalité. Un homme qui ne se pose pas ces problèmes de métaphysique a-t-il besoin ces problèmes ou même peut-il s’apercevoir qu’il pense ? Il n’a point besoin de s’apercevoir qu’il pense puisqu’il est tout simplement et ses problèmes au quotidien lui suffisent. Mais celui qui les pense ne les pense pas de lui-même, en réalité ces pensées lui viennent, et il se retrouve à réfléchir ses pensées. Est-il plus curieux que celui qui ne les pense pas ? Non, ces pensées viennent tout simplement comme elles sont venues aux menuisiers pour construire des chaises.

Donc, dans cet existant partagé entre son moi intérieur et son moi extérieur, et qui constitue l’être réel de l’homme, dans le sens que ce réel lui vient par soi et la réalité combien même extérieure celle-ci lui arrive aussi par soi, et c’est la raison pour laquelle il a été précisé que les deux « moi » intérieurs et extérieurs relèvent de son essence et que traduit le véhicule qu’est la « pensée ». Il existe donc une logicité entre les « deux moi ». Et cela a une conséquence fondamentale au point que l’on arrive à une question essentielle : « Qu’est-ce qui précède ma pensée ou mon existant ? »

Jean-Paul Sartre dira « l’existence précède l’essence. » Mais quand lorsque l’on regarde que le soubassement de tout ce qui fait la réalité, et par conséquent le moi extérieur, on ne peut s’empêcher que le moi extérieur, l’« extériorité », ne vient pas à l’être par lui-même mais de l’Essence, des forces primitives dont Fichte n’en sait rien, qui est dans l’homme et qui génère le moi intérieur et le moi extérieur et permette à la pensée qui se définit « humaine » de penser dans l’homme. Donc l’homme est cette complexité difficilement saisissable. Et si Jean-Paul Sartre met en avant l’existence avant l’essence, c’est que probablement l’existence lui apparaît plus à même d’expliquer pourquoi l’homme existe. C’est l’existence qui est si on peut dire l’effet de la cause, et non la cause dont on a besoin de dire pourquoi puisque la cause n’apporte rien de déterminant dans l’effet, si ce n’est qu’elle apporte l’effet.

Prenons un exemple réel qui a existé, dont l’auteur de ses lignes en a vécu cet existant. « Un homme se trouve en mer en train de se noyer non loin de la terre ferme d’une une plage. J’étais à l’écart des autres baigneurs, seul dans cette partie de la mer. Cet homme est en train de mourir, mais il était encore conscient. Tout ce qu’il sait de ce qui lui est arrivé lors de ce début de noyade, c’est qu’il regardait le ciel, et ce ciel qu’il connaît pourtant lui apparaissait très beau, comme s’il rêvait. Il avait cette sensation qu’il allait mourir, mais tout lui paraissait beau dans cette situation où il se trouvait tout seul entre ciel et mer.

Sa pensée qui pense en lui et lui donne une autre vision de son existence dont il n’a jamais soupçonné que lorsqu’on meure, on meure heureux. Plus encore dira-t-il « paradisiaque  ». Qu’est-ce que c’est alors cette approche de la mort que l’on qualifie toujours d’angoissante. Et cette pensée qu’il a eue d’un ciel « colorée », « protecteur », n’est-elle pas que l’effet trompeur de ma terre qui tourne parce que je suis près de l’évanouissement, et prêt à partir, prêt à quitter définitivement l’existence. Sûrement. Puis vient l’« extériorité » qui va changer le cours de mon histoire. Une pierre que je sens sous mon pied brusquement me réveilla de ma torpeur dans cette « félicité » me commanda, à travers ma pensée, un sursaut faisant brasser frénétiquement mes bras, et donc à brasser de l’eau sans relâche jusqu’à ce que je ne fus qu’à quelques mètres du rivage de la plage. Et là, certes j’étais sauvé, mais je ne pouvais plus me lever, j’avais les jambes comme mortes, je ne les sentais plus mes jambes. Je hélais les baigneurs qui passaient qui, me voyant leur faire signe, sont venus à mon secours. Ils me sortirent de l’eau. Il fait le dire « j’ai échappé à la mort grâce à cette extériorité, cette « pierre » qui, heurtant mon pied, m’a réveillé de ce rêve vécu qui allait m’emporter. »

Est-ce que l’existence précède l’essence ? En apparence oui, la pierre qui est réelle a opéré ce miracle. Mais cette pierre fait partie du moi extérieur dans l’homme, et s’est aussi adressé au moi intérieur qui est aussi dans l’homme, et donc aussi à la pensée qui est dans l’homme. Précisément c’est ce complexe existentiel dans l’homme lui venant de son essence qui régit la réalité de mon être. En clair, l’existant n’est que ce que donne l’Essence à l’homme de sentir, de comprendre son existence. Si, par exemple, cette extériorité, cette « pierre » n’avait pas existé sous on pied, je serais parti, j’aurais cessé de vivre. Mais cette « pierre » qui n’est qu’une pierre a une signification dans mon moi extérieur qui existe en moi et ce moi le doit à mon essence. Par conséquent c’est mon essence qui a senti cette pierre et a enjoint mon corps à me sortir de cette situation. Au final, « c’est l’essence qui précède l’existence. » Plus encore, sans l’essence, il n’y a pas d’existence.

Dès lors, il faut encore dire qu’une autre instance a joué en moi dans mon existence. Qu’en est-il de cette instance ?

Pour cela, nous allons faire un détour et revenir à un passage de Fichte dans son livre « La Destination de l’Homme ». Il écrit page 48, 49. « Donnez la conscience à un arbre ; puis laissez-le croître sans empêchement, étendre ses branches en liberté, pousser en liberté les feuilles, les fleurs, les fruits de son espèce. Certes il ne cessera pas de se trouver libre parce qu’il est un arbre, qu’il est un arbre de telle espèce, et que dans cette espèce il est tel individu. Il se croira toujours libre au contraire, parce que tout ce qu’il fait il est poussé à le faire par sa nature intime, et il ne peut vouloir autre chose, puisqu’il ne peut vouloir que ce qu’elle réclame. Faites ensuite que sa croissance soit arrêtée par la rigueur d’une saison intempestive, par le manque de nourriture ou pour tout autre cause, l’arbre se trouvera gêné, empêché, parce qu’il sentira en lui une tendance à se développer à laquelle il ne peut satisfaire. Liez enfin ses branches toujours libres jusqu’à ce moment, garrottez-les en espalier ; forcez-les par la greffe à porter des fruits qui lui sont étrangers, et l’arbre se trouvera opprimé dans sa liberté. Il n’en continuera pas moins de croître, mais ses branches s’étendront dans une direction qui ne leur était pas naturelle. Il n’en portera pas moins des fruits, mais ce seront des fruits auxquels répugnera sa nature intime.

Dans ma conscience immédiate, je m’apparais donc libre ; mais la contemplation de la nature ne tarde pas à m’enseigner que la liberté est impossible. La liberté est tenue d’obéir aux lois de la nature.  » 

Évidemment, Fiche personnifie, à travers cette abstraction d’un arbre pensant, les obstacles auxquels fait face l’homme dans son existant. Il est évident que l’homme dans son monde complexe ne peut être libre dans l’absolu. Pour la simple raison qu’il est dépendant non seulement de ses deux moi et de sa pensée qui viennent de l’essence mais aussi de sa destination. L’homme est prédestiné par essence, il relève d’un but dans son existant qu’il ne connaît pas. Tout comme l’« arbre pensant » ou la « chaise pensante » qui relèvent de leur nature intime, c’est-à-dire ce qu’ils sont depuis leur venue à l’existence, et aussi ce qu’on fait d’eux par leur nature intime.

Prenons l’exemple d’un ouragan qui vient déraciner un arbre, cet arbre ne va-t-il pas se dessécher puis mourir servant à autre chose, du bois par exemple pour réchauffer une maison, ou pour autre chose. Cet arbre comme l’homme est prédestiné. Il y a donc une « idée de destination » dans l’existence, qui constitue une autre instance moins visible mais néanmoins essentielle dans l’existence de l’homme.

En revenant, à la « pierre  », cette extériorité qui m’a sauvé en réveillant les instances intérieures en moi, montre simplement que ma mort n’a pas sonné, que je devais vivre encore. Et dans cette instance, s’incarne la « destination » de l’homme dans son existence qu’il ne connaît pas, ce qui explique le degré de la complexité de l’homme. Un monde que ne fait que penser l’homme parce qu’il existe parce qu’il pense et il pense pour exister sans penser un instant que tout ce qu’il fait il le fait en pensant. Et se faisant, il se dirige vers sa destination sans penser qu’il le fait au moyen de sa pensée. Il n’est donc absolument pas libre, combien même il se croit libre.

Lorsque Fichte énonce : « La liberté est tenue d’obéir aux lois de la nature.  », il exprime simplement ce qu’il a déjà dit pour l’arbre à qui il lui a supposé une conscience. A l’homme, à qui lui est octroyée une conscience, ce qui est un fait avéré, il demeure que « l’homme, combien même il se croit libre, est astreint par sa nature intime à faire ce que celle-ci le pousse à faire.  » Ce qui fait qu’il n’est pas libre dans l’absolu.

Pour étayer cette approche qui est très réelle dans la complexité de l’être, prenons l’exemple du migrant qui veut traverser la mer méditerranée avec d’autres migrants pour rejoindre l’Europe. Peu importe qui il est ce migrant, c’est un être humain qui cherche à s’évader de son pays pour rejoindre une terre qu’il pense sera la solution à son infortune. Comme on l’a énoncé, ce migrant est doté de deux moi, un intérieur et un autre extérieur et de sa pensée qui régit son être. On peut comprendre par le désir du migrant d’affronter le danger d’une traversée de la Méditerranée sans aucune garantie pour sa vie, donc d’accepter de mourir pourvu qu’il quitte son pays d’origine avec cet espoir de trouver une terre d’asile qu’il ne trouve pas chez lui, montre que son moi extérieur est déjà arrêté pour cette traversée. En clair, ce moi extérieur comme ce moi intérieur ont été forgé au fil des ans, se sont construits au fil des ans, où l’homme devenu migrant n’est en fin de compte que le produit de son histoire telle que celui-ci l’a vécue. Donc, en fin de compte, ce n’est pas l’homme qui est devenu migrant, mais c’est parce que ses deux moi qui se sont auto-construit l’ont transformé migrant. Et sa pensée n’a fait que renforcer « ses moi ».

Au final, il n’est pour rien dans ce qui a été son existence, il n’a rien à assumer puisqu’il est « conçu » ainsi pour devenir migrant. Qu’il traverse ou qu’il meure durant la traversée, il ne perd rien sinon son infortune qui est cristallisée par son moi extérieur impactant son moi intérieur et vivifiée par sa pensée. Sa décision dans son intériorité est prise, il est soit un « être-pour la mort » soit un « être pour la vie ». Et tout reste du ressort du hasard de l’aventure, qui n’es autre ce à quoi est sa destination.

Un autre exemple pour étayer cette complexité de l’être, et de nouveau un passage que l’auteur relate d’un vécu dans sa vie. C’était à Pouchkine, à 20 km de Saint Petersburg, une jeune femme d’origine juive que l’auteur connaissant lui avait dit qu’elle se suiciderait si son fiancé qui faisait des études de doctorat à Moscou la quitterait. Tout en m’inquiétant pour elle, je ne la crus pas qu’elle ferait ce qu’elle avait projeté. Sortant de l’école un soir où j’étudiais, accompagné d’un ami algérien comme moi, nous nous rendîmes d’abord vers la cité où elle habitait. Elle avait une chambre. Nous vîmes la lumière, nous tapâmes à la porte, personne ne répondit. Nous demandons à ses camarades voisines où est Catherine ? Plusieurs m’ont dit qu’on l’avait vu ce soir mais peut être qu’elle est avec ses camarades dans une des chambres ou qu’elle est sortie pour une course.

Il était 21 heures. Mon ami et moi sommes allés manger au restaurant de la guerre. A 23 heures, nous revînmes vers le lieu où habite mon amie. Avant même d’arriver à l’entrée du bâtiment, je vis un attroupement près de la porte. Je compris qu’un malheur est arrivé, j’ai tout de suite pensé que Catherine s’est tuée. Impossible qu’en pleine nuit un attroupement et de plus le froid de la nuit et il y avait la neige. Et effectivement son corps a été sorti devant l’entrée du bâtiment.

La question qui se pose est comment ce suicide s’est opéré dans son être. L’être qu’elle était Catherine reposait sur sa pensée qui lui a intimé de se suicider. Certes la raison de son passage à l’acte est cette condition de son fiancé « s’il l’a quitterait ». Et on doit comprendre que cela s’est opéré ainsi. Mais peut-on dire qu’elle avait perdu la raison pour agir ainsi, et en finir avec sa vie ? Comme tout être humain, elle a ses deux « moi », un intérieur et un extérieur et sa pensée, dès lors le fiancé, l’amour qu’elle avait pour lui était centré dans ce moi extérieur, et ce moi extérieur est tout ce qui est complexe impacte le moi intérieur d’un être humain dans son existence. Il peut apporter l’espoir comme il peut apporter le désespoir. Il peut apporter l’affection à soi comme il peut ôter l’affection de soi, voire la désespérance jusqu’à provoquer l’aliénation, l’être devient étranger à lui-même, il rompt avec ce désir de vivre. Le moi extérieur est par conséquent très dangereux pour l’être humain. Par cette projection de soi en l’autre, il peut anéantir l’équilibre entre le moi intérieur et le moi extérieur à tel point que le rempart de la raison qui protégeait le moi intérieur va perdre tout sens et mener l’être à perdre toute raison de vivre.

C’est le même processus qui joue pour un homme touché profondément dans son amour-propre par une insulte et commet l’irréparable contre celui qui a commis cette insulte. Il y a une pulsion de mort dans le moi intérieur de cet homme qui a tué parce qu’en tuant et se trouve dans un état second, c’est son moi extérieur qui est profondément blessé et qui en appelle à son moi intérieur de réparer l’offense. Il ne sait pas qu’il a tué, il tue simplement parce qu’il n’est plus conscient de ce qu’il fait, de la réalité, c’est sa pensée qui, sous la dictée du moi intérieur et moi extérieur, qui l’amène à tuer. Ce n’est que plus tard qu’il prend conscience de l’horreur de son acte.

Ceci simplement pour dire que toute blessure du moi extérieur impacte le moi intérieur et peut provoquer l’irréparable, soit le suicide soit le meurtre. Dans les deux cas c’est, à travers les deux moi, que la blessure infligée à l’amour de soi vient à changer le cours de l’être. Et, par destination, c’était que devait s’opérait le cours de l’existence. Pourquoi ? Pour la simple raison que l’homme, l’être humain n’est régi que par des instances qu’il commande certes, ou croit qu’il commande, mais en réalité il n’a qu’un libre-arbitre très relatif avec sa destination qui lui échut dans l’existence.

Il y a donc un processus de cause à effet qui a joué dans la vie de cette femme. Aussi pose-t-on la question : Et pourquoi avoir aimé cette personne qui l’a fait souffrir et probablement qu’elle a fait souffrir aussi ? Car il devait y avoir des raisons dans cette rupture. Mais le mal est fait. Le moi extérieur a commandé à son moi intérieur ce refus de vivre. Et à cette question du pourquoi avoir aimé cet homme au point qu’il a provoqué en elle l’errance, était-elle responsable de cet amour pour lui ? De même de l’avoir abandonné, d’avoir rompu, le fiancé était-il responsable ? D’autres personne auraient certainement mieux vécu la rupture. Aussi peut-on dire que Catherine n’est responsable en rien, son moi intérieur et son moi extérieur se sont construits ainsi depuis sa naissance. Et ils ont passé toutes les étapes de l’âge du nourrisson à l’âge adulte. Catherine était ce qu’elle était, et devenue ce qu’elle devait devenir, s’est à la fin suicidée jeune. Donc, dans toute cette construction de son être dans son double moi que forge la pensée, vient aussi la destination pour laquelle elle était destinée. C’est ainsi que le jour de sa mort, c’est sa pensée qui a procédé à tous les préparatifs pour en finir. Toute consciente dans son inconscience, dans ce paradoxe de sa pensée, elle a mis fin à ses jours.

Ainsi on comprend que les êtres humains sont différenciés par tant d’aspects. Par le caractère, par le milieu social, par les qualités physiques, par la sensibilité, et par un grand nombre d’influences qui pétrissent les « moi » intérieur et extérieur des êtres. Chacun réagit en soi selon les instances psychiques qui sont en lui. Et personne, aucun être humain n’échappe à ses instances qui malgré lui se construisent en lui et le prédestine à être ce qu’il doit être dans son existence. Et le bien et le mal que nous avons si peu évoqué, en réalité, mettent à rude épreuve les êtres. Si les « moi » intérieur et extérieur ont pour socle d’un côté l’essence et la pensée qu’elle secrète en l’homme, il demeure que dans les rapports des deux moi il y a le bien-être et le mal-être, provenant de l’essence du mal et du bien dans l’existence.

Pour comprendre la complexité du bien et du mal, il y a certes les deux instances qui apparaissent comme une simple inclination vers le bien ou le mal selon ce qu’est l’être dans cette dualité, qui est aussi le socle nécessaire dans le sens de l’existence. De même, le bien en tant que contraire du mal, l’être humain ne pourrait appréhender son existence dans le bien que si le mal venait à donner un sens au bien. Si le mal n’existait pas, et le monde n’évoluerait que dans le bien, celui-ci aurait-il un sens, et l’appellera-t-on encore bien ? Le bien seul n’aurait plus de sens puisque cela serait un état de nature tel si la nature aurait été que le bien. Dans le même ordre d’idées, le blanc aurait un sens si toute la nature est blanche.

Aussi comprenons comment le bien et le mal se déploient dans l’existence de l’être. Il faut avant tout dire que l’être dès sa naissance prend contact avec son état. Les cris, les pleurs, les sourires qu’il fait alors qu’il est encore nourrisson attestent déjà de son bien-être et son mal-être. Et c’est ainsi qu’il va grandir dans ce bien-être ou ce mal-être. Et, en grandissant, il va prendre connaissance du bien et du mal, au sein de sa famille, dans la rue, à l’école. Il affrontera cet état d’être. Si des maux surviennent au sein de sa famille, disputes entre les parents, entre frères, entre sœurs, l’abandon parental, le divorce, etc., ou dans la rue ou à l’école à l’occasion de disputes, de violence, ou encore une scolarité bonne ou mauvaise, etc., le moi intérieur et extérieur de l’homme passant de stade en stade du nourrisson à l’âge adulte s’auto-construit ses moi intérieur et extérieur. Et l’être mémorise automatiquement par sa mémoire qui lui est donnée par l’essence les événements les plus saillants, les plus marquants de son existence, et ce depuis ses premières prises de conscience de son enfance. Le bien et le mal qu’il a vécus durant sa croissance font partie intégrante de son être. Et on comprend pourquoi la plupart des hommes sont inclinés vers le bien, cherchant à travers le bien leur bien-être, et donc une harmonie dans leur existence. Alors qu’une fraction très faible de la société a une inclination plus ou moins vers le mal, c’est-à-dire du plus petit mal au mal le plus repoussant.

Mais si on regarde l’architecture complexe de l’être humain, on constate que cette construction tout en jouant activement dans la vie de l’être est enregistrée dans le passif des moi. En clair, ce sont leurs constitutions et les événements qu’ils ont vécus dans l’existence des êtres, et dans une certaine façon ils ne sont pour rien dans ces « moi » extériorité-intériorité qui se construisent puisqu’ils se construisent malgré eux, et sont ce qu’ils sont. Mais s’il y a la pensée et la destination qui régit l’existence de l’être, il demeure que la pensée secrète la « raison » que l’on a peu invoquée, et la raison permet de discerner le bien du mal. Évidemment pour les événements qui ont été fatals, la raison est impuissante à arrêter ce qui est fatal. Mais dans la vie de tous les êtres ou de la majorité, cette fatalité est très à la marge. De même pour cette fatalité qui en fait est un mal extrême, le mal ordinaire fait et doit faire partie de l’existant.

Quel être humain n’a pas fait au moins le mal une fois dans sa vie ? Mais généralement un mal ne touche pas à la cohésion d’une société sauf si celle-ci est divisée et sa rupture est latente. Ce qui nous fait dire que le bien et le mal est un legs dès notre naissance et c’est notre raison d’assumer cette intériorité et extériorité qui intègre le mal. Un homme ou une femme qui divorce se trouve dans un mal, un homme qui perd son emploi aussi, un jeune après avoir fini ses études ne trouve pas un emploi est un mal, une frustration, un homme qui tombe gravement malade est aussi un mal. Et tant de situations qui peuvent provoquer le mal. Mais que faire ? Cela fait partie de l’existence de l’homme et du dessein de la Providence divine qui a créé l’homme.

Pour terminer cette analyse sur les instances caractérisant la complexité de l’homme dans son existence, concluons avec un passage (page 61, 62 et 63) de Fichte de son livre « La destination », publié en 1800, fort révélateur sur la nature de l’essence humaine.

« Me voilà au bout de mes recherches. Ma curiosité est satisfaite, je sais ce que je suis en général, et je sais aussi ce qui constitue les êtres de mon espèce : je suis la manifestation d’une force déterminée de a nature, manifestation déterminée elle-même par ses rapports avec l’universalité des choses. Je ne puis comprendre par leur cause les modifications qui surviennent en moi, car il ne m’est pas donné de pénétrer dans les mystères de ma propre nature ; mais j’ai la conscience immédiate de ces modifications. Je suis parvenu à savoir ce que je suis dans l’instant actuel ; je sais ce que j’étais avant cet instant, et je puis prévoir jusqu’à un certain point ce que je deviendrais.

Il ne saurait d’ailleurs me venir à l’esprit de vouloir faire de cette découverte aucun usage pour ma conduite. Comme je ne suis en aucune manière mon propre ouvrage, mais celui de la nature ; comme, pour parler à la rigueur, ce n’est pas moi-même qui agis, que c’est elle qui agit en moi, je ne puis tenter de me faire en rien autre que ce qu’elle a voulu que je fusse, d’exécuter quelque autre chose que ce qu’elle veut exécuter par mes mains. Je peux m’en réjouir, je peux même dire que je prends de bonnes résolutions pour l’avenir, bien que, pour aller à la rigueur, il serait mieux de dire que c’est elle encore qui les prends en moi ; mais il est certain que tout mon repentir du passé, toutes mes bonnes résolutions pour l’avenir, ne sauraient apporter le moindre changement à ce que la nature m’a prédestiné à faire ou à devenir. Je suis sous la main d’une inflexible, d’une inexorable nécessité. Lui plaît-il que je sois un fou ou un méchant, je serais sans aucun doute un fou ou un méchant ; lui plaît-il que je sois un homme sensé et un honnête homme, je serais de même sans aucun doute un homme sensé et un honnête homme. S’il lui plaît, ai-je dit ? Mais cela n’est pas exact, car la nature obéit à ses propres lois, comme je lui obéis à elle-même. Ce qu’il y a de mieux à faire pour moi, étant à sa merci comme je le suis, est donc de lui soumettre aussi jusqu’à mes plus secrets desseins, jusqu’à mes pensée les plus intimes. »

 

Medjdoub Hamed
Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 

 (1) Destination de l'Homme, un livre de Fichte. Traduit de l'allemand par Barchou de Penhoën.
Paris , Paulin, Libraire-Editeur. 1832

 

(2) « Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? La pensée humaine s’invite dans la compréhension de la crise sur la Présidentielle 2019 en Algérie », par Medjdoub Hamed Le 5 mars 2019
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/qui-sommes-nous-ou-allons-nous-la-213221
 


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15 réactions à cet article    


  • Jean De Songy Jean De Songy 4 avril 18:06

    Dans une première négation, c’est à dire celle qui utilise les catégories trop bien connues par là inconnues du Passé, zémouriennes à la De Maistres, je dirais : « La 4ième génération de Mohamed s’appelle toujours Mohamed. »

    Négation ineffective dans le grand remplacement achevé par l’oligarchie mondialiste, purin multiculturel où nagent avec délectation les requins de la Finance mondialisée, mais l’ineffectif est ce qui se meut justement, l’effectif reste stable comme l’ère capitaliste avant la contradiction finale dirit Marx, aussi soyez toujours nostalgique du futur comme un fasciste (où marxiste)

    Alors passons à la 2ème négation celle qui veut changer la forme mais aussi les catégories de pensée, celle qui passe de De Maistres au dadaïsme chéri par Evola.

    Texte très spinoziste donc de Fichte, qui introduit l’Esprit du Monde universel qui se développe que dans sa négation du particulier (les hommes) et reprend le conatus.(la pierre qui se voit voler de Spinoza)

    La critique classique en est fort simple : il n’y a pas à nier chez Fichte comme Kant les déterminations de la réflexion (Sartre c’est trop niais, la totalité organique de la plante se fait comme l’entéléchie d’Aristote. Actualisation de la puissance en totalisation. La Nature n’épuise pas la notion de totalisation, l’ordre humain finit cette totalisation. l’art prolonge la Nature par ex chez Aristote) il est à nier que K et F isolent artificiellement les déterminations de la réflexion. Alors simplement la Vérité est le Tout n’est pas à chercher « spatialement » mais dans le temps. F et K tombent dans la classique rigidité de la métaphysique, alors que l’absolu dirait Hegel est dialectique. La réalité objective est dans la pensée aussi les limites insurmontables aussi. Simplissisme, comme une illusion d’optique fait que la sensibilité est limité par la perception, où que le capitalisme doit avoir atteint son purinement maximal avant de chuter, dans le temps.

     

    PS : Aux niaiseries convenues bobo/migrants j’ai vomi.


    • Jeekes Jeekes 4 avril 18:30

      Ah ?

      Med alors !

       

      M’en v’la tout r’tourné...

       

       smiley

       


      • Jean De Songy Jean De Songy 4 avril 18:33

        Pour expliciter les « moi » de F il faut dire que F est plus matérialiste et idéaliste que K, qu’il ne nie pas la connaissabilité de la chose en soi mais carrément son existence... Le monde est posé par le moi, qui pour lui ne s’identifie pas à la conscience biologique de l’homme isolé mais à un sujet délirant et mythique qui ayant fait le monde peut le connaître... Bref F prépare l’idéalisme objectif de Hegel avec son idéalisme subjectif radical. Chez K « pourquoi des jgmt synthétiques à priori » les catégories sont donnés (par dieu aux gènes...) chez F c’est le moi qui les pose... elles naissent de la dialectique de son moi et non-moi

        De Fichte a retenir cette belle citation fasciste : "L’État total, est celui qui assigne l’orientation de toutes les forces individuelles vers la finalité de l’espèce”

        Les lebensrum de XI pour des bébés chinois ogm au QI de 200, tandis que QI et PISA chutent chez nous, depuis 3 décennies ... à cause ... épigénétique du cerveau....(censure Ministère de la Vérité)


        • Hamed 5 avril 08:17

          @Jean De Songy

          Votre pensée se tient parfaitement sur Kant, Fichte et sur Hegel. Historiquement parlant, Kant et Fichte sont les pères de la philosophie hégélienne, et Hegel, à son tour, est père de la philosophie marxiste. 

          Si nous lions les événements des « moi » de chacun, ils ne sont ces moi qu’un seul « moi » historique étalé dans le temps, ce qui signifie que la même pensée s’est ouvert en l’un , s’est poursuivie en l’autre et a continué d’être en être à être ce que le monde d’aujourd’hui est ce qu’il est aujourd’hui.

          Le matérialisme et l’idéalisme sont les deux faces d’une même pièce. A une pièce, peut-on lui enlever une face ? Si on lui enlève une face, la pièce ne pourrait exister. Le matérialisme est l’idéalisme, et l’idéalisme est le matérialisme. La pensée est l’existant, l’existant est la pensée.

          Vous Jean, vous pensez, vous existez, vous ne pensez pas, vous n’existez pas, et n’êtes même pas le néant. Parce que le néant a besoin du tout et le tout a besoin du néant.

          Vous dîtes « Le monde est posé par le moi, qui pour lui ne s’identifie pas à la conscience biologique de l’homme isolé mais à un sujet délirant et mythique qui ayant fait le monde peut le connaître... »

          Très juste. Le monde est effectivement posé par le moi et évidement ne peut s’identifier à la conscience biologique de l’homme qui n’est qu’une particularité existante du moi, ou faisant partie du moi, ou encore plus simplement l’homme est déjà dans le Moi, celui-ci inconnaissable que vous dîtes délirant ou mythique qui ne sont en fait que des mots du moi ayant fait le monde peut le connaître non pour le connaître mais pour « continuer sa création ».

          Un peu ce que vous dîtes « De Fichte a retenir cette belle citation fasciste :  »L’État total, est celui qui assigne l’orientation de toutes les forces individuelles vers la finalité de l’espèce”

          Non, l’Etat total s’assigne non pas de son initiative mais du Moi qui est toujours présent dans l’état, l’orientation et la finalité de l’espèce.

          « Les lebensrum de XI pour des bébés chinois ogm au QI de 200, tandis que QI et PISA chutent chez nous, depuis 3 décennies ... à cause ... épigénétique du cerveau....(censure Ministère de la Vérité) ».

          Le Lebensraum est un phénomène humain issu de l’expansion de l’Europe sur le monde, et repris par les penseurs des puissances venues en retard dans le partage du monde. Mais là encore, rien de nouveau sous le soleil. L’histoire avance, personne ne peut demeurer au-dessus des autres. Tous humains

          Et vous le dîtes « Chez K « pourquoi des jgmt synthétiques à priori » les catégories sont donnés (par dieu aux gènes...) chez F c’est le moi qui les pose... elles naissent de la dialectique de son moi et non-moi »

          Votre réponse se tient globalement avec certaines contre-vérités néanmoins. Corrigez-vous Jean en apprenant à vous connaître avant de connaître le monde. Cdl


        • Jean De Songy Jean De Songy 5 avril 19:17

          @Hamed
          La citation est de Fichte, du genre « L’État est la marche de Dieu à travers le monde. » de Hegel... où « ils le font mais ne savent pas pourquoi ils le font » de Marx (bousiller la planète par la surnatalité)
           
          « Vous ne pensez pas vous n’existez pas » niaiserie du cartésianisme natif de Sartre dit Heidegger, échec de sa raison dialectique ... pas de 2ieme tome. Et je parle pas de son individualisme crétin., sa totalisation par l’individu impossible, identité statique, bref gaucho :
          Gaucho écolo qui partage sa haine du rationnel avec bobo le branleur individualiste en marche, c’est à dire son mépris de la société, corruptrice de la Nature (identité première sacrée) pour l’un, inutile pour l’autre (comme Sartre, la totalisation c’est l’individu), bobo écolo le pire, la synthèse, vive le moi mythique fasciste où communiste et l’extériorisation de l’Unité dans l’état total final, Dieu est à la fin ne renierait pas Kurzweil. .
          Et puis sur le fond, quand bobo regarde son Iphone 12h par jour, le doudou pour son endormissement, la sophistique de la perception, de savoir où est « l’essence » du doudou, dans l’être pour un autre où l’être pour soi... tout le monde sait que bobo mettra son doudou démodé sur Amazon et qu’un moi GJ souchien déclassé l’achètera d’occase. Et il y a un cours de Terminale (si...si) d’avant la chute du QI qui s’appelle la Phénoménologie de l’Esprit, question sophistique faut lire le chapitre « la force est avec vous », ça laisse rêveur sur le niveau de l’époque...lycée prussien à classe de 60 et à la schlague... pas besoin du dédoublement pour les petits colons du mondialisme... tu m’étonnes qu’au congrès de Solvay de 1927 y avait je sais pas combien de Nobel européens... avant l’école Naïade Vagino Bécassine, Booba et Debouze en term ... .



        • Taverne Taverne 5 avril 11:56

          Tant que l’on s’en tient au « Je » on est unique. Mais quand on passe au « Moi », on est en danger de dédoublement, de multiplicité même et de complexité bien inutile. 


          • Hamed 5 avril 12:55

            @Taverne

            D’accord avec votre pensée qui dit « Tant que l’on s’en tient au « Je » on est unique. » Oui, le je par lui-même est unique, tout être est unique, il ne peut pas être autres. Vous Taverne pouvez-vous être autre ? Ce n’est pas possible matériellement et idéalement, donc humainement. 

            De la même façon, une pierre ne peut pas être un arbre, la terre ne peut pas être le soleil. 

            Et lorsque vous dîtes «  Mais quand on passe au « Moi », on est en danger de dédoublement, de multiplicité même  », votre proposition du « moi » traduit votre sens du je qui n’est plus « je » puisque celui-ci laisse son identité première et malgré lui se transforme en moi. Dès lors le moi n’est pas le je puisqu’il se dédouble dans son extériorité qui est là, et il n’a pas le choix le « je » doit laisser le « je » qui ne lui donne rien. Sinon que serait d’être je. Aurait-il quelque utilité dans le je dans son être ? Aucun.

            Et c’est la raison pour laquelle lorsque vous dîtes j’écris, je travaille, je mange ou n’importe quelle action que le je fais, et combien même il est unique, il n’est plus unique, il devient « moi j’écris, moi je travaille, en clair le je est avec son extériorité. Si vous voulez il se dédouble, il se multiplie et c’est ce passage qui fait qu’il devient moi, i.e. le je n’est plus je, il est en action pour ce pourquoi il est. 

            Et vous ajoutez, Taverne, et de complexité bien inutile. Oui pour le je, parce qu’il est un je unique, mais non pour le moi, qui se dédouble, se multiplie et donc se complexifie au point qu’il peut tuer son je, ou se condamner en tuant un autre je comme lui. Et c’est la raison pour laquelle dans mon écrit j’ai essayé d’être concret en parlant d’instances complexes et essentielles qui travaillent dans ce je qui est certes unique mais existant dans un »étant", et c’est cet étant sous la double impact de l’intériorité et l’extériorité qui donne ce pourquoi il est dans son existé.

            J’espère me faire comprendre dans mes mots qui ne sont en rien de la philosophie mais simplement en cherchant à tenter de cerner son essence. Si je cite Fichte, c’est simplement je me vois en lui dans ses mots qui me semblent sont aussi étrangement mes mots..Cdl


          • Taverne Taverne 5 avril 15:38

            Certes mais en nuançant, je dirai que le « Je » ne devient pas un « Moi » du seul fait de son extériorité par l’action. Un musicien tout à sa musique est un « je » qui s’exprime plus qu’un Moi qui agit. Il est tout en intériorité. C’est « Je » qui ressent et donne toute son âme dans la musicalité. De toutes façons, on ne peut pas vivre en société sans notre Moi et ses « avatars ». Simplement au centre du jeu doit être le Je, immuable et chef d’orchestre. 


            • Hamed 5 avril 16:13

              @Taverne

              Je pense que vous vous contredisez dans la définition du je. Le « je » c’est le soi absolu, comme vous dîtes il est l’immuable, le chef d’orchestre mais pour lui-même en tant que « je » et donc comme vous dîtes encore « unique ».

              Mais dès lors qu’il est musicien, dans une action donnée la musique pour cette occurrence, il n’est plus le « je » immuable, il est partagé entre ce immuable en lui qui n’est plus immuable puisqu’il subit la musique qui elle aussi est immuable par elle-même en tant qu’extériorité mais vient influer sur le je de celui-ci et, par conséquent transforme son « je ». Le « jqui ressent et donne toute son âme dans la musicalité. » n’est plus je. Il est mais a en plus la musique.

              Essayez de comprendre cette situation. Vous avez aimé une personne et celle-ci est morte. De je partagé vous êtes redevenu « je » . Mais supposez que vous écoutiez une musique qu’aimait cette personne aimée. Et qu’à chaque fois, au son doux de cette musique, vous sentez des larmes s’arracher de vos yeux. Je vous pose la question : « Dans cette musique douce provoquant une telle émotion au point que vous pleurez, seriez-vous encore le »je immuable, unique que vous dîtes ?«  

              Non, Taverne vous ne le seriez pas. Vous n’êtes plus ce je, vous n’êtes ce immuable, ce unique, votre »je« s’il était transporte votre être, vos joies, vos tristesses, en clair votre moi qui n’est pas un moi entier parce qu’il est partagé avec son extériorité.

              Et dans la vraie réalité, le vrai »je« n’existe et n’a jamais existé sinon il serait de l’ordre du non-je, du non-être, du nom partagé. Or, le »je« qui vis est une »je« avec tout. J’espère que vous comprenez votre erreur dans la définition du »je« unique au début et ensuite plus de »je" tout au plus un moi partagé.

              J’espère que vous pourrez comprendre ce partage de l’être-je et que le je dont on parle il n’a jamais existé à vrai dire. Tout au plus il existe par des mots. Et mettre Paris en bouteille existe aussi par des mots. Cdl

               


            • Taverne Taverne 5 avril 17:13

              @Hamed

              C’est le mot « immuable » qui pose difficulté (Ah ! Ce langage, toujours ce langage !).

              Emu par la musique, le for intérieur (le Je) éprouve des émotions profondes. Mais la nature même de l’être, c’est d’éprouver. Cette nature, qui consiste essentiellement à éprouve, est immuable. Et d’ailleurs, plus les choses sont inscrites en profondeur et moins elles disparaissent ou varient au gré des phénomènes extérieurs.

              Dans l’exemple que vous donnez, un sentiment enfoui ressort à l’écoute d’une certaine musique, ce qui prouve justement que le Je n’a pas changé. Ses sentiments sont intacts pour la personne disparue. Elle éprouve toujours le même sentiment très fort. En quoi cette musique aurait-elle donc changé sa nature profonde ? Vous voyez, ce n’est pas si simple.


            • Taverne Taverne 5 avril 17:19

              Il me vient une formule pour essayer de l’expliquer plus simplement : l’immuabilité ne se juge pas aux variations périodiques d’une sorte d’électrocardiogramme du quotidien mais sur la durée très longue, et même sur la durée de toute la vie.


            • Hamed 5 avril 17:47

              @Taverne

              Je crois qu’on ne se comprend pas dans le sens des mots. Vous pensez à un Je que vous dites unique. Et entièrement d’accord avec vous. mais dès que ce je devient un chef d’orchestre donc est impacté par une extériorité, pour moi que ce soit la musique ou autre chose, ce je n’est plus unique puisqu’il son je à une extériorité qui influe inévitablement sur le je se transformant en moi qui est réalité un moi-je qui change dans l’intériorité par précisément le moi extériorité.

              Dès lors le je qui était chef d’orchestre n’est plus chef d’orchestre puisque dépendant de l’orchestre extérieur combien il le dirige, et encore que croyant qu’il le dirige. En fait, le je initial devient un je qui dirige mais aussi dirigé.

              Et ce que vous n’arrivez pas à comprendre c’est cette séparation du je isolé de l’extérieur qui est « je suis » mais dire ce qu’il est dans la réalité. Le je seul n’est pas un chef d’orchestre ni ne peut être un chef d’orchestre. 

              Par exemple, lorsque Descartes dit « Je suis », il est réellement je. Mais lorsqu’il ajoute« j’existe », il perd son je ou plutôt il dilue le je dans l’étant. Et je crois que vous, vous êtes dans la vision classique des mots. Pour vous le Je qui écoute la musique est toujours je. Et là je ne peux vous expliquer plus. 

              Cdl


            • Taverne Taverne 5 avril 18:13

              @Hamed

              Vous venez d’admettre que le « je suis » de Descartes est vrai. Rappelons que Descartes donne une définition large de ce que veut dire « penser » : ressentir et éprouver font partie de la définition, et ce tout appelé « pensée » prouve l’existence de l’être.

              Il est donc dans la nature même de l’être de penser, notamment d’éprouver.

              J’admets de mon côté que les réactions physiques qui nous touchent altèrent momentanément notre « Je ». Mais je vois aussi que la pensée cartésienne ne confond pas la pensée et l’être.

              Qui éprouve ? Il faut bien admettre que la seule réponse possible est « moi ».

              Donc, la pensée et l’être sont bien deux choses distinctes. Et donc, l’être ne disparaît pas du seul fait qu’il est mu par ce qu’il éprouve. Au contraire, c’est cela qui prouve l’existence du « Je ». Si forte que soit l’extériorité, elle ne fait que renforcer le « Je » dans sa nature qui est de penser, d’éprouver,et renforcer la preuve du cogito. 

              Je reste « immuable » sur l’idée que le « Je » pensant est chef d’orchestre, mais je ne réduis par le « Je » à une volonté qui maîtriserait tout. Le « Je » est une chose dont l’essence nous échappe, quelque chose qui comprend aussi la volonté mais celle-ci n’est qu’une composante de notre être. Notre être est le chef d’orchestre, parfois à l’insu de notre volonté. Presque toujours, le chef d’orchestre n’est pas l’auteur de la partition.


            • Hamed 5 avril 18:52

              @Taverne

              Merci pour cet éclairage. Maintenant, je sais que nous avons pratiquement la même vision du je, de l’être, de la pensée, enfin tout ce qui fait l’être humain.Une petite remarque cependant, « parfois à l’insu de notre volonté. » Et si parfois à notre insu, et le reste qui n’est pas à notre insu ? Telle est la question.

              Merci encore pour l’éclairage et la précision de votre pensée. Cdl


            • Jean De Songy Jean De Songy 5 avril 19:28

              @Hamed
              Vous surestimez votre interlocuteur, de gauche, donc PISA et QI en chute libre, il est resté dans la caverne, celle où enseigne Naïade Vagino Bécassine .... Que la force et l’entendement soient avec vous smiley

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