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Accueil du site > Tribune Libre > Le sexe et la mort : différences cruciales entre Josef Breuer et Sigmund (...)

Le sexe et la mort : différences cruciales entre Josef Breuer et Sigmund Freud

Ayant eu la possibilité, à travers sa pratique de débutant en hypnose provoquée, de donner plus d’ampleur et de précision aux prises de parole d’Anna O… s’exprimant sous l’emprise de l’autohypnose, Josef Breuer put rassembler différentes informations sur ce qui s’était passé entre juillet et décembre 1880, c’est-à-dire en un temps où il n’était pas encore le médecin attitré de la jeune fille. Ainsi, au-delà de 1882, peut-il en faire la constatation :
« […] j’arrivai à connaître parfaitement l’incubation et la pathogenèse de cette hystérie. J’en donnerai ici un bref exposé. » (page 883 du PDF)

Ce n’est qu’à ce moment, un peu tardif, qu’un personnage va pouvoir faire une apparition, certes brève, mais très significative :
« En juillet 1880, un abcès subpleural rendit son père gravement malade.Anna et sa mère se partagèrent les soins à donner. La jeune fille se réveilla une nuit dans un état de grande angoisse et d’attente anxieuse : le malade était très fiévreux et l’on attendait de Vienne l’arrivée du chirurgien qui devait procéder à l’opération. La mère s’était éloignée pour quelques moments et Anna, assise auprès du lit, avait le bras droit appuyé sur le dossier de sa chaise.  » (Idem, page 884)

Comme nous le constatons, ce n’est pas tant l’apparition de la mère qui vaut ici : c’est son absence en un moment qui va se révéler crucial. En effet, voici Anna O… seule en présence de son père alité… Plus question de « partager » quoi que ce soit avec la compagne de cet homme-là…, homme qu’Anna O… chérit au-delà de tout ce qu’elle oserait en dire…

Peut-être est-ce l’occasion de se perdre dans quelque conte… C’est-à-dire dans des rêveries dont Josef Breuer nous a dit que la clef s’en trouvait, sans doute, dans le Livre d’images sans images de Hans Christian Andersen où nous avons pu lire, à l’occasion de la « Première soirée » et en présence de cette jeune fille tout empreinte des miroitements de l’amour courtois :
« À côté d’elle, les replis d’un serpent brillaient dans l’herbe ; mais elle ne pensait qu’à Brâhma et à son fiancé : « Il vit, s’écria-t-elle avec transport. – Il vit, répéta l’écho dans la montagne, il vit !  » » (page 7 de l’ouvrage cité) 

Et voici ce qu’il advint d’Anna O… laissée seule, par sa mère, en cœur-à-cœur avec son père adoré et encore vivant :
« Elle tomba dans un état de rêverie et aperçut, comme sortant du mur, un serpent noir qui s’avançait vers le malade pour le mordre. » (Idem, page 884)

La mort ?… Quoi qu’il en soit, la jeune fille sait aussitôt où est son devoir de fille aimante et courageuse :
« Elle voulut mettre en fuite l’animal, mais resta comme paralysée, le bras droit « endormi », insensible et devenu parésique, pendant sur le dossier de la chaise.  » (Idem, page 884)

C’est alors qu’elle se découvre impliquée elle-même dans cette sinistre affaire :
« En regardant ce bras, elle vit ses doigts se transformer en petits serpents à tête de mort (les ongles). Sans doute avait-elle tenté de chasser les serpents à l’aide de sa main droite engourdie, d’où l’insensibilité et la paralysie de celle-ci, ainsi associées à l’hallucination des serpents. » (Idem, page 884)

Jusqu’où aura-t-elle été coupable, et de quoi ? Elle paraît ne pas le savoir elle-même. Mais l’affaire était sans doute exceptionnellement grave (en pensée ?), puisque les mots viennent à manquer après la disparition de ces animaux dont on sait quel rôle l’un d’eux a été susceptible de jouer entre Ève et Adam, tandis que la jeune fille hindoue d’Andersen était elle-même « belle comme Ève » (trente-troisième et dernière soirée) :
« Lorsque ceux-ci eurent disparu, dans sa terreur, elle voulut prier mais les mots lui manquèrent, elle ne put s’exprimer en aucune langue jusqu’au moment où elle trouva enfin un vers enfantin anglais, et qu’elle put, en cette langue, continuer à penser et à prier. » (Idem, page 884)

Nous ne saurons rien de plus… Or, de l’aveu même de Josef Breuer :
« Je ne regrette pas trop que le caractère incomplet de mes notes m’empêche de ramener tous les symptômes hystériques à leurs motivations. » (Idem, page 886)

Mais nous n’allons pas hésiter à lui en faire dire un tout petit peu plus, et, cette fois-ci, en lien avec Sigmund Freud, puisque que c’est à eux deux que nous devons l’Avant-propos à la première édition des Études sur l’Hystérie (1895). Nous y lisons cet avertissement qu’il est inutile de commenter :
« Ce serait commettre un grave abus de confiance que de publier de pareilles observations en négligeant le risque de faire reconnaître les malades et de répandre, dans leur milieu, des faits confiés au seul médecin. C’est pourquoi nous avons renoncé à publier les observations les plus instructives et les plus convaincantes. Nous parlons évidemment là de cas où les relations sexuelles et conjugales prennent une importance étiologique. » (Idem, page 843)

Et encore ce petit bout :
« Il s’ensuit que nous avons rarement été en mesure de justifier complètement l’opinion que nous avons pu nous faire et qui est la suivante : c’est à la sexualité, source de traumatismes psychiques, et facteur motivant du rejet et du refoulement de certaines représentations hors du conscient, qu’incombe, dans la pathogenèse de l’hystérie, un rôle prédominant.  » (Idem, pages 843-844)

Ainsi la psychanalyse est-elle née de la volonté de Sigmund Freud de ne pas s’arrêter ici. Tenons-nous, nous-mêmes à aller plus loin ?… en direction de la mort ?…

NB. Pour comprendre dans quel contexte politique de fond se situe ce travail inscrit dans la problématique générale de l'amour courtois...
https://freudlacanpsy.wordpress.com/a-propos/


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8 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 25 janvier 2018 14:38

    la mort du sexe est plus courante que la mort et le sexe ....


    • zygzornifle zygzornifle 25 janvier 2018 14:39

      comme disait Molière : molle hier peut être dure demain .....


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 25 janvier 2018 21:06

        Il convient de différencier le terme courant appliqué à un comportement social et le diagnostic clinique. L’hystérie est un trait de caractères qui recouvrent des modes de fonctionnement mental très différenciés. Quand on parle d’hystérie de foule, il s’agit surtout d’un exacerbation émotionnelle et sexuelle sans réelle mentalisation. Par contre, la névrose dite hystérique ou hystéro-phobique s’applique à une de forme de mentalisation qui implique une fantasmagorie plus ou moins riche et surtout SYMBOLIQUE. 


        • Philippe VERGNES 26 janvier 2018 11:18

          @ Bonjour Michel J. Cuny,


          Pouvez-vous m’indiquer quel est le PDF auquel vous vous référez, s’il vous plait ?

          Je ne dois pas être doué, je tourne en rond pour le chercher.

          Sinon, il y a effectivement beaucoup à dire sur les débuts de la psychanalyse et des recherches de Freud sur l’hystérie. Un travail historique indispensable pour trier le bon grain de l’ivraie. Tout à fait dans l’actualité de l’époque après les affaires DSK, Weinstein, T. Ramadan, W. Hallen, etc.

          Ainsi, avant que Freud ne renonce à sa neurotica, l’axiome qu’il formula dans les Trois essais : « la névrose est pour ainsi dire le négatif de la perversion » (1905), a été précédé par des formulations où c’est l’hystérie qui est désignée plus précisément comme négatif de la perversion. Dans sa lettre à Fliess du 2 décembre 1896, il écrit : « L’hystérie ne consiste pas en un rejet de la sexualité, mais en un rejet de la perversion. » (Première référence de Freud à la perversion). Dans sa lettre du 24 janvier 1897, il écrit : « Les psychonévrosés sont tous des êtres à tendances perverses fortement développées, mais refoulées et rendues inconscientes au cours de leur évolution. Leurs fantasmes inconscients présentent par conséquent le même contenu que les actes pervers authentiques. [...] les psychonévrosés sont le négatif des perversions ».

          Le 21 septembre 1897, Freud renoncera à sa neurotica, sa théorie de la séduction et s’est ce renoncement qui marquera le début de la psychanalyse. Or, ce renoncement n’a jamais été analysé dans son contexte historique. Les psychanalystes n’en parlent pas... ou pire, ils le dénient, voire « l’idéalisent ». Cependant, l’étude des circonstances de ce renoncement dit tout ce qu’il y a à savoir de la psychanalyse et du lien qu’elle entretient avec les affaires citées supra. J’avais l’intention d’en faire un article depuis longtemps à la suite de celui-ci : « Le mystère Freud : Freud Vs Racamier où l’énigme de la perversion narcissique », mais j’attends la suite de vos écrits pour savoir si mon article ne ferait pas doublon avec les vôtres tant il me semble qu’il y a une « similarité » dans nos recherches.

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