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Accueil du site > Tribune Libre > Le système scolaire allemand (salaire des profs, horaires, finalité et plus (...)

Le système scolaire allemand (salaire des profs, horaires, finalité et plus encore...). Suite

Le premier article paru le 4 Décembre 2018 finissait par cette phrase volontairement iconoclaste :

Non, le système social français n'est pas le plus généreux de notre planète.

Cet article comprend 4805 mots. Le lecteur impatient peur directement sauter à la synthèse et à la conclusion.

Je répète mes dires et vous le confirme.

Non, le système social français n'est pas le plus généreux de notre planète.

Les allemands sont devant et les scandinaves encore plus.

Il y a tout d'abord le fameux Hartz IV. Monsieur Harzt est un député qui est l'auteur de la proposition de loi Hartz sur la réforme du travail qui se décline en 4 volets. Le plus célèbre et le plus connu est le volet IV qui réglemente tout le côté social attenant au droit du travail et donc aussi de son absence. Il règle donc aussi la question des retraites, du chômage, de l'handicap...Il est rapidement devenu populaire grâce à sa disposition qui correspond peu ou prou à feux notre RMI ou à notre actuel RSA. Son montant est de 416 euros/mois en 2018.

Le loyer de votre logement social est payé, ainsi que votre note de chauffage (et d'eau chaude selon votre type de contrat de location). Bien sûr tout ceci est soumis à condition : chercher activement un travail = répondre à 4 offres d'emploi par mois. Mais en Allemagne comme en France il existe des astuces pour être sûr de ne pas se faire embaucher.

Avec ce statut vous pouvez aller à la Tafel (l'équivalent des restos du cœur), vous habiller chez Alt&Wert (l'équivalent de Emmaüs) pour trois euros-six cents et vous soigner gratuitement.

Un petit bonus pour Noël et pour les vacances d'été vous sont offerts par diverses caisses locales.

Essayez ce site au nom évocateur de "calculette de Hartz IV" (en allemand bien sûr).

Les allemands ne font pas encore la chasse aux resquilleurs du désespoir et l'ASI peut sereinement envisager l'avenir. Au point que certaines jeunes filles qui ont compris que l'école n'étant pas leur tasse de thé, envisagent l'avenir en poulinant tous les trois ans. Car les aides pour élever un bébé sont surtout intéressantes les 3 premières années. L'ASI masculin en fin « connoisseur » (seul le vieux français arrive à rendre tout le sel de ce mot) du système n'hésite aucunement à partager la vie (et surtout l'appartement) d'une femme qui a 4 marmots de 4 pères différents et dont il sera peut-être l'heureux géniteur du cinquième.

Si votre cas est à ce point désespéré qu'on vous retire la garde de vos enfants, vous disposerez quand même du droit de les voir pendant les w.e ou les vacances. Il faut que vous les ayez brutalisés physiquement pour vous les soustraire totalement.

Ces enfants placés dans des familles d'accueil coûtent 110 euros par jour ! Flairant le filon, une véritable industrie d'aide à l'enfance s'est mise en place avec de grosses structures -comme ici la IUVO, Caritas ou Johanniter- qui engloutissent ces sommes en ne laissant substituer en bout de chaîne -une fois l'enfant logé, nourri, blanchi- qu'un petit pécule à l'éducateur social qui fait réellement le travail.

 

Retour en salle principale pour le cours de Dessin.

Comme il y a déficit de prof de dessin dans l'établissement, ce que je vous ai précédemment expliqué sur la formation des profs en Allemagne prend tout son sens. Ce sont différents profs qui s'y collent alternativement. Pour l'heure c'est au tour de la prof de Wipo (Wirtschaft/Politik ou économie/politique). Elle distribue les feuilles de dessins des élèves qui s'en emparent et recommencent leur œuvre là où ils l'avaient laissée.

Bien qu'étant fervent partisan de la polyvalence des profs, je me rends compte que dans cette école c'est une matière qui n'est pas vraiment prise au sérieux. Je vais découvrir qu'au fil des cours les élèves vont faire une espèce de fresque sur une feuille A4 et dont la trame est pré-établie et commune à tous.

La prof farfouille sous le bureau à la recherche de je ne sais quoi. Elle en extirpe ce qui me paraît être un panier pour chien, en mousse recouvert de tissu. Qu'est-ce qu'un truc pareil fait dans une salle de classe !? Hé bien je vais bientôt le savoir.

 

La prof sort et 5 mn plus tard revient avec un chien.

C'est un petit bâtard marron au poil rêche. Il trottine dans la classe à la recherche d'odeurs variées et se fait abondamment caresser en passant. Au bout de quelques minutes, ayant fait le plein d'odeurs et de caresses, il se love dans son panier. Régulièrement un enfant se lève et s'assoit pour le caresser. A la quatrième fois la prof met le hola et en profite pour réexpliquer les règles de comportement vis à vis de ce chien à la classe. Laquelle acquiesce, reprend ses dessins et son bourdonnement tranquille.

La canithérapie existe bel et bien dans l'arsenal scolaire pédagogique allemand.

Ces chiens sont très appréciés par les élèves et tranquillisent vraiment une classe difficile. Bien évidemment la possession d'un tel animal est laissée à l'initiative de chaque professeur. Par contre ces chiens doivent recevoir une formation spéciale. Celle-ci coûte 2400 Euros et est à la charge du prof mais est à 50 % déductible des impôts .

Le chien a sa photo et à l'instar de celles des autres élèves, elle est punaisée au mur de la classe.

 

Le lendemain la journée reprend avec un devoir de math sur table.

Bien que prévenus, la plupart des élèves n'ont pas révisé et donc durant les quelques minutes de libre se jettent frénétiquement dans une dernière tentative de révision.

Nous les retrouvons en plein travail 10 mn plus tard, concentrés, rêveurs ou hagards selon leurs dispositions naturelles. J'en surprends au moins cinq qui comptent sur leurs doigts afin de vérifier un calcul !

 

Le cours suivant c'est Gym.

La prof rassemble son troupeau et se dirige vers le gymnase. C'est encore une blonde d'une quarantaine d'année. Elle est super énergique et a une voie puissante mais aigüe ce qui dans le gymnase avec ses échos multiples est insoutenable. Je ne vais pas entrer dans une description de cours mais seulement en donner deux traits.

Le premier . Le début et la fin de ce cours se fait toujours par un rituel : tous, profs compris, s'assoient par terre et forment un cercle. Puis la prof prend la parole pour exposer ce qu'elle a à dire.

Le deuxième. Le sport est la seule matière où l'esprit de compétition est encouragé. Et encore c'est plutôt l'investissement de chacun qui l'est. On n'en est pas encore à la notion de dépassement de soit mais c'est la tendance. Bien sûr durant les sports collectifs c'est la cohésion et le collectif qui priment et qui sont bien vus.

Justin qui, clairement fait du foot en club en dehors de l'école, est le leader incontesté dans tous les sports collectifs et même en individuel, en gymnastique. Par contre il est notablement faible dans toutes les autres disciplines. Or s'il y a une chose que les élèves détestent c'est le Streber, dont la traduction parfaite serait le premier de la classe ( cf Agnan dans « le petit Nicolas »).

A mon époque nous détestions aussi ça mais j'ai le souvenir que nos professeurs nous encourageaient à en devenir un plutôt que de nous en dissuader. Ici cela ne semble ne plus être le cas.

 

L'accent est clairement mis sur l'acquisition d'un comportement social plutôt que sur l'acquisition de connaissances.

Quelques jours plus tard en début première heure la prof de Géo déboule dans la classe et en fait sortir tout le monde. Direction le gymnase. Là tout le monde enlève ses chaussures et se met en cercle. Puis gravement la prof (de Géo et Gym je le rappelle) engueule sa classe. Elle rappelle les faits qui se sont passés le jour d'avant. Des grands d'une autre classe se sont moqués de Dojan et de son handicap et l'on traité de « négro ». Et quelques autres de sa classe, présents au moment des faits, ne l'ont pas défendu. Pour elle c'est inadmissible à double titre. Premièrement classe ou pas classe on ne laisse personne se faire traiter de « négro ». Deuxio, Dojan étant en plus handicapé mentalement, devait être défendu plutôt deux fois qu'une.

Les membres présents au moment des faits baissent la tête penauds. Puis la prof laisse une discussion s'engager et la clôt avec un sermon destiné à renforcer les liens de la classe. Le tout a duré toute l'heure de cours. Deux heures plus tard la prof principale va en remettre une couche et y sacrifier aussi son heure d'enseignement.

 

Si vous doutiez que les profs en savent plus sur votre enfant et son vécu que vous-même...

Cours de Bio. La prof dans le cadre du thème de la lutte contre l'alcool montre un de ses petits films pédagogiques dont soit-dit en passant,elle semble avoir une collection sur n'importe quel thème. Puis elle demande : « Que feriez-vous si la Polizei vous ramène votre fils bourré à quatre heures du matin ? ». John lève la main pour répondre puis dans la foulée mime la magnifique torgnole qu'il va se prendre. On sent le vécu.

La prof répond qu'elle ne frappe pas ses enfants. Elle ne peut pas cautionner ça c'est évident. Ce qui l'est moins c'est l'explication affolée d'Yvonne, la Schulbegleiterin aux côtés de John. Rappelons que John a droit à une accompagnatrice du fait de son caractère « explosif » et qu'il est placé dans une famille d'accueil. Yvonne explique rapidement que ça c'était « avant ». Sous-entendu avant le placement en famille d'accueil. Sinon vous pensez bien que sur dénonciation de la prof principale et après enquête John aurait été retiré de cette famille qui en plus aurait eu des comptes à rendre.

De là à déduire qu'Yvonne connaît bien les parents ou éducateurs de la famille d'accueil et ne leur veut surtout aucun mal, il n'y a qu'un pas.

Bref, avec de tels sujets (alcool, violence familiale, viol, pédophilie...) et des enfants de cet âge si prompt à se confier à un adulte en qui ils ont un tant soit peu confiance, vous pouvez tout savoir. C'en est presque effrayant.

Puis la prof de Bio demande si d'autres élèves ont des anecdotes à raconter sur les méfaits de l'alcool. Et c'est la moitié de la classe qui raconte le tonton bourré qui shoote dans le chien, le père qui gueule devant son foot à la TV puis s'endort après sa 18ième Heineken, le grand frère qui vomit dans l'escalier ou avant d'arriver à la cuvette des WC.

Vécu ou affabulation ? C'est déprimant.

 

Mercredi la classe va partir faire de l'accrobranche.

Il est demandé une participation de 25 euros. La prof rappelle qu'elle sait bien que c'est dur pour certains mais que la sortie est obligatoire et qu'il existe des aides, directement gérées par l'école mais qu'il faut les demander. Certains parents sont dans ce cas mais ont leur fierté et ce sont leurs enfants qui en font les frais.

Ainsi Paul qui ne veut pas avouer que sa mère ne veut pas et ne peut pas payer ces 25 euros et qui préfère, stoïque, se faire engueuler et prendre sur lui car il n'a pas rendu cette somme en temps et en heure.

Ainsi Jessica qui rouge de honte, n'ose pas tendre son billet de 50 euros alors que jusqu'à présent tous les autres ont payé avec des billets tout froissés de 5 euros, voire avec des pièces de 1 ou 2 euros. Elle ne voulait pas passer pour une « riche » alors qu'elle-même vit dans une famille d'accueil !

Ainsi Pedro qui couvre ses parents et prétend qu'ils lui ont bien donné les 25 euros mais qu'il les a perdus et qu'il n'ose pas le leurs dire.

D'après mes observations et l'écoute attentive des lundis matins, j'ai calculé que 5 enfants proviennent de famille relativement aisées, 8 de familles ric-raques et 9 de vraiment pauvres ou en famille d'accueil.

 

Début Juin.

Les 9ième et 10ième Klasse ont fini leurs épreuves de fin d'étude et en fêtent la fin d'icelles. Les haut parleurs de poche sont de sortie et l'ambiance est à la Kermesse de printemps. Johnny veut s'associer au mouvement et y contribue en mettant le tube du moment. Je vous conseille vraiment d'en écouter au moins le début et n'allez pas me dire après ça que la France n'est pas un phare pour le rap mondial !

A.C.A.B de SpongeBOZZ

Pour les ceusses qui dormaient au fond de la classe en cours de langue, je vais donner quelques explications. ACAB est l'acronyme pour « All Cops Are Bad » ou « tous les flics sont pourris ». Et le dessin animé « Bob l'éponge » se dit « Bob the sponge » en anglais. D'où le nom du groupe qui joue avec les mots Bob, Sponge et Boss.

Attention c'est du lourd. 7 millions de vues, s'il vous plaît.

Ces grands adulescents ne tolèrent Johnny et son vacarme que le temps de le virer gentiment. Lequel revient piteusement.

 

Je vois que j'ai oublié une matière : cuisine.

Chaque semaine pendant deux heures les jeunes âmes vont s'initier à une alimentation saine. L'objectif est louable et les enfants découvrent la pyramide des aliments, combien de sucre il y a dans du Coca-Cola, à combien revient la fabrication d'un litre de Pepsi et combien il est vendu ! Ce qui est révélateur dans cette matière c'est qu'on peut directement déduire la relation homme-femme via le comportement de leurs enfants.

Aleischa renifle d'un air dégoûté un sachet de purée en poudre et décrète que ça pue. Elle pas plus que sa maman ne doit en faire à la maison.

Sonia se jette sur les divers instruments de cuisine et montre sa maestria. Une bonne petite, déjà bien dressée par sa mère.

Pedro jette les pâtes dans la casserole et met le feu au maximum...sans mettre d'eau. Sa maman ne lui a rien appris c'est clair.

Steven fait très bien la vaisselle alors que pour certaines filles cela n'est pas du tout naturel.

Sahra sait se servir d'un épluche-légume et pèle son kilo de patates en un clin d'oeil.

On s'aperçoit de suite d'un phénomène. Si les garçons sont inégaux devant l'art de la cuisine, ils sont unanimes pour s'enfuir dès qu'il s'agit de faire la vaisselle. Pas un truc de mec. Et ce n'est même pas dit. C'est juste qu'ils ne font pas. Point.

 

Un matin de Mai la prof principale réunit sa classe en cercle.

Elle clame haut et fort sa frustration car ils ne foutent rien, ne préparent pas leur travail à la maison, ne révisent pas pour les interro. Elle les menace en disant que l'an prochain, ils seront en 8ième classe et que les notes commenceront à compter et seront épluchées par leur futur employeur qui offrira les places de formation.

En effet la plupart de ces enfants iront faire une formation pratique en alternance dans des emplois plutôt manuels ou qui n'exige que peu de qualifications. Ceci dit il ne faut pas sous-estimer les nombreuses passerelles qui réorientent et qui permettent de réussir l'Abitur. Lequel reste par contre le seul Sésame pour l'Université.

 

Et là Justin lâche cette phrase magnifique : « Hartz IV und der Tag gehört dir ». Ce qu'on pourrait traduire par « (soit au) RSA et la journée t'appartient ».

La classe éclate de rire et la prof malgré elle, sourit. Puis se ressaisit et réembraye sur le sujet.

Regardez cette vidéo et vous comprendrez sans avoir besoin de traduction l'imaginaire collectif du Hartz IV mis en vidéo avec toute la subjectivité artistique d'un Ingo Ohne Flamingo.

Vous avez vu ? L'artiste (car c'en est un vrai) a sorti une autre vidéo (20 millions de vues) dont le slogan est « bourré, matin, midi et soir – la Teuf ». A voir pour une visite nocturne des monuments de Berlin.

Je ne vous traduis ici que l'introduction parlée, le reste est en annexe.

« Yo les gars, est-ce que vos parents vous ont pas (à vous) aussi toujours dit : « (soit au) RSA et la journée t'appartient ? J'ai pris ça à cœur et suis maintenant prêt pour le RSA ».

La plupart des commentaires sous cette vidéo sont négatifs et l'accusent de véhiculer une image détestable de l'Allemagne à travers le monde et ainsi d'attirer tous les miséreux de la terre. Comme toute vidéo traitant d'un sujet polémique elle surfe sur un habile mélange de vérités, de contre-vérités, d'exagération et de clichés sur fond de vérité.

Un commentaire pris au hasard

« j'ai mis mon Box à fond et ai passé la chanson toute la journée devant Pôle Emploi ».

Un autre

« C'est une invitation à faire venir tous les musulmans de la planète ».

Beaucoup plus intéressant car l'auteur lui-même a répondu :

Meiko

« C'est à vomir de voir comment on traite tous les chômeurs de longue durée de la même façon. Épelle le mot différencier (?). Tant de bêtises c'est insupportable. Si être bête faisait grincer, tu devrais toute la journée huiler ta porte. Idem pour tous ceux qui trouvent ton texte bien. »

Ingo Ohne Flamingo (c'est l'auteur de la vidéo)

« Hey Meiko ... la plupart des gens qui kiffent cette chanson ont un travail ou une formation ... c'est une philosophie de la vie ... sans contrainte, sans patron ... »

C'est moi qui a mis cette phrase en gras. C'est magnifiquement résumé ! Un père au Hartz IV qui vante sa vie et en transmet la substantifique moelle à son enfant. Une dynastie se crée...

6 millions de vue quand même...et un article qui révèle la percée de ce phénomène musical. (Mettez la traduction automatique de votre "browser" favori).

 

Par une belle matinée de Mai toute la classe est en pause longue.

Je m'aperçois d'un phénomène que je n'avais pas perçu avant. En fait les élèves sont vraiment soudés et malgré quelques cas isolés d'amitié inter-classe et qui forment des petits tandems par-ci par-là, la classe reste ensemble : ce sont plutôt les garçons qui font des tirs au but et ce sont plutôt les filles qui discutent allongées dans l'herbe au pied des filets.

J'ai noté à ce sujet dans mes petits cahiers de note ceci : « 90 % des petits groupes qui discutent en marchant font des tours sur la piste d'athlétisme dans le sens inverse des aiguilles d'une montre ».Constatation confirmée par cet article. Amusant, non ?

 

Concernant les réfugiés.

Il n'y en a pas dans ma classe. J'ai assisté à une scène assez éclairante à ce sujet. Un jeune syrien de 13 ans, appelons-le Chewki, joue en plein air sur la pelouse avec 5 ou 6 copains. Soudain -et ça c'est inhabituel pour la région- passent 2 avions de chasse à assez basse altitude. Le réflexe du gamin à l'écoute du hurlement des réacteurs avec ce bel effet Doppler a été de courir puis de se jeter à plat ventre sous un buisson le long d'un muret. Puis comme si la raison lui était revenu il en ressort en rigolant (jaune d'après moi) et pour sauver la face invente un jeu où il s'agit de bondir se mettre à l'abri.

J'ai d'autres anecdotes encore plus atroces provenant de profs à ce sujet. Il ne s'agit pas pour moi de lancer la polémique de savoir si les réfugiés sont des vrais réfugiés de guerre ou de prétendus tels. Mais cela existe et l'observation attentive du comportement de ces enfants permet de déceler ça.

Dans un tout autre domaine voici un autre témoignage allant à l'opposé. J'étais récemment à Berlin afin de déménager un appartement d'un mien parent. Nous avons cherché parmi les « petits » déménageurs c.a.d pas les grosses boîtes de transport internationaux. Du local ou de l'étudiant quoi. Et nous avons fait faire 4 ou 5 devis. Quasi tous ceux qui sont venus trahissaient par leur langage qu'ils étaient immigrés et plutôt du Machreq, Maghreb. Quand je leur demandais s'ils étaient syriens, un seul m'a dit oui et deux autres m'ont répondu indignés : « nous on est des Libanais. Pas des Syriens. Le Syrien ne travaille pas, lui ».

A mettre en relation avec la campagne qui a lieu actuellement en Allemagne qui vise à réémigrer ente autre cette population. En français dans RT. Oui je sais...ce journal n'est pas Macron-compatible...

 

Voici ce qu'il faut retirer de tout ce descriptif écolier sous forme de synthèse.

Laquelle est comme la vidéo d'Ingo un mélange de subjectivité et de faits objectifs.

Le contrôle et la gestion du système scolaire fait partie d'une des très rares prérogatives qui appartient encore directement aux Länder (ces 16 Régions unies par un système fédéral). Il est assez variable d'un Land à l'autre. De fait je ne vous ai décrit que le celui du Schleswig-Hosltein mais en respectant peu ou prou les caractéristiques communes.

 

A/ Un excellent indicateur de sous-valorisation d'une catégorie d'emploi en est son taux de féminisation, n'en déplaise aux féministes. La Gemeinschaftschule que je vous ai décrite (et vous pouvez me croire sur parole elle ressemble à 5 autres que je connais bien) a un taux de professeur- femme de 90 %. Comme de juste le poste de directeur est occupé par un homme, prestige et salaire oblige (A15). Notre classe n'en a aucun. Que 8 profs femme.

A qualification équivalente un homme gagne presque deux fois plus dans le privé. C'est pourquoi on n'en voit si peu ici. Pourtant le salaire moyen d'un A12 célibataire au 11ième échelon (c'est le grade moyen obtenu aprés 23 ans sous le harnais) est de 3368,51 euros net d'impôt par mois. Ce site traite du salaire de tous les fonctionnaires d'Allemagne. Regardez puis lâchez-vous !

 

B/ L'accent est beaucoup plus mis sur l'acquisition de comportement sociaux que sur l'acquisition de compétences/connaissances.

 

C/ Le planning ou emploi du temps des élèves est compact, sans trous. Il n'y a pas de salle de permanence. Si en fait elle existe : c'est la salle des profs car ce sont les profs qui ont parfois des gros trous dans leur emploi du temps ! De ce fait cette salle est grande, fonctionnelle et assez agréable.

Le prof est multitâche et disponible durant tout son temps de travail (qui est de 20 heures 15mn d'enseignement par semaine ce qui dans ce collège donne 27 cours de 45mn). Il surveille les pauses à tour de rôle, remplace les profs malades ou absents.

Un prof vient à son école comme un ouvrier va à son usine. S'il a un trou dans son emploi du temps, il « pointe » à la salle des profs et reste à disposition en cas d'imprévu. La première chose qu'il consulte en arrivant c'est le Vertretungsplan (c.a.d) le tableau des remplacements. Et là il sait comment sera véritablement organisée sa journée.

La contrepartie de tout ça et le fait que la gestion des programmes est décentralisée en Allemagne font que le prof allemand est quasi maître de ce qu'il enseigne et la façon dont il l'enseigne. Il a quelque grandes lignes directrices et roulez petit bolides.

Par exemple en Bio il est demandé d'enseigner le cycle de l'eau. Et vous avez 2 mois pour le faire : vidéo, travaux pratiques, cours magistraux...A vous de voir.

Cette latitude est parfois pesante car la solution de « suivre le programme à la lettre » via des manuels n'existe presque pas. Ces derniers existent pourtant, sont souvent de qualité mais comme vous ne savez jamais ce qu'ont appris les élèves avant de venir dans votre classe vous devez sans cesse improviser et vous adapter.

 

D/ Planning sans trous = journée raccourcie. Cette fameuse matinée de l'école allemande vue par les français et qui fait pourtant 23 heures et 15 minutes par semaine pour notre classe 7a soit environ 31 cours de 45 minutes ! Les enfants commencent à 7h30 et finissent à 13h00 et une fois à 15h00.

 

E/ L'école est un espace de liberté. Il n'y a pas de grilles autour du terrain de l'école. Pas plus qu'il n'y en dans l'école même. Les élèves respectent l'interdiction de dépasser les limites (et pourtant elles sont si tentantes à transgresser l'été : la campagne est juste à la sortie !) et reviennent de leur propre grès l'après-midi pour jouer au foot sur la pelouse, discuter...

 

F/ Le respect de la hiérarchie et des procédures est une des caractéristiques du peuple allemand et sans surprise on le retrouve ici. Je ne me privais pas de franchir les limites pour déambuler à l'ombre des grands arbres le long des chemins de tracteur menant aux champs durant les longues pauses de 30 ou 40mn. Ce n'était pas interdit, pour nous les adultes, mais très mal vu car interdit aux élèves et comme on devait donner l'exemple...

 

G/ Un prof dans une Gemeinschaftschule est un enseignant et un assistant social à la fois. Il a ainsi l'obligation légale de faire remonter au Jungendamt = les services de l'enfance (notre DDASS) tout comportement asocial tant côté enfant que côté parent quand il y a suspicion grave. L'accent est vraiment mis sur la prévention et sur la pédagogie sociale. E à ma connaissance aucun élève n'a été viré d'une Gemeinschaftschule.

 

H/ Depuis la « crise migratoire » de 2015 il y a une dizaine de réfugiés afghans et syriens sur les quelques 400 élèves de cette école. Ils sont parfaitement intégrés et jouent avec les autres. Et ce malgré les réels traumatismes que certains ont vécu.

 

I/ L'unique et tout petit avantage d'être prof principal est qu'il a une heure pleine d'enseignement en moins. Pour compenser la charge de travail supplémentaire y afférant ! Les lecteurs de cet article qui le sont savent que c'est vraiment ridicule, limite méprisant.

 

Ma conclusion qui est éminemment subjective est très irrévérencieuse.

Les Gemeinschaftschulen sont la première et la deuxième vitesse d'un système scolaire à trois vitesses. Bien que de grosses sommes y soient investies pour les locaux et pour les programmes d'activités par rapport à mon époque (qui date d'il y a quarante ans), c'est beaucoup moins que ce qui est investi dans les Gymnasium.

Idem pour le matériel humain.

En premier lieu les profs des Gemeinschaftschulen. Ils ont suivi une formation plus courte (4 + 2 ans au lieu de 5 + 2) que celle de leurs homologues de Lycée, plus facile et ce dans des instituts différents. En conséquence ils sont moins bien payés. Les accompagnateurs n'ont aucune qualification et sont eux-mêmes pas loin du Hartz IV.

Nota Bene : une reforme très récente a eu lieu qui voudrait remédier à cet état de fait. J'y reviendrais dans le prochain article.

Vous comprendrez que ce n'est pas ici qu'on forme l'élite scientifique, artistique, politique de l'Allemagne. C'est "l'Allemagne périphérique". Ici se forme la grosse masse docile de ce qu'il est convenu d'appeler les travailleurs. Et même si la frange supérieure parvient à faire des études (pas à l'université) via des formations de traverses, elle finira au mieux comme... prof mais prof de Gemeinschaftschule !

D'ailleurs un des premiers soucis d'un prof de Gemeinschaftschule est de mettre son enfant au Gymnasium (qui commence dès le CM2).

Ainsi la boucle est bouclée !

Et surtout elle semble être parfaitement assumée.

Ceci dit tous ces profs, qu'ils enseignent dans une Gemeinschaftschule ou au Gymnasium sont unanimes pour dénoncer la baisse du niveau scolaire. Font-ils parti de la cause ou en sont-ils victimes ? Voici un vrai débat de fond. Et voilà ce qu'on peut trouver sur des forums de profs :

 

 

Hilarant non ? ...de voir que cette désolation n'a pas de frontière.

 

Le prochain et dernier article décrira le Gymansium, début du passage obligé des futures élites allemandes. Il décrira aussi le virage que semblent avoir pris les décideurs sur ce sujet brûlant.

=============================== Annexe ===============================================

Paroles (traduites) d'Ingo Ohne Flamingo

(refrain)

Hartz 4 (RSA) et le jour t'appartient

toute la journée pizza et bière

Hartz 4 et le jour t'appartient

ça me plaît bien

 

Je ne veux pas d'un travail

et non plus que d'un salaire minimum

un travail

j'en ai déjà un

(refrain)

Vacances toute l'année

et les soirées en terrasse

là je n'ai pas besoin de cash (Bar : jeux de mots entre argent liquide et bistrot/kiosque/terrasse)

(refrain)

Je reçois du courrier

de Pôle Emploi

Je jette la lettre

direct au feu

(refrain)

L'administration me propose des mesures (d'accompagnement)

dont je ne peux pas

pas avoir besoin

(refrain)

Travailler quand c'est au black

ça donne à la vie

beaucoup plus de plaisir

Télé toute la journée

 (c'est) exactement

exactement ce que j'aime 

(refrain)

(final)

Le jour (ton destin sous-entendu) t'appartiens

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.2/5   (5 votes)




Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 12 décembre 2018 09:12

    toujours aussi hilarante la description de votre futur dystopique .....

    nous ferions bien avant d’en arriver là de nous soucier de l’avenir que peut avoir une société qui ne se donne aucun projet et n’est mue que par ses pulsions primaires ( avancer , se nourrir , chier , avancer pour échapper a l’odeur , se nourrir ....)

    je vous invite a écouter cette autre fiction qui me semble être complémentaire :

    https://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/bullshit-jobs-david-graeber-79610


    • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 12 décembre 2018 10:21

      @gaijin

      Je vois que nous sommes au moins 2 à être des fans de Michel Drac. smiley

      Par contre vous sautez un peu trop vite à certaines conclusions. Non, le Système a bien un projet (on arrive ici bien vite à Xfiles...). Mais il n’est certainement pas de donner une éducation égale pour tous afin de produire des citoyens aptes à vivre dans une vraie Démocratie.

      J’y viens dans le troisième article.
      Bien à vous.


    • gaijin gaijin 13 décembre 2018 10:35

      @Michael Gulaputih
      " Non, le Système a bien un projet (on arrive ici bien vite à Xfiles...). Mais il n’est certainement pas de donner une éducation égale pour tous afin de produire des citoyens aptes à vivre dans une vraie Démocratie.

      « 
      bien entendu et ça n’a jamais été le cas ....
      l’école a servit divers objectifs
      dans sa première version : former des soldats et de ventres a soldats
      ensuite ( après la ww2 ) former des techniciens
      encore plus tard ( après 68 ) former des consommateurs
      au travers de tout ça il est question de former de » bons citoyens " c’est a dire des moutons utiles mais depuis la généralisation de la télévision comme moyen de décérébration ce n’est même plus la peine


    • Plotina Plotina 12 décembre 2018 14:19

      Votre article est distrayant à lire. Malheureusement il reste anecdotique. Dommage aussi que vos informations concernant Hartz IV soient tronquées et n’évoquent les cruautés du système de Hartz IV, (obligation de n’avoir quasiment aucune économie, 250 EUR par année de vie, et droit de regard de l’état sur la façon de depenser ces économies d’une vie de travail , obligation de vendre sa maison trop grande ou de démenager d’un appartement trop grand obligation de payer soi même sa caisse maladie obligatoire même en n’ayant aucun revenu sur ses propres deniers, , système inquisitoire, contrôle permanent et intrusif sanctions abusives.... Et l’Assi en Pink n’est autre qu’une copie de Cindy bon Marzahn et le prénom Kevin est considéré comme un prénom d’Assi en Allemagne. Vous n’ébloquez pas le mépris de la population et des émissions de télé qui se moquent et enfoncent ces Hartzler.


      • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 12 décembre 2018 15:25

        @Plotina

        Je vous remercie de votre commentaire.
        Tout ce que vous dites est vrai (par contre je ne connaissais pas Cindy bon Harzahn : je regarderais plus tard) et vaudrait bien un article complet.
        Ce qui n’était pas l’objet de mon article...
        Je n’ai pas non plus traité du Kevinismus et du Chantalismus...

        Mon but n’était pas de faire une thèse de doctorat sur le sujet de l’école en Allemagne. Juste de faire part de façon très subjective de ma propre expérience et surtout appuyée sur le témoignage de pas mal de profs.

        Désolé de n’avoir pu tout traiter !  smiley


      • leypanou 12 décembre 2018 15:06

        Article très instructif que je lirai à tête reposée : je comprends un peu mieux pourquoi tous les parasites du Moyen Orient et d’ailleurs y débarquent.


        • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 12 décembre 2018 15:52

          @leypanou

          Le patronat allemand qui est d’un grand pragmatisme et qui est en matière économique sans état d’âme, a fait ouvrir les portes de l’Europe aux réfugiées syriens et afghans, tablant sur une arrivée de bons petits travailleurs taillables et corvéables à merci.
          De plus cela permettait de couper l’herbe sous les pieds d’Erdogan qui commençait à un peu trop faire du chantage à l’UE avec son arme de migration massive. 
          Quand ce patronat s’est rendu compte qu’après 3 ans seul un faible taux était actif alors il tente de les renvoyer au pays via cette surprenant communication de comm’ que j’indique en fait dans l’article.

          Vous employez le terme de parasite. C’est injuste. Je cite sans me rappeler cet auteur : « Pour faire un bon ouvrier français (ou allemand) il faut 3 générations ».

          Quel pays a encore le temps et l’argent pour attendre ?


        • leypanou 12 décembre 2018 16:39

          @Michael Gulaputih
          Vous employez le terme de parasite. C’est injuste

           : je ne crois pas.
          Je crois que le moins que ces gens devraient faire c’est rentrer chez eux pour développer leur propre pays après avoir acquis une certaine expérience, au lieu de rester là-bas profiter des avantages de leur pays d’accueil.

          S’il ne reste que des bons à rien dans les pays d’origine, les pays en question resteront toujours dans l’état de sous-développement avec une mentalité rétrograde.

          Si la Chine a pu se développer à une vitesse grand V, c’est entre autres à cause de cette mentalité.


        • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 12 décembre 2018 18:30

          @leypanou

          Savez-vous que la première chose qu’on demande aux jeunes hommes qui rentrent en Syrie, c’est de faire leur service militaire. Ce signifie actuellement tout simplement : direction le front, à Idlib ou à al Tanf.
          Pas étonnant dans ces conditions que les volontaires ne se bousculent pas.

          D’autre part les libanais eux aussi poussent les réfugiés syriens à quitter le pays. Sans plus de succès. Et on ne pourra pas accuser la largesse du système social libanais d’être en cause !

          Quand la guerre sera finie, les syriens retourneront bien volontiers au pays et devinez quoi ? Ils vont se tourner vers qui pour reconstruire leur pays ? Vers ceux qui les ont accueillis en masse : à savoir les allemands qui leur ont appris leur langue et pour les plus jeunes, une formation.

          Et nous, les français, les suiveurs de l’OTAN, on va encore hurler à la trahison, aux méchants allemands qui tirent vicieusement les marrons du feu. Air connu.

          J’admire les chinois... mais de loin. Pas envie de subir leur joug.


        • Balkanicus 12 décembre 2018 18:37

          @Michael Gulaputih

          Ils se tourneront vers les russes plutot ....

          Non ?


        • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 12 décembre 2018 19:15

          @Balkanicus

          Pour l’armement vous avez entièrement raison. Y’a pas photo, Yvan c’est le meilleur.
          Mais pour tout le reste non. Un exemple nous est donné par la Géorgie. Vers qui se sont tournés les géorgiens pour rénover leur réseau ferré : pour les trains eux-mêmes vers les suisses et pour les voies ferrées vers les allemands

          Pourtant la Russie, c’était la porte à côté !


        • microf 13 décembre 2018 23:07

          @Michael Gulaputih

          Avez vous oublié ce qui s´est passé entre la Russie et la Georgie ?
          La Georgie ne pouvait pas s´adresser ou se tourner vers la Russie.


        • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 14 décembre 2018 09:52

          @microf

          Non je n’ai pas oublié. Ce n’est pas parce qu’un Saakashvili a cru pouvoir défier la Russie (avec ce qu’il pensait être le soutien de l’OTAN) que tout la Géorgie pense comme lui.
          A ce compte il faudrait remonter au camarade Dzhugashvili. Je vous signale qu’il a toujours un musée à sa mémoire (et dont l’entrée coûte 15 Laris soit dit en passant) dans sa bonne ville natale de Gori.
          Je me fais l’effet d’être légèrement condescendant de rappeler ça au slavophile que vous êtes.
          En matière de bizness tout est possible !

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